‹ Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la révolution française (volume 4)Chapitre 54 sur 97 · avril · texte numérisé non relu

avril

Copie et original signé (2 pièces), A. iV., AF»\' 1470.

51îj. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, faisant connaître que, d'après l'ordre du Comité de salul public, tous les fusils, qui ont été arrêtés et remis à l'Arsenal, partiront pour leur destination, qu'il sera délivré à l'Arsenal : 1° 90 paires de pistolets au citoyen Bougon, chef de l'escadron de cavalerie légère du Calvados, pour armer son escadron aux frontières; 2° 87 fusils au bataillon de la COted'Or aux frontières; 3° qu'il partira, le lendemain et jours suivants, de l'Arsenal, 30 milliers de matières de vieux canons, envoyées chez les citoyens Brezin, Thury et autres, pour les fondre en canons de bataille ; qu'il y aura essai à la gare d'une pièce de canon de quatre.

Le Commandant général, ne pouvant se dispenser de rendre justice à la bonté des principes des canonniers casernes à la Sorbonne, doit rendre public leur arrêté qui témoigne de leur satisfaction d'avoir vu punir un mauvais citoyen qui se trouvait dans leurs rangs, que, s'il s'y en rencontrait encore, ils le livreraient euxmêmes à la justice, qu'ils voulaient vivre en républicains et mourir en défendant la République.

Extrait non signé, A. N., M"''' 1470.

;)i6. — Extrait des rapports et déclaralions faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :

1" Un particulier, qui semblait d'accord avec 5 ou 6 femmes bien mises pour avilir ♦ la Convention nationale et les ministres, répéta plusieurs fois sur la terrasse des Tuileries ces propos diffamatoires : « La moitié de la Convention nationale est composée de scélérats et de C(uispirateurs », les femmes ajoutèrent : Oui, il nous faut leur tête, ainsi que celles des minisires. Le général Dampierre no fut pas épargné, on lui prodigua les épithètes les plus injurieuses, en soutenant qu'on ne lui avait donné le commandement de l'armée du Nord que pour la livrer à l'ennemi; des préposés à la Police suivirent ces gens suspects, afin de découvrir leur domicile, mais ils leur échappèrent à la faveur de la nuit.

2" Suivant le témoignage d'un aubergiste de Saint-Denis, les conducteurs des charrois de l'armée ne donnaient à leurs chevaux que le tiers de la nourriture nécessaire, ce qui les faisait périr en peu de temps.

3° Dans l'Assemblée générale de la section des Droits-de-l'liomme, la commune de Melun fut dénoncée pour accaparer chez les armuriers de Paris et acheter, à n'importe quel prix, tous les fusils.

i° On signale l'existence, rue de Bussy, d'un café allemand, où se trouvent toutes les gazettes allemandes, remplies de l'aristocratie la plus outrée, on débite dans ce café mille horreurs contre les patriotes, la maîtresse de l'établissement a même dit qu'on prendrait les mesures néces- .saires pour fonder une pompe funèbre à l'occasion de la mort de Louis Capet.

o» Le nommé Cappy, ancien officier de paix, l'un des agents du ci-devant château des Tuileries avant le 10 août dernier, ne cesse de fréquenter quelques officiers de paix, et, même quand il ne les trouve pas chez eux, il se transporte à la Mairie pour les voir et s'informer de ce qui se passe. Un autre officier de paix, le sieur Burlandeux, a déclaré qu'il fallait absolument que ses collègues fissent casser tous les préposés à la Police, et qu'il était impossible que ces deux corps puissent subsister ensemble.

Cet extrait est accompagné d'une lettre

d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

11, 12 avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., APiv 1470.

517. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que la garde du Temple montera sans drapeaux et sans chef de légion, qu'elle sera réduite de moitié, lorsque le mur de clôture commencé sera achevé, et que la légion de Rosenthal cessera de fournir au Temple ; 2° que la garde de la Maison commune montera avec un drapeau, se rassemblera au chef-lieu de la légion et se rendra avant midi à la Maison commune, sur la place, afin que la garde descendante soit relevée à midi précis ; 3° que la garde aux barrières sera retirée et les réserves réduites à 25 hommes, qu'on fera des patrouilles aux barrières et vers la Maison commune; les commandants et adjudants étant avertis pour la dernière fois qu'ils seront responsables des manquements au service ainsi que des événemenls qui pourraient en résulter, et qu'ils seront punis, si les réserves ne sont pas au complet et si les citoyens quittent leur poste sans être inscrits, les chefs de légion devront monter alternativement à la Convention deux fois par jour.

A l'occasion de la nomination d'un Comité de 9 membres par la Convention, le Commandant général se justifie d'avoir dit, dans son ordre du jour du 7 avril, qu'il y avait 7 patriotes, ce qui avait permis d'insinuer que ces seuls étaient patriotes, il déclare que les deux membres nommés depuis ne le sont pas moins, et que le Comité ne peut pas être plus heureusement composé pour le salut public.

L'ordre du jour annonce, pour le dimanche suivant, une fête en l'honneur de la translation des archives des Liégeois à la salle d'Egalité, de plus que le recrutement va se poursuivre de nouveau et que les volontaires seront mis dans les casernes pour s'exercer ; le Commandant général invite les citoyens des sections à ne point s'en oû'usquer, car l'on saisit toutes les occasions de les soulever pour

LESPhIT PL'BLÎC A PARIS DE JANVIEU A JUIN 1793

les tromper, la discipline des casernes peut employer leur courage et leur civisme avec avantage, et leur réunion sous les ordres de la Commune et du Comman- , dant général ne peut que coopérer au bien général avec les citoyens des sections.

Au reste, tous avis des sections et individuels seront toujours reçus et employés d'accord avec la majorité par le Cominandantgénéral, sans avoir besoin de porter ses plaintes au CoiniLé de surveillance, comme l'a fait, la veille, une section au Temple ])0ur la légion Rosenthal, qui n'y montera plus, d'après un ordre de la Commune.

12 avril 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'^" 1170.

