A. N., AF
390. — Lettre de Sanlerre, commandant général provisoire, maréchal de camp de la 17° division, au citoyen Pache, ministre de la guerre, accusant réception de sa lettre qui lui confirme l'assassinat commis sur la personne do Le Peletier de Saint- Fargeau, qu'il connaissait déjà, mais l'avis de l'arrestation de l'assassin, donné par le ministre, va lui faire prendre des mesures dont il fera connaître le résultat.
20 janvier 1793.
Original signé, A. N., AF'v 1470.
391. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, invitant les commandants et adjudants de la section de l'Arsenal à faire de fréquentes visites au poste de la fonderie de l'Arsenal, en raison de l'inexactitude du service des canonniers, donnant des instructions aux
adjudants chargés de rondes, et décidant que tous les citoyens se tiendront prêts à marcher au premier rappel, qu'à ce moment chaque section désignera 25 fusiliers qui auront chacun une carte à la boutonnière, portant leur nom, celui du président et de la section, seront munis chacun 16 cartouches, et devront savoir manœuvrer.
20 janvier 1793.
Extrait conforme, signé do Clément, A. N., AF'v 1470.
392. — Lettre de Chambon, maire de Paris, au citoyen Grouvelle, secrétaire du Conseil exécutif provisoire, accusant réception de l'arrêté du Conseil relatif aux mesures à prendre par la Municipalité, de concert avec le Département et le Commandant général, pour lui rendre compte de la situation de Paris et des dispositions prises pour le maintien de l'ordre et de la tranquillité publique, et annonçant qu'il a été chargé de se concerter avec le Département de Police pour envoyer chaque jour au Conseil exécutif le compte qu'il demande, mais faisant observer qu'il n'a connu cet arrêté que le 19, parce qu'au lieu de lui avoir été adressé directement, il a été remisa la Maison commune.
21 janvier 1793.
Original signé, A. N., AF'V 1470.
393. — Extrait do l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, reproduisant un arrêté du Conseil général du Département qui ordonne le retrait de la force armée placée aux barrières, attendu que la mission pour laquelle elle avait été commandée vient d'être remplie, annonçant que le jugement de Louis Capet a été exécuté à 10 heures 20 minutes, déclarant que lé silence imposant et l'obéissance aux commandamcnts doivent rassurer tous les citoyens, en outre, lorsque le peuple voit la loi atteindre tous les hommes, cela lui impose le devoir d'arrêter tout criminel et non de se faire justice soi-même, invitant tous les bons citoyens à découvrir le scélérat Paris qui a assassiné le défenseur du peuple Le Peletier de Saint-Fargeau, dont les vertus civiques et les principes n'ont
Jamais changé, donnant son signalement en ces termes, savoir : taille de 5 pieds o pouces, moyenne grosseur, teint livide, la barbe et les cheveux très noirs, les sourcils forts, ayant hier une lévite grise à revers verts ; ordonnant que toutes les réserves dans les places publiques, ainsi que les canons se retirerontà l'instant, mais avec continuation de la même surveillance, enfin, prévenant le Conseil exécutif qu'il ne recevra pas la feuille de rapport, parce que l'exécution de ce jour a empêché les feuilles des légions de parvenir à l'état-major général, avec lettre d'envoi de Santerrc, portant qu'il n'a rien que de satisfaisant à annoncer au Conseil sur l'état de Paris.
21 janvier 1793.
Copie, extrait conforme et original signé (3 pièces), A. N., AF'^' 1470.
garde nationale parisienne, portant défenses à tous postes et corps de garde d'arrêter, avant la retraite battue, aucune patrouille et de la forcer à donner le mot d'ordre, qu'elle ne peut et ne doit avoir qu'après la retraite, annonçant que, depuis plusieurs jours, le commandant général de la force armée de Versailles a envoyé un adjudant auprès de celui de Paris, pour demander ses ordres afin de lui venir en aide, si cela était nécessaire, et faisant connaître que les citoyens de Saint-Denis et du Bourg-de-l'Egalité ont assuré avec exactitude la tranquillité publique autour de Paris, avec la feuille du rapport des légions, mentionnant pour la 3' légion, qu'une patrouille de la section des Quatre-Nations, passant devant le poste de la prison de l'Abbaye, y a trouvé les gendainies do garde, presque tous pris de vin, et très malhonnêtes envers les
citoyens.
22 janvier 1793.
Extraits certifiés conformes, l'un d'eux signé de Santerre (2 pièces), A. N., AF'^' 1570.
39i). — Lettre du maire et des administrateurs du Département de Police au Conseil exécutif provisoire, déclarant que Paris parait jouir d'une grande tranquillité et qu'il n'est parvenu aucun rapport
qui puisse faire appréhender le moindre désordre, mais que, malgré celte apparence de sûreté, ils ont décidé que la ville serait illuminée en entier, jusqu'à samedi, par les réverbères, dont l'usage n'est pas général en temps de lune, ayant pensé que l'économie n'est pas de saison dans des temps d'inquiétudes, ajoutant que s'ils apprennent quelque chose d'essentiel, ils s'empresseront d'en donner avis.
22 janvier 1793.
Original, signé de Chambon, Louis Roulx et Bruslé, A. N., AF'V 1470.