'ils. — Extrait des rapports et déclaralions reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1» L'esprit public est assez tranquille, mais les sections se disposent à présenter à la Convention nationale une pétition pour demander la taxe des denrées et subsistances ; plusieurs députés, dans la séance de la veille, ont inveclivé Maral et lui ont adressé des menaces outrageantes, h quoi il répondit fièrement : « que le plus lâche d'entre vous vienne m'assassiner )>. On assure qu'aujourd'hui deux membres de la Convention devaient se battre au pistolet.

2" Le bruit court que l'on a arrête dans l'hôpital de la Charité des émigrés, déguisés on frères servants, et qui, pour mieux se cacher, soignaient réellement les malades.

3° La police, dans le jardin des Tuileries, se fait avec une extrême négligence, dés que la nuit est venue, les patrouilles y circulent à peine, aussi hier, vers 8 heures du soir, un aristocrate et un patriote s'y sont battus au sabre.

4» Le décret interdisant la vente du numéraire n'a pas été plutôt rendu, que tous les agioteurs du perron et de la place des Victoires nationales se sont hâtés de disparaître.

ii* Des voleurs, au nombre de VS, dont li revêtus de l'écharpe municipale et les autres représentant la force armée, ont fait irruption de nuit dans une fci nie à

Itueil, sous prétexte d'y perquisitionner dos faux assignats, ils se firent livrer tous les objets précieux, ensuite feignirent d'avoir des recherches à faire dans les caves, y conduisirent les gens de la maison, les y enfermèrent et prirent la fuite avec le produit de leurs vols.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

12, 13 avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AF'v 147n.

519. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, annonçant, pour le lendemain, la célébration de la fête de l'hospitalité, conformément a l'arrêté de la Commune, et arrêtant les dispositions suivantes :

Chaque section fournira 50 hommes et son drapeau, soit 400 hommes par légion, sans compter les ofiiciers, les première et seconde légions se rendront sur le quai Pelletier, avec chacune leurs 16 tambours, les 3° et 4' légions seront rangées sur la place de la Maison commune, la 5° légion sur le quai de la Grève, en se prolongeant vers le Port au blé, la 6° légion sur le Port au blé.

Chaque légion fournira 16 canonniers, commandés par un officier, les Elèves de la Patrie se placeront sur le Port au blé, les Vétérans dans la cour de la Maison commune; ces détachements seront rendus le lendemain, à 9 heures du matin, aux endroits indiqués.

Les rapports do la garde nationale mentionnent l'extinction des réverbères, à 2 heures 1/2, dans différents quartiers, ainsi que l'arrestation d'individus sans cartes civiques, notamment, dans le café du Lycée et au jardin de l'Egalité, de deux particuliers, qui soutenaient le parti de Dumouriez et qui ont été conduits au Comité de surveillance de la section de la Butte-des-Moulins.

13 avril 1793.

Extrait non signé, A. N., AT'^' liTO.

520 — Extrait des rapports et déclarations leçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1° La plupart des esprils sont indignés contre la Convention nationale des dénonciations perpétuelles dont ses membres se déshonorent perpétuellement, ainsi que des scènes scandaleuses qui se passent dans son sein.

2° Marat avait hier tous les groupes disposés en sa faveur, un jeune élève en chirurgie étant venu, sur la terrasse de la Convention, demander avec une extrême chaleur : Avcz-vous lu Marat ? c'est un furieux, c'est un coquin, on se jeta sur lui, il reçut force coups de poing et de pied avant qu'on pût parvenir à le conduire à la section des Tuileries et de là à la Mairie. Aujourd'hui les avis sont partagés sur le compte de Marat, les uns prétendent qu'il est la pierre d'achoppement qui cause la plupart des divisions dont la Convention est agitée, d'autres soutiennent que, si la Convention ne rapporte pas son décret de mise en arrestation, le peuple parait disposé à une insurrection, qui pourrait devenir dangereuse, d'autant plus que l'on est persuadé que les mauvais députés cherchent à éloigner un Argus aussi pénétrant, qui dévoile tous leurs perfides desseins, qu'il a souvent déjoués.

3° Vers midi, un individu se mit à crier d'une voix très forte que, pour sauver la République, il n'y avait pas d'autre moyen que de faire mettre tous les députés dans des maisons vastes et commodes, telles que le Palais Bourbon, les y garder à vue et faire siéger provisoirement leurs suppléants, en attendant que les Assemblées primaires aient remplacé ceux qui ont prévariqué dans leurs fonctions par de vrais sans-culottes, connus par leur patriotisme et leurs lumières.

4° Un ex-lieutenant de volontaires dans l'urméc du traître Dumouriei'. a déclaré que plusieurs sections voulaient se lever en sa faveur, entre autres celle des Amisde-la-Patrie.

5" En divers endroits on se plaint amèrement de ce (]u'on n'a pas encore trouvé le moyen de faire monter la garde personnelle à tous les citoyens, les patriotes seuls étant sous les armes, et les indifférents, égoïstes et désorganisateurs jouissant de l'impunité.

6° Dans la section des Droils-de-l'Homme, on a dénoncé les papetiers, surtout ceux de la Maison de l'Egalité, comme vendant presque tous des papiers fleurdelisés.

7" Dans celle de la Maison-Commune, on a signalé la formation, à Paris, de plusieurs légions sous difl'érents uniformes, composées, pour la plupart, d'étrangers, qui affectent le plus profond mépris pour la garde nationale. On cite comme exemple l'un de ces soldats qui, au Triliunal révolutionnaire, cria chapeau bas à quelqu'un qui se trouvait en faction et qui lui en lit la remarque, à quoi le légionnaire répondit, en parlant de la pique du garde national : Je ne voyais pas votre bâton. D'ailleurs, le public est mécontent de voir ces troupes étrangères bien armées, tandis que les citoyens n'ont que des piques, et voudrait savoir au juste quels sont ces genslà, pourquoi ils n'ont point de cartes de civisme et s'ils sont vraiment dignes de la confiance qu'on leur ténioicne.

8° Le commissaire de police de la seclion du Marais prétend que les adminis. Irateurs de Police ne devraient point charger de l'exécution de leurs mandats les préposés à la Police, et employer de préférence des gendarmes, qui sont bien plus des fonctionnaires publics, ajoutant que des sections en avaient marqué du mécontentement et qu'il fallait espérer que cet abus (inirait bientôt.