396. — Ordre de l'état major delà garde nationale parisienne pour la cérémonie funèbre de Le Peletier de Saint-Fargeau, arrêtant les dispositions suivantes : la marche du cortège devait s'ouvrir par un détachement de gendarmerie de dOO hommes, suivi de sapeurs et canonniers sans canons, et de gendarmes, puis un peloton de 20 tambours voilés, les Déclarations des Droits de l'Homme portées par des citoyens, auquel devait succéder un défilé de gardesnationaux, une bannière, les Elèves de la Patrie, les Corps judiciaires, la figure de la Liberté, un détachement de 16 tambours, les faisceaux des 84 départements portés par des fédérés, le Conseil exécutif provisoire, un détachement de la gendarmerie de la Convention, les vêlements ensanglantés de la victime , la Convention nationale, des députés portant une bannière sur laquelle seront inscrites les dernières paroles de Le Peletier, son corps entouré de canonniers le sabre nu à la main, la musique de la gai'de nationale, placée autour du piédestal et devant suivre le corps, la famille du défunt, un groupe de mères conduisant des enfants, un détachement de la garde de la Convention, 16 tambours voilés de la 4" légion, des volontaires des 3 dernières légions, 16 tambours de la ii" légion, des fédérés armés, un peloton de tambours de la 6° légion, les Sociétés populaires, 100 cavaliers, savoir : 80 de l'Ecole militaire et 20 de la légion Rosenthal, les 6 légions devant fournir chacune 400 hommes pour former la haie depuis la rue du Roule jusqu'à la place
des Piques ; le cortège devait partir à 8 heures très précises et passer par les rues Saiiit-Hoiioré, le Roule, le Pont-INeuf, les rues de Thionville, des Fossés-Saint- Germain, de la Liberté, ci-devant Monsieurle-Prince, place Saint-Michel, rues d'Enfer, Saint-Thomas et Saint-Jacques jusqu'au Panthéon, avec 7 stations, la première devant la salle dos Amis de la Liberté, la2« en face de l'Oratoire, la 3" sur le Pont-Neiif, en face de la Samaritaine, la 4° devant la salle des séances des Amis des Droits de l'Homme, la 5° au carrefour de la rue de la Liberté, la G° place Saint-Michel, la 7" au Pauthéon.
23 janvier 1793.
Copie conforme, signée de Clément, secrétaire de l'Elat-major, A. N., AF'^' 1470.
397. — Extrait de l'ordre du jour de la parde nationale parisienne, reproduisant le jugement rendu, le 23 janvier, par le Commandant général, dans un conflit qui s'était produit, le 31 décembre, à l'Arsenal, où les canonniers de la section des Lombards, autorisés par le minisire à y prendre une pièce de canon, avaient été très mal accueillis par les canonniers de garde, qui d'ailleurs n'avaient pas été prévenus, déclarant qu'il n'y avait pas eu de violation de la part de la section des Lombards, mais un simple malentendu, condamnant toutefois un tambour à cause de son insubordination et de la fausseté de sa déclaration ; les commissaires de la section des Lombards ayant demandé sa grâce, les commissaires canonniers de la section de l'Observatoire, touchés de ce procédé, décidèrent que, le dimanche suivant, il y aurait réunion de 40 citoyens de chacune des deux sections, afin de porter ensemble une santé républicaine, puis que l'on se rendrait, à l'heure de midi sur la place d'armes, à la parade, pour se donner mutuellement le baiser de fraternité , en présence et avec l'adhésion du Commandant général, et (pie le citoyen Drouas, directeur de l'artillerie, dont les canonniers reconnaissent le civisme et l'honneur, serait invité à se joindre à celte réunion.
25 janvier 1793.
Extrait, signé de Clément, A. N., AF'V 1470.
398. — Lettre du maire et des administrateurs du Dépaiteinent de Police au Conseil exécutif provisoire, déclarant que Paris est toujours à peu près aussi tranquille, que cependant, d'après un rapport qui leur est parvenu, on se proposait de se porter, le jour même, aux prisons, pour y égorger les détenus, et que le massacre devait commencer par la prison de l'Abbaye, et, quelque soit le degré de confiance que puisse mériter cet avis, recueilli dans différents groupes, le Maire a cru devoir le transmettre au Commandant général, en lui recommandant d'envoyer sans retard, aux dillérenles prisons, une force capable d'empêcher l'invasion qu'on pourrait tenter d'en faire.
25 janvier 1793.
Original, signé de Chambon et Arbeltier, A. N., AF'V 1470.
399. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, portant que dans la 3« légion, deux particuliers se battant à coups de sabre sur le boulevard, près de la rue de Sèvres, ont été arrêtés et reconduits à leurs casernes, qu'un jeune homme a été amené au poste de la Croix-Rouge, ayant été maltraité à coups de bâton par deux individus pour avoir parlé du jugement du ci-devant Roi, et déclarant que tout a été parfaitement calme dans toutes les légions.
25 janvier 1793.
Original, signé de Santerre et de Clément, A. iV., AF'v 1470.
400. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, constatant que la veille il y avait eu beaucoup de patrouilles près des prisons, et que personne n'avait rien vu, (]ue les mômes individus qui trompaient Roland, veulent aussi tromper le Maire, mais que le Commandant général aime cent fois mieux les instructions des Comités des sections que les avis de qui que ce soit, remarquant qu'on voudrait faire croire que Paris n'est pas tranquille, mais qu'il l'est parfaitement, et que malgré toutes les calomnies, le peuple ne sait se mettre en colère que lorsque cela est nécessaire, annoni;ant pour le 27 une fête arrêtée par la Commune pour la plan-
talion du chêne de la fraternité sur la place de la Réunion, ci-devant du Carrousel, et indiquant l'ordre et la marche du 'cortège, dans lequel figurent, indépendamment des corps judiciaires, d'une députation de la Convention, de la iMunicipalité et du Département, des commissaires de la Commune du 10 août avec leurs bannières, les vétérans, les Elèves de la Patrie, la musique de la garde nationale, des volontaires des 84 départements et des détachements dos 0 légions, décidant que le cortège se mettra en marche à 10 heures précises et invitant chacun à se rendre exactement à son poste, pour que le retard qui s'est produit à la place des Piques ne puisse se renouveler, recommandant aux citoyens d'obéir à leurs chefs, de se défaire de la manie de commander qui fait fureur, et de ne point quitter leurs rangs à tout propos pour donner au Commandant général leurs avis ou leurs ordres, rappelant la conduite extraordinaire des canonniers auprès du Panthéon et déclarant quïl s'en prendra désormais aux officiers, et que ce sont eux que le Commandant général punira si, lorsqu'ils auront commandé fixe! quelqu'un parle ou sort du rang, notifiant de la part du ministre de la guerre que l'épreuve des 20 pièces de canons fabriquées par les frères Perler se fera, le dimanche 27, les circonstances n'ayant pas permis de la faire le dimanche précédent.
26 janvier 1793.
Copie conforme, A. N., AF'^' 1470.
401. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, portant : 1» que le chef de la première légion a fait lui-même la visite des prisons de Sainte- Pélagie, de l'Abbaye et de la Conciergerie, et qu'il y a trouvé tout très calme et en ordre; 2' que la visite des postes de la Caisse, du Trésor national et des prisons a été faite par les commandants des sections du Mail et de la Butte-des-Moulins, qui ont trouvé tous les postes très en règle et très tranquilles; 3" que le citoyen Perard, de la Convention nationale, a refusé de monter sa garde et a déclaré que,
n'étant pas de Paris, il ne la monterait pas et ne se ferait pas remplacer.
20 janvier 179.3.
Original, signé de Santeiie et de Cl6raonl, À. N., APiv l.\70.
402. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, faisant connaître que, le 27 janvier, en vertu des instructions du Comité de sûreté générale, les juges de paix, commissaires de police et officiers de police, reçurent l'ordre de se transporter au Palais de l'Egalité, pour y arrêter les citoyens sans cartes et sans asile, ainsi que les factieux qui ouvertement menacent les membres de la Convention et la liberté, que le Commandant général, requis de prêter main forte, réunit 3,700 hommes, qui se trouvèrent au Palais-Egalité à 8 heures, et en 3 minutes investirent toutes les maisons, oCi 6,000 individus environ furent trouvés sans cartes de civisme et reconduits dans leurs sections, afin de reconnaître les émigrés et les négligents qui circulenl sans preuves de leur civisme, au moment où les patriotes terminent leur guerre avec les aristocrates, invitant en conséquence les citoyens à se munir de leurs cartes de civisme et à imiter leurs frères d'armes qui, aux frontières, ont battu les émigrés, les Prussiens et Autrichiens, et les battent encore, en déclarant la guerre aux ennemis de l'intérieur, qu'on doit chasser comme des bêtes enragées, assurant que si chaque bon républicain veille la maison qui l'avoisine, sous trois mois la paix intérieure et extérieure sera faite, que la République française sera aussi belle que Rome dans sa splendeur, et plus encore, « car, ajoute Santerre, les siècles ont ajouté à notre philosophie et à nos connaissances, et malgré la stupidité qu'avait produit l'esclavage, aux lumières des Romains sont jointes celles des Français, qui serviront à conserver à perpétuité notre liberté », se plaignant enfin de ce que, malgré la défense de rappeler dans les sections et de battre en venant à la Commune, plusieurs sont arrivés tambour
battant.
28 janvier 1793.
Copie conforme, A. N., AF'^ 1470.
403. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, portant qu'à raison des coups de fusils tirés de l'ile Louviers sur la sentinelle du jardin de l'Arsenal, le Commandant généralordonne d'arrêter tous ceux qui tireront dans les rues, sur les quais et dans les iles, de même les cavaliers qui circulent dans les contre- allées des boulevards réservées aux piétons, de mettre en fourrière les chevaux des charretiers qui déchargeront des gravois sur les boulevards extérieurs, invitant les entrepreneurs de réparations des boulevards, principalement du côlé des Invalides, à relever les fossés pour que les voitures ne passent point dans les contre-allées, appelant enfin l'attention sur les distributeurs dans les sections d'écrits aux pauvres femmes et femmes des camarades aux frontières, lesquels sont fort durs et mallionnêtes à l'égard de ces braves femmes, qu'il recommande aux commissaires des sections.
29 janvier 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. A'.,
404. — Extrait Je l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, annonçant l'organisation définitive du corps de l'Ecole militaire, ramené à une division, et, à propos de l'accusation portée contre Santerre par plusieurs cavaliers, qui tendrait à faire croire que le Commandant général gagne sur eux 5 sols par jour, déclarant que, quoiqu'il méprise ces basses calomnies, il est cependant bon de savoir que cela ne se peut, le quartier-maître du corps touchant au Trésor sur le contrôle do chaque compagnie, et que, dans chaque division, un conseil d'administration vérifie et ordonnance les achats; que le Commandant général a été chargé d'une opération jugée nécessaire pour ne pas laisser nus 47,000 hommes qui ont été habillés par ses soins, et qu'il a été, dans cette afîaiie, le réformateur et l'économe Je la République, que, du reste, il a rendu ses comptes, et qu'ayant eu le maniement de 5 millions, il courait le risque d'être ruiné, s'il avait rencontré un seul mandataire infidèle, que s'il. est satisfait d'avoir pu servir la
République, il ne le serait pas de perdre l'estime de ses concitoyens sans fondement, déclarant enfin que le ministre a vu avec plaisir la section des Sans-Culottes restituer à l'Arsenal les canons et caissons qu'on lui avait prêtés, et qu'il a lieu d'espérer que les autres sections suivront cet exemple.
30 janvier 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AF'V 1470.
403. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, constatant dans celui de la 2* légion, que 2 soldats ont été arrêtés la nuit sur le gazon du Louvre avec 2 filles, qui ont été conduites à la Force ; dans la i» légion, à minuit, que 6 hommes et un caporal de la section de la Butte-des-Moulins se sont transportés chez le restaurateur Février, au Palais de l'Egalité, et y étaient encore au moment de l'envoi de la feuille du rapport; dans la 5', que 3 dragons de la Liberté, se disputant dans un café, faubourg du Temple, et y ayant frappé une femme, ont été arrêtés et conduits à l'Abbaye.
30 janvier 1793.
Original, signé de Santerre et de Clément, A. N., AF'V 1470.
400. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, mentionnant dans la 1" légion, l'arrestation de 2 fabricants de faux assignats, conduits à l'Abbaye; le transport, à une heure indue, de 2 pièces de canon, constaté par le poste des Chartreux; dans la 4o légion, l'arrestation au poste de l'Egalité, d'une pièce de canon de 4, passant rue Saint- Honoré à 10 heures du soir, escortée seulement par des officiers, les citoyens étant inquiets de voir circuler si tard du canon, ladite pièce a été conservée au poste jusqu'à réception d'ordres supérieurs.
31 janvier 1703.
Original, signé de Santerre et de Clément, A. N., AFiv 1470.
407. — Lettre de Clément, secrétaire de l'Etat-major général do la garde nationale, au Conseil exécutif en Comité aux
L'ESPRIT PUBLIC A PAntS DE JANVIER A JUIN 17Ô3
Tuileries, l'informant qu'il ne recevra aujourd'hui ni feuille de rapport, ni l'ordre général, attendu qu'il n'y a eu à l'ordre que le service journalier, et qu'il n'y a absolument rien d'intéressant dans les fouilles de rapport <Ies légions, qui annoncent que les patrouilles et rondes se sont faites avec beaucoup d'exactitude et que tout est dans la plus grande tranquillité.
2 février 1793.
Original signé, A. N., AF'V 1470.
408. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, exposant que ia République a beaucoup gagné d'amis depuis la mort de Louis, mais qu'il est survenu ((uelques désagréments de plus pour la classe la moins riche des citoyens, c'est la cherté des vivres et notamment du blé , attendu d'abord que toutes les frontières tirent pour les armées des blés des marchés, et que tout y afOue, ensuite, que les fermiers auxquels l'aristocratie persuade que Paris est toujours à feu et à sang, ont lieu de redouter la dépréciation des assignats, ce qui fait que dans les villes voisines des frontières, comme Lyon et Lille, le pain est fort cher et vaut b et b sois la livre, proposant deux moyens de remédier à cette situation, le premier, c'est que les citoyens aisés remplacent le pain, doux jours de la semaine, par du riz et des pommes de terre, ce que ne peuvent faire ni les pauvres, ni les ouvriers, ni les enfants, ce qui pourra réaliser une économie de la moitié de la consommation de Paris et produire en deux jours 1,500 sacs de farine; le second moyen consiste à ce que chaque citoyen se défasse volontairement de son chien , Paris contenant en chiens et chats inutiles de quoi absorber la nourriture de 1,500 hommes, soit 10 sacs de farino perdue, faisant observer en outre que lu guerre avec les tyrans coalisés allait empêcher l'arrivage des sucres et cafés, et engageant les gens riches (non pas les pauvres, qui ont déjà assez de privations), à supprimer de leur consommation le sucre et le café, et à diminuer la grande consommation de suif et d'illumination,
enfin tout ce dont on peut se priver pour améliorer la condition des pauvres, de sorte que les retards dans les arrivages que produira la guerre foraient moins de mal, ajoutant qu'à dater de ce jour, par ordre du Comité de sûreté générale, chaque légion devra fournir à tour de rôle deux de ses réserves de 23 hommes pour le poste de la maison d'Egalité.
3 février 1793.
Copie conforme, A. N., AF'V 1470.