9° Les boulangers forains n'ont pas garni les marchés d'autant de pains que de coutume, ceux de la ville n'en ont pas été tous dépourvus, de sorte que cet approvisionnement s'est fait avec assez de tranquillité.

10° Les groupes autour de la Convention ont été bien moins nombreux qu'on n'avait lieu de s'y attendre.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

13, 14 avril 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AI'iv 1470.

521. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale , notifiant le départ de plusieurs convois, pour qu'ils n'éprouvent aucun obstacle, savoir : 1° de 150 mous-

quelons et 150 sabres, destinés à l'armement de la compagnie de chasseurs éclaireurs de la Meuse, à Bar-sur-Ornaiii ; '2° de tous les fusils déposés à l'Arsenal à destination des armées des Pyrénées et des Côtes; 3° de 10 caissons chargés de plomb en balles pour Met/,, conduits par des chevaux d'artillerie de l'équipage de Lenchère.

H avril 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470.

522. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements

1° Les murmures recommencent au sujet de la conduite inconcevable de la Convention, dont les membres, au lieu de prendre des mesures vigoureuses pour prévenir les malheurs dont on est menacé, continuent à se dénoncer, à se dégrader d'une manière outrageante aux yeux de toute l'Europe; jamais l'Assemblée conventionnelle n'avait été aussi orageuse que ces jours-ci, il semblait à chaque instant qu'on allait s'y égorger, les témoins de pareilles scènes avaient peine à en croire leurs yeux et à modérer l'indignation qu'ils ressentaient de voir des représentants du peuple se conduire de la sorte.

2» L'opinion publique désapprouve aussi fortement le décret lancé contre Marat, on prétend qu'il n'a d'autre but que de soulever le peuple, parce que les intrigants, se voyant démasqués, cherchent à susciter une insurrection. Des patriotes zélés disent aussi qu'il faut s'emparer de la cabale de Brissot, et que 4 à oOO citoyens armés devraient monter sans relâche la garde autour de la maison de Marat, afin d'empêcher tout événement fâcheux.

3° Hier, vers 11 heures du soir, au café de Beaucaire, plusieurs citoyens s'écrièrent : « 11 est temps d'acheter des nerfs de bœuf et de se porter à la Convention pour en chasser les Brissotins. »

4° Le bruit du rassemblement de chevaux dans certaines maisons aristocrates, à l'effet, croyait-on, de servir à l'enlèvement de quelques grands personnages, est dénué de fondement, il s'agit du passage par T. IX.

Paris de chevaux de remonte venant du dépôt de Marcoussis.

5° D'après la déclaration du secrétairegreffier de la section de Bon-Conseil, un boulanger de la rue Montorgueil voulait fermer sa boutique, attendu qu'il lui était dû par l'administration des Subsistances de fortes indemnités, mais, à. la sollicitation des membres du Comité civil de la section, il a promis de continuer la cuisson.

6° Les habitants de la banlieue, en revenant de vendre leurs denrées, emportent dans leurs voitures 7 à 8 pains chacun, d'autres jusqu'à 40 et 50, une voiture de celte espèce, chargée de pains, fut arrêtée au sortir des barrières par la section du Luxembourg.

7» Aucun tumulte ne s'est produit à la porte des boulangers, les commissaires de police ont promis de les surveiller et de les engagera cuire, attendu qu'ils ne manquent pas de farine. Le Comité civil de la section du Roule a reçu la déclaration d'un boulanger, portant qu'il a chez lui 88 sacs de farine, qu'il n'en consomme que 3 par jour, mais qu'il va en employer 4, le Comité lui a donne acte de son civisme.

8" Les environs do la Convention ont été tranquilles, et la surveillance de la Police annonce que, dans le moment actuel, il no se prépare aucun mouvement en faveur de Marat.

Cet extrait est accompagné d'une let're d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N.^ AF'^' 1470.

523. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, reproduisant la teneur d'une lettre du maire de Paris, qui se plaint de ce que beaucoup de voitures sortant de Paris emportent du pain, et demande des mesures pour l'arrestation, aux barrières, de toute voiture contenant plus d'un pain, et ordonnant l'exécution de cette mesure, bien que la provision de Paris soit assurée pour 3 mois, prescrivant également à chaque .section d"en-:

voyer sa réserve, à 2 heures précises, sur

130 CHAPITRE t". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION

la place de la Réunion, ci-devanl du Carrousel, pour l'exécution de Blanchelande, enjoignant aux adjudants de section de faire tous les jours un rapport sur l'exercice et l'école de théorie, de ceux qui y viennent et des progrès qui s'y font, et aux adjudants généraux de faire connaître le choix du local destiné à l'exercice do l'artillerie, afin d'y mettre les pièces et agrès nécessaires.

Le dimanche suivant, à 9 heures du matin, le Commandant général passera la revue de la 1" légion, sur le boulevard du Montparnasse, et celle de la 4"= légion, à 5 heures précises du soir, aux Champs- Elysées, avec injonction à chaque adjudant d'apporter le contrôle de son bataillon, et à chaque capitaine de représenter celui de sa compagnie, ainsi que la liste des exempts, dressée et signée par le président et le secrétaire greffier de chaque section, sans quoi le capitaine sera puni sévèrement et déclaré incapable de servir la République. La 3' légion devra fournir les postes extraordinaires de la 1''^ légion, et la garde du Temple sera fournie après

la revue.

15 avril 1793.

Extrait conforme, A. N., AF'v 1470.

524. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1° Le décret contre Marat donne heu aux motions les plus incendiaires, ses partisans ne parlent pas moins que de couper des milliers de têtes. L'aristocratie est au comble de la joie, et voit avec plaisir qu'insensiblement les Jacobins et autres sociétés populaires vont se détruire eux-mêmes.

2° Deux femmes passant dans l'église de Saint-Sulpice se mirent à crier, en voyant une vierge d'argent, qui y avait été transportée du couvent des Carmes : Voilà une vierge fini retournera bienlût dans sa nouvelle demeure. On se saisit de ces deux femmes, on les mena à la section, et l'on constata que ce sont deux ci-devant religieuses.

3' Malgré les ordres du Maire et des administrateurs de Police, beaucoup de

boulangers n'ont pas cuit autant qu'ils auraient dû le faire. Ce malin, il y avait à la porte de presque tous nombre de femmes qui tenaient des propos séditieux, allant jusqu'à dire : // faut nous transporter à la Mairie, à la Convention, ce sont eux qui occasionnent celte disette.

4° Comme l'on sait qu'il ne manque point de farines à Paris, on attribue à plusieurs causes cette disette factice. 1" cause : Les boulangers se plaignent de ce que la Municipalité ne leur rembourse pas les indemnités dues, ou ne leur donne que des acomptes modiques, et ajoutent que la Municipalité n'a qu'à payer régulièrement cette indemnité, et qu'alors le pain ne manquera point. 2« cause : Le pain étant plus cher dans les campagnes des environs de Paris, les paysans qui apportent leurs denrées en enlèvent le plus qu'ils peuvent en s'en retournant de grand matin, ce qui fait que, dès 7 heures, les citoyens de la ville n'en peuvent plus tiouver ; la mesure à prendre serait d'interdire la sortie d'un seul pain par les barrières, mais comme elles ne sont plus gardées, on proposerait de distribuer dans chaque section des cartes sans lesquelles on ne pourrait point acheter de pain, qui serait réservé aux seuls domiciliés. 3= cause : Réside dans la frayeur chimérique de manquer de pain, qui engage beaucoup de personnes à tripler leur approvisionnement et diminuer d'autant la quantité sulTisante pour chaque jour. 4" cause : Des porteurs d'eau et des indigentes retournent plusieurs fois chez le même boulanger, ou vont chez 5 ou 6 dans la matinée, et se procurent ainsi 4 à 5 pains, qu'ils revendent; des boulangers même en emportent plusieurs voitures, qu'ils vont vendre au dehors. I)« cause : Selon toute apparence, c'est de cette dernière cause que dérivent toutes les autres; les boulangers ne cuisent pas autant qu'ils devraient, ou cuisent en moindre quantité, pour forcer la Commune à les laisser acheter eux-mêmes chez les fermiers les blés et farines et taxer le pain à leur fantaisie, ce qui le porterait bientôt à 16 et même 24 sols les 4 livres. Pour satisfaire leur sordide intérêt, plusieurs boulangers

ne craindraient pas de mettre la famine dans Paris.

î)° La seclion de la Maison-Commune, considérant que la pénurie du pain est occasionnée en partie par l'enlèvement qu'en font les gens de la campagne, et que le pain de 4 livres revient à la Municipalité à 16 et 17 sols, qui seront pris sur les sols additionnels des contributions, a décidé l'envoi d'une nouvelle adresse pour obtenir réponse au sujet des mesures par elle proposées il y a un mois, et demande en attendant que le Corps municipal fasse surveiller les barrières et visiter les voitures, alin d'empêcher la sortie du pain.

6° On se plaint plus fort que jamais de l'extrême cherté de tous les comestibles et de ce que personne ne surveille les poids et mesures.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

15, IG avril 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AF'V 1470.

525. — Extrait de l'ordre du jour do la garde nationale, aux termes duquel le Commandant général annonce qu'une compagnie de garde nationale devait être envoyée par le département du Cher dans celui de la Vendée, mais ces braves patriotes, ayant appris que les révoltés étaient vaincus et que la ville de Paris était menacée par le traître Dumouriez, se sont dirigés sur-le-champ vers Paris, comme le lieu le plus périlleux, et y arriveront dans la journée de demain. Santcrre appelle l'attention sur la question des subsistances, qui, d'après le rapport des administrateurs, ne doit pas causer d'inquiétude, l'approvisionnement étantassuré pour 3 mois, cette branche d'administration traverse, il est vrai, des moments difficiles, en raison des hauts prix du blé hors Paris, qui fait sortir de la capitale une certaine quantité de pains. Il n'y aurait aucun inconvénient à craindre, si les braves citoyens, au premier bruit répandu, ne doublaient pas leur provision, de telle sorte que des pères de famille manquaient

du nécessaire, tandis que d'autres laissaient gâter du pain.

Citoyens des sections! ajoute le Commandant général, ne pouvez-vous veiller par des commissaires à ce que, quand il ne reste pas de pain le soir chez les boulangers, on fasse cuire par ceux qui sont le moins occupés quelques sacs pour supprimer toute crainte de disette et soulager la classe pauvre ; cette question importante est l'objet de toute la sollicitude du Maire, qui mérite tous les éloges; Santerre se met personnellement à la disposition des citoyens pour porter secours à ses frères, car c'est servir la République et ôter un prétexte aux méchants que d'éviter des malheurs.

Dix-sept sections n'ont qu'une pièce de 4, le ministre a promis de leur en donner aussitôt qu'il en aurait. Dans les fonderies de Paris et de Chaillot, on s'occupe à en fondre continuellement.

C'est avec déplaisir que le Commandant général a constaté que la section des Tuileries, en descendant la garde du Trésor, avait emmené une pièce qui devait y rester à poste fixe, d'iiprès un arrêté de la Commune; il invite la section à faire ramener cette pièce le jour même, rien ne devant être exécuté sans ordre.

Les rapports de la garde nationale signalent beaucoup de bruit pour le pain chez les boulangers de la section de la Halle-au-Blé. Dans la section du Faubourg- Montmartre, la foule s'est portée chez les boulangers sur les 5 heures du matin, la garde y est allée sur-le-champ, partout où elle a été requise.

A minuit, trois citoyens sont venus au poste de la section de Molière et La Fontaine prévenir que deux boulangers emportaient du pain, l'officier de paix leur a reproché de ne pas les avoir arrêtés.

On a trouvé le gardien de l'équipage de la guerre, rue de Charonne, endormi dans sa loge, la grande porte du couvent de Trenelle étant ouverte.

16 avril 1793.

Extrait non signé, A. N., AF'V 1470.