409. — Extrait de la feuille du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, constatant que, dans la 4' légion, une patrouille des Petits-Pères a trouvé beaucoup de monde à une heure dans un café sur l'Egout Montmartre et l'en a fait sortir, qu'une demi-heure après, en repassant, elle y a encore entendu du bruit et du monde, mais qu'on a refusé d'ouvrir, que, dans la 6° légion, on a conduit à l'Abbaye un militaire ayant tenu des propos insolents contre la République.
4 février 1793.
Extrait, signé de Sanicrre et de Clément, yl.iV., AFIV1470.
garde nationale parisienne , faisant défenses à tous gendarmes à cheval et cavaliers de courir au galop dans les rues de Paris, ordonnant à toutes les réserves de 2o hommes des sections de se porter, le soir à 5 heures, sur la place du Théâtre- Français pour y assurer la tranquillité publique, au sujet du changement de la pièce L'Ami des Lois, que l'on avait affichée et qui ne sera pas jouée, invitant les chefs de légions, adjudants généraux et commandants de sections à se trouver, le jeudi suivant, à 9 heures du matin, à l'Hôtel commun, salle de l'Egalité, pour se consulter sur l'unité et l'uniformité du service dans les 48 sections, mettant en garde ses concitoyens contre certains individus qui veulent tromper le peuple en faisant croire le contraire de ce qu'a dit le Commandant général dans son ordre de l'avant-veille, annonçant que l'organisation du corps de l'Ecole militaire, opération très longue et difficile, continue, mais
CHAPITUE 1". — JOUUISÉKS HISTOIUQUES DE LA RÉVOLUTION
appelant l'attention sur les inconvénients de l'abstention des citoyens qui en font partie, attendu que hier, pour la nomination du colonel, sur une division qui compte 1,008 hommes, il n'y a eu que S34 votants, espérant que pour le ballotage, qui a lieu ce matin, il y aura plus de monde, cette insouciance pouvant devenir funeste, d'autant plus que les compagnies ne faisant pas ordinaire à l'Ecole et n'y logeant pas toutes, on ne peut les consigner.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AF'v 1470.
411. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, annonçant, dans la 2' légion, qu'à 6 heures du soir l'on a amené au corps de garde de la section des Gardes-Françaises le citoyen Scarron, venant d'être blessé d'un coup de couteau à la caverne dite des Variétés, que, dans la b' légion, vers minuit, la sentinelle du poste de la section du Temple a averti qu'elle entendait battre la caisse du côté de Popincourt, fait confirmé par l'adjudant de ronde, que l'on a] été à la recherche du tambour, mais qu'on n'a jamais pu le joindre.
6 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A.N., AF'V 1470.
412. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, déclarant qu'il n'y a rien d'extraordinaire à l'ordre de ce jour, en dehors de l'avis du ministre de la marine à ses concitoyens sur le prochain départ de caronades et autres objets de guerre pour l'armement des vaisseaux de la République.
6 février 1793.
Extrait, signO de Santerre et de Clément, A.N., AFiv 1470.
413. — Extrait de l'ordre du jour du la garde nationale parisienne, annonçant que les sections dos Fédérés et des Droits-del'Homme réunies feront célébrer, le 10 février, une pompe funèbre en l'honneur de Michel Le Peletinr de Saint-Fargeau, que celles des Fédérés et de Popincourt replanteront, le même jour, auprès de
leurs corps-de-garde, l'arbre de la Liberté, reproduisant le texte d'un arrôLô du Conseil général de la Commune, qui porte que le recensement des vainqueurs de la Raslille sera fait, samedi prochain, dans l'église de Saint-Jean-en-Grève, sous la présidence de deux commissaires choisis parmi les membres, notifiant que le Commandant général n'enverra pas à la section de Bon-Conseil la réponse imprimée qu'il avait promise, attendu que cette section n'a point communiqué son arrêté, ajoutant qu'il reçoit toujours avec salisfaction les avis et ordres des sections, mais aussi qu'il est forcé de répondre, lorsqu'il est calomnié, supprimant enfin les réserves de 2o hommes aux chefs-lieux des sections, à l'cxceplion de celle de la cour d'Egalité, déclarant également qu'il y a lieu, d'après le sentiment du Commandant général, de réduire de beaucoup la garde du Temple, surtout de n'y plus faire monter le drapeau, et de prendre à ce sujet l'avis de la Commune.
9 février 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., APiv 1470.
414. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, constatant, dans la 1" légion, l'arrestation, au corpsde-garde des Cordeliers, d'un sergent de gendarmerie, pris de vin, que la section de Marseille a renvoyé chez lui en retenant sa carabine; dans la 3' légion, déclarant qu'une patrouille de la section des Invalides a trouvé, à 11 heures 1/2, ht sentinelle du poste du Palais Bourbon, dormant dans sa guérite, qu'élant entrée au poste, elle a remarqué que toute la garde y dormait, et qu'il n'y avait ni commandant, ni lumière.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A.N., AF'V 1470.
415. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, mentionnant pour la 2' légion, l'arrestation de cinq militaires de différents régiments, trouvés la nuit dans les rues, avec des lilles, que l'on a conduit à l'Abbaye;
pour la 4« légion, l'arrestiitioii du citoyen Jolivot et de sa femme, faisant le commerce d'argent, qui ont fait résistance à la garde et ont été conduils à la Mairie.
14 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et do Clément, A. N., APiv 1470.
416. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, signalant, dans la '.i' légion, l'arrestation de deux particulierssurprisvolant à l'hôtel de Bélhune, l'extinction de la plupart des réverbères dans la section de la Croix- Rouge, à 4 heures 1/2, la constatation par l'adjudant général faisant sa ronde, de coups de fusil tirés sur le boulevard des Invalides, et déclarant qu'il n'y a rien eu d'extraordinaire à l'ordre du jour, sauf l'invitation faite par le Commandant général sur la demande du ministre de la guerre, aux cnnonniers des sections, qui voudraient partir pour l'Ecole d'artillerie de Metz.
15 février 17U3.
Extrait, signé de Santerre et do Clément, A.N., AT'"-' 1470.
417. — Lettre du Commandant général provisoire de la garde nationale au Conseil exécutif, en Comité aux Tuileries, le prévenant qu'il n'y a absolument rien d'extraordinaire dans les rapports du jour, ainsi que dans l'ordre général, que les rondos de patrouilles se sont faites avec exactitude dans toutes les légions et que tout est parfaitement calme dans Paris.
16 février 1793.
Original, signé do Clément, secrolaire do l'Elat-major, A. N., AFiv 1470.
418. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, signalant l'attitude d'un marchand de vin, place -Maubert, à l'enseigne des JJeux-Frères, qui a invectivé une patrouille pour avoir fait sortir du monde de chez lui, à on/.e heures passées, et qui, menacé d'un rapport, a répondu qu'il s'en f...ait; l'extinction des réverbères dans les sections de la Cité, de Ron-Conseil et de Molière et La Fontaine; l'arrestation d'un hussard
du 8" régiment, écroué à la Force pour avoir tiré son sabre contre un limonadier, auquel il refusait de payer son écot, déclarant qu'il n'y a rien d'extraordinaire à l'ordre du jour, que : l» l'inauguration du cours de Verrières au Club des Cordcliers et l'invitation aux sections d'y envoyer des députations ; 2» l'ordre aux commandants des postes de prêter mainforte au sieur Hoch Louvet pour la police militaire et l'arrestation des déserteurs; 3° enlin l'avis donné par le Commandant général du départ, lundi prochain, de la i" division de cavalerie de l'Ecole militaire pour Versailles.
Extrait, signé de Santerre et de Clément A. N., APiv 1470.
419. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, convoquant les chefs, adjudants généraux et commandants des sections, le jeudi suivant, à dix heures du matin, à l'iiôtel commun, salle de l'Egalité, pour y délibérer sur des objets essentiels au service, annonçant, d'après un avis donné par le ministre de la guerre, l'arrivée prochaine de l,oOO à 1,600 fusils, qui seront déposés à l'Arsenal pour y être réparés; le départ, à dater du 20 et jours suivants, de Paris pour différentes armées de la République, de plusieurs convois d'artillerie, caissons et munitions, avec prière aux citoyens de n'entraver en rien ces départs, notifiant également que, dimanche prochain, il y aura exercice dans les 2 premières sections de chaque légion, de 10 heures du malin à 2 heures, qu'il y aura tous les jours, à commencer dès jeudi soir, de 6 heures à 9 heures, école d'officiers et de sous-officiers, pour les" intonations, formations de compagnies et de bataillons, et toutes les manœuvres, les instructions devront être y données par les adjudants, et que les principes k suivre seront arrêtés dans une réunion des 6 chefs de légions et 12 adjudants généraux, qui se tiendra, le mercredi, chez le Commandant général.
19 février 1793.
Extrait, signé de Clément, A. N., AF'V J470,
garde nationale parisienne, mentionnant la réunion tenue, le 20 février, par les adjudants généraux, les chefs de légions et le Commandant général, à l'elfet de délibérer sur l'uniformité des leçons à donner tous les jours aux écoles théoriques et pratiques par les -adjudants de sections, qui recevront chacun un exemplaire de la théorie réglementaire du 1" août 1791, déclarant qu'il a été remis à chaque légion un registre pour inscrire les officiers et sous-officiers qui viendront aux leçons, enfin portant invitation de la part du Maire et du Commandant général à tous les postes et patrouilles de prêter main forte aux réquisitions de la police.
21 février 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AFiv 1470.
421. — Lettre de Pache, maire de Paris, au Conseil exécutif provisoire, accusant réception de l'arrêté du Conseil du 18 courant, et annonçant qu'il adressera, en conséquence, trois fois par semaine, l'extrait des rapports qui sont faits au Déparlement de Police, et qu'il se rendra personnellement au Conseil toutes les fois que les circonstances l'exigeront et le lui permettront, et joignant à sa lettre l'extrait des rapports faits le 21 courant au Bureau de surveillance de la Police.
21 février 1793.
Autographe, A. N., AF'V 1470.