526. — Extrait des rapports et déclarations remis au Bureau de surveil-

lance de la Police, signalant les faits

l" On disait la veille, dans plusieurs cafés, qu'avant peu éclaterait une insurrection, causée par la mésintelligence entre les membres de la Convention. Le bruit se répand de nouveau que 6,000 Marseillais sont en routu pour Paris, afin de favoriser l'insurrection qui se prépare, regardée comme très patriotique. C'est un courrier extraordinaire, envoyé aux Jacobins, qui, le 15 de ce mois, apporta la nouvelle de l'approche des Marseillais.

2° Aujourd'hui 16 avril, la môme inquiétude, ou la même malveillance, a fait porter une foule considérable à )a porte des boulangers, dès 5 heures du matin, plusieurs commissaires de police ont eux-mêmes distribué le pain, et la garde nationale a mis partout le bon ordre. Un boulanger de la rue Saint-Honoré a été presque entièrement pillé, la garde du poste de l'Oratoire n'étant pas arrivée assez tôt. On a arrêté, le malin, des gens qui avaient acheté plusieurs pains à la fois et qu'on a reconnus pour des habitants de la campagne. Dans le Faubourg Saint-Denis, des mères de famille sont obligées d'aller jusqu'à la Villetle chercher du pain, qu'on leur vend !> à 6 sols plus cher qu'à Paris. Les femmes suspectes qui assiègent la porte des boulangers se répandent en invectives et en menaces, elles disent hautement : Qu'on nous donne un Roi, pourvu que nous ayions du pain.

3° On assure que, sur la route de Paris, des particuliers arrêtent les farines qu'on y transporte, les payent le prix exigé et les font changer de destination, il serait nécessaire d'empêcher un délit aussi grave, qui tend à affamer cette immense cité.

4» Le commissaire de police de la section de l'Arsenal a fait un rapport très clair et très méthodique sur les boulangers de son arrondissement et sur les abus qu'il soupçonne; 46 fournées entre 9 boulangers ont produit, le 14, 3,147 pains de 4 livres, donnant 12,588 livres de pain, de sorte que si les 47 autres sections ont eu une cuisson pareille, il a dû en résulter, pour le 14 seulement, 131,056 pains, formant 604,224 livres de pain; d'après

ce calcul fort juste, ajoute cet excellent commissaire de police, il est impossible qu'il n'y ait pas un abus considérable dans les subsistances.

5° L'exécution de Blanchelande avait attiré plus de spectateurs qu'il n'y en avait à celle de Louis Capet, la foule prodigieuse qui se portait sur toutes les rues de son passage, l'accablait de malédictions et criait qu'il méritait un supplice cent fois plus cruel que celui de la guillotine.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

16, 17 avril 1793.

Extrait et original signé (2 pièces), A. N., APiv 1470.

327. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, faisant connaître qu'en vertu des plaintes portées au Commandant général par le ministre de l'intérieur sur la mutilation des chefs-d'œuvre de sculpture, qui se trouvent dans le jardin des Tuileries et autres lieux publics appartenant à la République, et du décret du 12 avril, qui punit de 2 ans de détention les coupables de ce délit, le Com mandant général ordonne à tous les commandants des postes et factionnaires voisins des Tuileries d'y faire de fréquentes patrouilles et d'aiTêter tous ceux qui se permettraient cette scandaleuse violation de l'honneur national et de l'intérêt de la République, et de les conduire au Tribunal de police.

L'ordre du jour notifie également l'organisation d'un nouvel arsenal au ci-devant Palais Bourbon, où seront mis deux canons en fer existant à la caserne de Babylone, avec des boulets, et où sera installé le second magasin à poudre et d'artillerie ; en conséquence, la 3» légion fournira un poste de 12 hommes, en supprimant celui des Invalides.

Le Commandant général annonce le départ pour Meaux de deux canons et d'un caisson pour continuer l'instruction des canonniers, qui s'y rendent les 17 et 18 avril, savoir : de la Sorbonne, les l", 3% 4« et 6' compagnies, et celles de quelques sections.

Les commandants, dont les sections

L'ESPRIT PUBLIC A PARIS DE JANVIER A JUIN i793

bordent les barrières, sont invitôs à y organiser de fréquentes patrouilles et à arrôter ceux qui emporteront plus de pain qu'ils n'en ont besoin, attendu que c'est un commerce usuraire que ces personnes font, et nuisible aux intérêts de la Commune, qui s'impose le sacrifice de tenir le pain au-dessous du cours des environs de Paris, ce qui aurait pour résultat d'affamer la capitale.

Les rapports de la garde nationale annoncent que le feu a pris, la veille au soir, à l'une des cheminées de l'Hôtel-Dieu, mais que de prompts secours en ont empêché le progrès ; que les sections ont envoyé de la garde chez tous les boulangers pour assurer la tranquillité et maintenir le bon ordre dans la distribution du pain, enfin que l'on a arrêté quelques gens suspects sans cartes et sans cocardes.

17 avril 1793.

Elirait non signé, A. N., AF'^' 1470.

528. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, signalant les incidents suivants :

1» Depuis les premiers jours de la Révolution, l'on ne s'était pas encore permis les propos que l'on lient actuellement sur la Convention nationale et sur les autorités constituées. Le public est étonné de voir que le décret ordonnant une levée Je 40,000 hommes n'est pas encore exécuté, on en conclut qu'il y a toujours des Irailres pour entraver les opérations essentielles, que l'on veut différerjusqu'à l'écrasement ou la mise en déroute des armées, tandis qu'il serait instant de leur envoyer des renforts, attendu qu'elles sont accablées de fatigues,. de contre-marches et des batailles qu'elles ont livrées.

2° L'opinion publique est satisfaite de la manière dont la Convention a reçu la pétition des 48 sections, on espère que l'énergie des Parisiens , applaudie par les départements, sauvera encore une fois la patrie.

3° Des volontaires de la cavalerie se plaignent hautement de la difllculté qu'ils éprouvent i'i avoir des chevaux, nlîn de se rendre aux frontières, tandis qu'il y en a

une quantité à 20 lieues de Paris, dont on ne fait aucun usage.

4° Le pain continue à paraître fort rare, bien qu'il y en ait suffisamment, l'une des principales raisons de celte pénurie vient, à ce que l'on assure, de ce que les boulangers des environs de Paris ne cuisent pas du tout et ont fermé boutique. L'augmentation d'approvisionnements que font plusieurs personnes et les terreurs paniques de la famine y contribuent aussi beaucoup, dans les visites que les sections ont fait faireà cet effet, l'on a trouvé jusqu'à24 pains chez certains particuliers. Les voilures de pain, arrivées dans les places et marchés ce jour, venaient probablement des faubourgs, elles étaient en très petit nombre, et encore quelques-unes d'entre elles ont été pillées avant d'atteindre leur destination, entre autres une à la Halle, l'autre dans la rue Saint-Antoine.

5° A l'occasion de la dénonciation lancée contre un particulier s'intituîant patriote zélé, tenant tout à la fois un bureau d'écrivain, un cabinet d'avocat et le Musée des auteurs, et annonçant un cours de motions, l'Administration de Police a envoyé savoir quel était cet individu, l'on a trouvé dans une misérable échoppe, rue Saint-Ilonoré, près des Petites-Ecuries, un homme de lettres, connu par quelques bons ouvrages, mais tombé dans la plus profonde misère, très vieux et presque infinne, et qui consacre les restes de son talent à faire pour le public des plaidoyers, des vers et motions patriotiques.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

Extrait et original signé (2 pièces), A. A'., AI'iv 1170.

.'529. — Extrait des rapports de la garde nationale, signalant les plaintes de l'adjudant général de la i" légion de ce que, dans la section de l'Observatoire, où il y a 9 postes, il ne s'y est fait que deux patrouilles, avec demande d'un service plus exact, l'arrestation dans la section des Halles d'un baquet chargé de 4 pièces de vin sans conducteur, l'arrestation dans la section de la Croix-Rouge, de 4 particuliers se

disant marchands de vins et aubergistes, qui emportaient 26 pains, à eux livrés par un boulanger de la rue de Sèvres, l'arreslation d'un particulier et de sa femme, donnant à jouer sur le Pont-Neuf, et, dans la section de 1792, chez un boulanger, de deux particuliers pour avoir tenu de mauvais propos, annonçant qu'on a conduit à la section des Invalides un individu accusé d'accaparer le pain ; qu'un cocher, ayant requis la garde pour se faire payer de sa course, n'a plus trouvé à son retour ni particulier, ni voiture, ni chevaux; qu'on a retenu au corps-de-garde des Elèves, poste de la Messagerie, un gendarme de la 29° division pour avoir voulu forcer trois fois et brutalement la consigne du factionnaire et entrer avec une pipe ; que prochainement partiront pour Caen 400 sabres, 2,000 pour Rennes et 1,000 pour Cherbourg.

Copie, A. N., APiv 1470.

1)30. — Extrait des rapports ol déclaralions reçus au Bureau de surveillance de la Police, relatant les faits suivants :

1" On a dénoncé à la Police un individu qui, depuis 4 mois, se fait conduire en cabriolet à Versailles et emporte chaque fois 18 à 20 sabres.

2° Il y a des plaintes très vives contre le concierge de l'Ecole militaire, qui loue à son profil les appartements en dépendant et vend les denrées des jardins.

3° Le pain devient moins rare, et il est à présumer que la disette factice va enfin cesser.

4° Les sections limitrophes ont grand soin de garder les barrières pour empêcher que les gens de la campagne n'emportent chacun plus d'un pain. Cette précaution, exigée impérieusement par les circonstances, fait beaucoup murmurer les habitants des municipalités voisines; ils menacent, si les Parisiens continuent à leur refuser du pain, d'arrêter toutes leurs subsistances au passage, ils disent qu'ils seront forcés de prendre celte mesure, leurs boulangers a3ant presque tous cessé de cuire, à cause de l'extrême cherté de la farine.

5° Des malintentionnés disent aux habitants de la région voisine de Paris, jusqu'à 20 lieues, que la Convention nationale accorde 1 million pour que les Parisiens mangent le pain à bon marché, et cjuc cette préférence est le comble de l'injustice, qu'il y a assez longtemps que les représentants du peuple siègent à Paris et qu'ils devraient se transporter dans les départements, afin que ceux-ci puissent se ressentir à leur tour des privilèges qui semblent attachés au séjour des délégués de la nation.

6° Les boulangers prétendaient encore hier soir qu'ils avaient toujours la plus grande peine à se procurer de la farine, et que, le mercredi jirécédent, 19 d'entre eux furent obligés, à la Halle, de tirer au sort î) sacs de farines ; ils continuaient à se plaindre de la Municipalité, qui ne leur payail point les indemnités promises, que son dessein est de ruiner les boulangers pour enrichir quelques-uns de ses membres, ils soutiennent que la Commune est cause de la cherté du blé par la prime qu'elle a accordée, le marchand qui a le plus d'argent accaparant le grain dans les marchés pour gagner le plus de primes. Comme l'un de ces boulangers criaille plus contre le non-payement des indemnités, il fut prouvé qu'il avait reçu le jour même 800 livres, un autre qui se plaignait qu'il lui était dû 2,000 livres, on démontra qu'il ne tenait qu'à lui d'être payé sur-le-champ. 7" La mesure prise pour la distribution du pain chez les boulangers, afin d'éviter la foule et le désordre dans plusieurs sections, ne peut que produire un très bon effet; il leur est enjoint de commencer la première distribution à '6 heures du malin, pour que les ouvriers puissent s'approvisionner avant daller à leurs ateliers. A 8 et a 11 heures, deux autres distributions, et le commissaire de police, ainsi que les commissaires des sections, sont tenus d'assister à toutes.

8° Les 48 sections ont décidé qu'il sera célébré, dimanche 21 courant, une fête des Sans-Culottes au Champ de la Fédération, pour apposer les signatures individuelles aux fameuses pétitions de la Halle-au-Blé et de Bon-Conseil.

La copie de la feuille des rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

18, 20 avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. N., AF'v 1470.

r)31. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, faisant connaître, d'après un avis du commissaire des guerres, faisant fonction d'auditeur de la 17» division, que c'est à la maison d'arrêt de la Courtille, et non aux Récollets, qu'il faut conduire tous les militaires prévenus de désertion et arrêtés par les sections. A l'occasion de l'ordre du Commandant général, du 15 avril, qui menace de destitution les capitaines négligents, deux sections de la i' légion, qui doit être passée en revue le dimanche suivant, celles des ci-devant Petits-Pères et Filles-Saint-Tliomas ont protesté par un arrêté contre cet ordre; dans la première légion, qui comprend le Faubourg Saint-Marcel, et qui doit également être passée en revue, aucun arrêté ne fut pris par les sections, afin que les capitaines puissent faire mar- .cher beaucoup de citoyens d'une insouciance criminelle. L'un des arrêtés rendus contre l'ordre du \"> avril fut présenté à la Commune, dont le procureur-syndic, connu cependant depuis 6 mois pour bon patriote, donna dans le piège qui lui était tendu par les sections en question, où il n'y a de bon que les Sans-culottes, de telle sorte que l'ordre du Commandant général, sur le réquisitoire du procureur de la Commune, fut iinprouvé et annulé, le procureur syndic prétendant que le Commatulant général est mal entouré, ce qui est inexact, car il ne compte comme faisant partie de son entourage que ses aides-de-camp, ses secrétaires et commis, et nullement les officiers servant auprès de sa personne, qui sont nommés par les sections.

Dans cette occurrence, le Commandant général, persuadé que son service qui, actuellement, est plutôt militaire que municipal, la Commune ayant arboré le drapeau i|ui déclare la patrie en danj^'er, et les ciloyons armés déclarés par décret en

état de réquisition permanente, persuadé que les 40 autres sections n'iniprouveront pas la sévérité, stimulante et nécessaire, de son ordre du 1!), persiste dans cet ordre, jusqu'à ce que le Conseil général ait pris connaissance du présent ordre, et s'il continue son improbation, il voudra bien faire passer au Commandant général ses instructions à ce sujet.

Dans le cas où le Conseil général ne voudrait pas écouter les observations du Commandant général, qui n'a pas été entendu et contre lequel le Conseil n'a prononcé que d'après le dire d'une section et les conclusions du procureur syndic, fondées sur une équivoque, le Commandant général déclare que cet arrêté est contraire au bien qu'il veut faire et lui 6te la possibilité d'exécuter les ordres de la Convention et de la Commune.

Les rapports de la garde nationale ne mentionnent que la saisie, à 9 heures 1/2 du soir, d'une voiture qui était devant la porte d'un boulanger et dans laquelle il y avait du pain, qu'on a porté au Comité de la section de Beaurepaire, et l'arrestation de quelques soldats, gens sans aveu

et voleurs.

19 avril 1703.

Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470.

532. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1° A l'occasion de la pétition des sections, qui demandent la destitution des membres suspects de la Convention nationale, plusieurs citoyens publient que le renvoi de ces députés sera le signal de la guerre et engagent leurs auditeurs à refuser leurs signatures.

2° Quelques Anglais, qui sont tolérés à Paris, ont l'ingratitude de tenir contre la République de fort mauvais propos, et cela dans un des cafés de la Maison de l'Egalité; ils disent, en conversant entre eux, que la majeiire partie de la nation préférerait un roi constitutionnel à un nombre de députés qui font d'un aréopage respectable un lieu de scandale et d'horreur, et parviendront à renverser une Constitution, plutôt faite pour des anges que pour des diables.

3o Le sieur Lanchère, entrepreneur des charrois de l'arlillerie, demeurant rue de Seine, Faubourg Saint-Germain, a donné, la nuit du 18 au 19 avril, un grand souper, auquel assistait Guadet, dans lequel aurait élé décidée la formation d'une armée de contre-révolutionnaires, qui marcheraient sur Paris, soutenus par les royalistes de cette ville. Le parti Lanchère ou Guadet compte soulever les habitants des campagnes, en leur insinuant qu'il faut corriger la municipalité parisienne, qui accapare tous les grains et fait mourir de faim une partie des déparlements, l'on a même envoyé à cet effet des courriers en Normandie.

4° On annonce que Marat se présentera sous peu de jours au Tribunal révolutionnaire, et qu'il doit en prévenir le public la veille. On croit que la Convention, en le décrétant d'accusation, a eu deux motifs, le premier, de casser le Tribunal, s'il en est absout, le second, s'il est déclaré coupable, de provoquer les excès de ses partisans, qui enlèveront Marat et assommeront les juges. On se plaint de ce que le Tribunal révolutionnaire ne s'occupe que de petits coupables, tandis qu'il laisse trancjnilles les grands criminels.

5° Sur les 7 à 8 heures du soir, au café de Chartres, le 18 courant, s'est élevé un tumulte considérable, occasionné par quatre particuliers, revêtus de l'uniforme national et ayant des épaulettes d'officier, qui, de leur autorité privée, ont arraché les cravates de soie que quelques petits maîtres portent au cou en sautoir; ils alléguaient pour prétexte que cette manière affectée de se parer pouvait être un signe de ralliement, la garde est accourue, de prétendus amis de l'ordre ont été arrêtés, entre autres les sieurs Mamin et Kilhol, ci-devant du Club des Fédérés, qui font de grandes dépenses depuis quelques jours, et disent que l'on verra sous peu une nouvelle carmaijnolc. On les soupçonne, en dépit de leur patriotisme exalté, d'ètro des agitateurs payés par les ennemis du bien public, pour allumer la guerre civile dans Paris.

6° Il est actuellement facile d'avoir du pain, il n'y a plus de foule à la porte des

boulangers, l'on a la satisfaction de voir leurs boutiques bien garnies.

7° L'affiche de la Municipalité sur l'état des subsistances a tranquillisé les esprits et mis en défaut les malveillants; avant le rétablissement du bon ordre, c'est-à-dire pendant les 3 jours de disette factice, on avait imaginé, dans plusieurs sections, de ne délivrer du pain qu'à ceux qui montraient leur carte civique. Le bruit a couru, peut-être sans fondement, que, comme en 1789, l'on avait trouvé beaucoup de pain dans les fdets de Saint-Cloud. Il est très question de demander la fixation du prix de toutes les denrées.

8» Les rues sont toujours fort malpropres et encombrées pour la plupart. Selon toute apparence, les commissaires de police négligent de faire leurs tournées, tous les matins, ainsi que cela se pratiquait autrefois.

Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.

19, 20 avril 1793.

Copie et original signé (2 pièces), A. A'., AF'v 1470.

533. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que, le 19, sur le réquisitoire du procureur-syndic, qui s'est restreint à censurer le Commandant général, le Conseil général a converti en arrêté le réquisitoire, en conséquence, les capitaines qui ne feront pas leur devoir, coiiforinément à l'ordre du i"> avril, ne seront pas déclarés incapables, et comme cela ne permettra pas de passer deux revues dimanche, le Commandant général prévient ses concitoyens qu'il n'y aura qu'une revue, celle de la première légion, et il compte la passer, m;ilgré l'arrêté de la section des Sans-Culottes, auquel a adhéré celle du Panthéon-Français, qui dispense tous les citoyens de la revue de dimanche, parce qu'il ne veut pas manquer à son devoir, et ce n'est pas une revue de parade, mais bien une revue d'instruction, qu'il entend passer. A ce sujet, Santerre entre dans des explications sur les motifs qui l'ont déterminé à donner son ordre du 15 avril, il ne voit aucune raison de ne point frapper les capitaines qui ne

feraient pas leur devoir, et il a voulu excitftr, etint'me forcer à une ninulalion ulile, aussi, dans le moment présent, le Commandant général, pour répondre à la confiance dont on l'honore, doit agir encore plus sévèrement pour meltre Paris en état de défense, il en connaît le besoin par expérience; ce n'est pas pour lui, Santerre, qu'il pense que cela est utile, puisqu'il n'a accepté le commandement que pour 0 semaines, et qu'il ne cesse de répéter que, s'il n'y avait plus de guerre, il ne faudrait plus de Commandant général, que môme les 0 chefs de légion pourraient alternativement faire ce service.

Les rapports de la garde nationale mentionnent qu'à 2 heures du matin, une patrouille de la section du Panthéon- Français a trouvé, dans la rue Clopin, un homme mort, paraissant avoir été jeté ou être tombé d'une fenêtre.

20 avril 1793.

E.\tralt non signé, A. N., AF^^ 1470.

534. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :

1° Les sentiments sont très partagés au sujet de la pétition de la section de la Ilalle-au-Hlé, concernant le renvoi de plusieurs membres de la Convention , l'on prétend que les départements n'y adhéreront ()oint, et que les sections de Paris ne veulent que favoriser un parti.

2° Une réunion de commissaires des sections, provoquée par la section de la Maison-Commune, est convoquée pour le 20, à l'Evôché, afin de savoir du Comité de salut public les chefs d'accusation contre .Marat, pour qu'il soit promptement jugé par le Tribunal extraordinaire.

3° Un certain Uillon (surnommé le Beau), a dit au Club de Valois qu'on voulait lui confier le commandement d'une armée, mais qu'il ne l'accepterait qu'à la condition que Fournicr, dit l'Américain, connu par son fanatisme patriotique, serait son major général, ajoutant, si la conlre-révolulion a lieu, je suis perdu, mais si l'on veut s'entendre, jamais les ennemis n'entreront sur le territoire de la République.

4° L'opinion publique se déclare en faveur de la paix, ou tout au moins d'une trêve de 4 ans. Il y a beaucoup trop de militaires dans Paris, qui ont l'air martial et au fait du service, tandis que l'on envoie aux armées des citoyens ayant grand besoin d'être exercés.

'j° Plusieurs habitants du Faubourg Suint-Antoine, reçus dans les gendarmes, avec une paye de 45 sols par jour, ont trouvé moyen de se dispenser de partir pour les frontières, en alléguant de prétendues blessures, leur lâcheté excite l'indignation des bons citoyens.

6» Les nouveaux Marseillais, attendus dans Paris, y occasionnent par avance beaucoup d'inquiétudes chez les uns et de satisfaction chez les autres; on espère, d'une part, que ces chauds patriotes changeront la face des affaires, et l'on craint, d'autre part, qu'ils ne signalent leur arrivée par des actes arbitraires de nature à diviser les Parisiens en 2 partis et amener la guerre civile.

7° Le peuple commence à être satisfait des travaux du Tribunal révolutionnaire et applaudit à son activité.

8° Le nommé Mamin et ses complices, arrêtés dans le café de Chartres, Maison de l'Egalité, où ils arrachaient les doubles cravates que portaient quelques jeunes gens, sont connus pour être les auteurs de toutes sortes de vexations, de querelles et de tumulte dans la Grotte llamando, au théâtre du Vaudeville et au sujet de l'Ami des Lois; ils sont les chefs de l'insurrection qui eut lieu chez l'imprimeur de la Chronique et chez Corsas. Il serait bon d'établir une grande surveillance dans la Maison Egalité, remplie de voleurs, notamment dans les grottes où l'on danse, qui ne cessent d'être le théâtre de rixes particulières, dégénérant souvent en querelles sanglantes.

9° L'opinion publique paraît désirer la taxation du prix des blés et farines dans toute la République, seul moyen de remédier aux accaparements.

10° Le prix énorme de la viande, qui vaut 15 à 10 sols la livre, fait jeter les hauts cris, et l'on parle d'exterminer les bouchers; on demande l'interdiction de

la vente des vaches et des veaux dans les marelles, pendant quelque temps, pour empêcher la diminution des bêtes à corne.

) !• Les charcutiers de Paris se sont assemblés, le 19 courant, dans la maison du sieur Darme, rue des Vieux-Augustins, à l'effet de présenter au Conseil général de la Commune une demande d'indemnité, faute de laquelle ils assurent ne pouvoir continuer à vendre du porc frais, ni salé.

12° Les plaintes contre l'entrepreneur du nettoyage des rues se renouvellent plus que jamais, on Taccuse de s'enrichir, tout en négligeant de s'acquitter des obligations qu'il a contractées.

Copie, A. N.

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