422. — Extrait des rapports et déclarations reçus par le Bureau de surveillance de la Police faisant connaître : 1» que dans les cafés aux environs de la Convention nationale, il y avait de violents murmures sur le projet de Constjtution nouvelle, qu'on accusait de vouloir ramener l'établissement des 2 Chambres, et qu'on y applaudissait au traitement subi par le fourbe Lafayetle, qui vient d'être conduit sous bonne garde à Berlin ; 2° que les défiances au sujet de Duniouriez commencent à se dissiper; 3° que le sieur Poirier, valet de chambre du ci-devant comte d'Artois, a trompé la surveillance de la Police, et est parti pour Liège ; 4° que le
marquis d'Estampes, émigré, réside dans une de ses terres près de Rouen ; 5° qu'à un diner donné le 19 courant, chez le sieur Sabalier, place Vendôme, il s'est dit beaucoup de mal du citoyen Pache, prévenu en faveur du sieur Piquais, qu'il avait nommé administrateur de l'habillement ; 0° que le louis d'or se vend jusqu'à 24 livres 10 sols, ce qui fait crier très fort contre les Législateurs de ce qu'Us ne prononcent pas la peine de mort contre les marchands d'argent, qu'on veut même tuer, ainsi que les accapareurs; 7» que l'on répand déjà sourdement le bruit que dans 15 jours éclatera une révolution causée par la cherté des denrées de première nécessité ; 8° que les plaintes redoublent contre les boulangers, en partie mal approvisionnés ou feignant de l'être, et qui n'ont plus de pain à midi ; 9° que les cochers de iiacre continuent à se montrer aussi insolents, que l'un d'eux notamment l'efusa de conduire à leur caserne, à n'importe quel prix, quatre cavaliers casernes à l'Ecole militaire, qui, à dix heures du soir, s'étaient adressés à la station des fiacres, rueCroix-des-Petits-Champs, ajoutant que, quoique le cocher eût absolu- ■ ment refusé de marcher, les militaires eurent la modération de se retirer sans le maltraiter; 10° que plusieurs marchands de vieux habits restent jusqu'à 8 ou 9 heures du 'soir sur la place du Marché des Innocents, uniquement dans le but d'acheter les effets volés.
21 février 1793.
Copie, A. N., AFiv 1470.
423. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, ne signalant rien d'extraordinaire à l'ordre d'aujourd'hui, que l'invitation expresse du Commandant général à tous les citoyens d'arrêter tout militaire qui vendrait ses effets.
22 février 1793.
Extrait, signé do Santerre et de Clément, A. N., AF'v 1470.
424. — Lettre du Commandant général provisoire de la garde nationale au Conseil exécutif provisoire, prévenant qu'il n'y a rien d'extraordinaire ni dans l'ordre
L'ESPRIT PUBLIC A l'AHIS DE JANVIER A JUIN 1793
du jour , ni dans les rapports , que les rondes de patrouilles se sont faites très exactement et que tout est calme dans Paris.
23 février 1793.
Original, signé de Clément, A. JV., AF'v 1470.
421). — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, dans lequel le Commandant général fait observer que tous les mauvais citoyens, protégés par Lafayette, se trouvant actuellement à Paris, et, accoutumés qu'ils sont à fomenter des factions et émeutes, peuvent exciter quelque mouvement, d'autant plus que le retard dans l'arrivée des subsistances, par suite de la difficulté des chemins, prête à troubler l'ordre; il signale l'arrestation, la veille, rue du Jour, dans l'hôtel où demeurait l'assassin Paris, du nommé Estienne, dit Languedoc, dont la plume vénale, payée par Lafayetle, faisait croire aux factions; d'abord abbé, puis pourvu d'une sous-lieulenance par Lajard, ensuite nommé major général à liruxelles et chargé des plans qu'il livrait aux Autrichiens ; Santerre dénonce également la présence, <\ Paris, du scélérat La Reynie, aussi abbé, écrivain à la solde de Lafayette, ayant volé les vases sacrés de la Hastille, puis fait chevalier de Saint-Louis, enrin nommé gouverneur du Louvre par la Reine, ayant déposé dans l'affaire du 20 juin, cet homme, ainsi qu'un certain nombre d'autres semblables, qui sont de la trempe de Paris, est de ceux dont les bons citoyens doivent se méfier; ordre est donné de reconstituer les réserves de 2o hommes par section, afin de faire des patrouilles d'observation.
24 février 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AF'V 1470.
420. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, mentionnant : 1° dans la 1" légion, l'arrestation par une patrouille de la section de Beaurepaire, rue Saint-Jacques, d'une voiture de pains que l'on chargeait chez un boulanger pour aller vendre à la campagne; 2° dans la 3« légion, l'arrestation dans un café, à minuit, d'un sous-lieute- T. IX.
nant et de 3 militaires de la caserne de Babylone, qui ont fait résistance à la patrouille, ont menacé de lui casser la gueule, et au moyen d'un renfort ont été tous les 4 conduits <à l'Abbaye; 3» dans la 4' légion, l'arrestation d'un équilibriste, faisant du bruit à heure indue et jouant de la clarinette, disant être payé pour cela, lequel a été mis au violon du peste des Elèves à la .Messagerie; 4° dans la ■)• légion, l'arrestation de deux femmes sans asile, couchées dans des échoppes du Marché Saint-Jean, qui ont été conduites ce matin chez le commissaire de la section des Droits-de-l'Homme.
24 février 1793.
E.xtrait, signé de Santerre et de Clément, A. N., AF'V 1470.
427. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, signalant : le retrait, comme dangereux, par l'Assemblée générale de la section des Piques, de l'arrêté qu'elle avait pris pour déclarer que Barbaroux avait perdu sa confiance; la rédaction d'une pétition à la Convention par un grand nombre de citoyennes réunies dans le local de la Société fraternelle des Deux Sexes, pour provoquer la punition des accapareurs, de plus annonçant : 1° que dans les attroupements de la journée du 24, sur les places et devant les boutiques des boulangers qui n'avaient plus de pain, l'on disait tout haut que la Convention n'aurait aucun égard aux pétitions qu'on lui présenterait à ce sujet, que la Commune accaparait les grains ; 2° que, dans ces mêmes attroupements, l'on murmurait aussi très vivement, en raison de la garde que les citoyens continuent à monter au Temple, grâce à laquelle trois cents pères de famille et ouvriers sont employés à garder des femmes qui sont, ou coupables ou innocentes, et qui, dans le 1" cas, doivent être jugées, et dans le second, occupent inutilement des citoyens à un service injuste; 3° que dans d'autres groupes on s'exprimait avec véhémence sur la rareté et la cherté énorme des denrées, grâce aux accaparements, qui pesait sur la classe la plus laborieuse, la
plus indigente, laquelle est chargée de famille, et l'on demandait que la Convention punit de mort les accapareurs ; mentionnant l'arrivée, la veille, sur le carreau de la Halle aux Blés, de 996 sacs de farine, pour le dimanche de 900 sacs, et pour le lundi d'un approvisionnement encore plus considérable, préconisant une mesure proposée par le plus ancien des boulangers parisiens, actuellement vétéran de la gendarmerie nationale, à l'effet de prescrire aux boulangers de ne faire que du pain de pâte ferme; déplorant l'indulgence que l'on montre à l'égard des mauvais sujets de toute espèce qui, prévenus de vols, n'ont qu'à montrer leurs cartes de citoyens pour être aussitôt relâchés, d'où vient sans doute le nombre prodigieux de voleurs et de vagabonds pullulant dans Paris; déclarant enfin qu'on se plaint beaucoup de l'état-major qu'a formé le général Santerre, plus occupé h fréquenter les cafés et les femmes qu'à veiller au service militaire, qui se fait avec une extrême négligence, tant le jour que la nuit, avec lettre d'envoi de Pache, maire de Paris, au Conseil exécutif provisoire.
24, 25 février 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. JV., AFiv 1470.
428. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, constatant dans la 3' légion que, dans la section des Quatre-Nations, des commissaires de police et de sections ont fait différentes visites la nuit, chez les boulangers, pour s'assurer s'ils cuisaient, et qu'ils ont tout trouvé en pleine activité ; dans la 4" légion, qu'une patrouille de 17 hommes du poste de l'Kgalité étant arrivée sur la terrasse des Feuillants, a été obligée de remettre la bayonnette au fourreau, qu'on se plaint toujours des cochers de fiacre, de leur insolence et de leur refus de conduire les citoyens ; dans la 6« légion, qu'un cocher de liacre, ayant maltraité et blessé un citoyen au front, a été conduit à la Force par ordre du commissaire de la section du Faubourg-du-Nord.
25 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A.N., APiv 1470.
429. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, contenant une proclamation adressée aux citoyens par Santerre, qui les adjure de se rallier dans les moments critiques où l'on se trouve, et déclare que ceux qui ne viennent point à leurs sections, lorsqu'il se commet des délits publics, sont complices de ces mômes délits, montre l'urgence de nombreuses et fréquentes patrouilles, attendu que les malveillants continueront le désordre, qu'une fois la loi violée, la vie des citoyens est fortement exposée, et que si les désordres ne sont pas réprimés, la liberté est perdue, invite enfin les citoyens des sections à forcer tout le monde à se faire inscrire, afin de connaître ceux qui courent pour tromper le peuple.
26 février 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., APiv 1470.
430. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, relatant dans la 1" légion, que, dans la section du Théâtre-Français, un tambour qui battait le rappel a eu sa caisse crevée et les fusiliers qui l'accompagnaient ont manqué d'être assassinés par le peuple ; dans la 3' légion, que le citoyen François Lelièvre a été arrêté et conduit au poste de Grenelle pour avoir, rue dos Bourdonnais, pris du sucre, que le peuple se distribuait, et ne l'avoir pas payé ; dans la i' légion, que le calme s'est rétabli dans la section du Faubourg-Montmartre sur les 9 à 10 heures du soir; que, sur les 8 heures du soir, les Elèves ont arrêté un homme et une femme très violents, qui excitaient à la sédition, ayant même frappé un sergent en faction à la porte d'un épicier, que tout a été tranquille à la Caisse, au Trésor et à la fabrication des assignats.
26 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A. N.,AV" 1470.
431. — Lettre de Santerre au Conseil exécutif provisoire, l'informant qu'actuellement la force armée est devenue maîtresse de réprimer les événements fâcheux que l'on connaît, et, dans la crainte
qu'à la faveur de la nuit les agitateurs et les malveillants ne recommencent, annonçant qu'il a établi dans toutes 1ns caisses, à la fabrique des assignats, au Mont de Piété et à toutes les prisons des forces d'hommes et de canons, de manière à s'opposer aux excès, d'après l'ordre qu'il a reçu de la Municipalité, et que cette surveillance sera exercée partout.
2G février 1793, à 3 heures.
Original signé, A. N., AF'V 1470.
432. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, résumant les événementsde lajournée du 25 février : observant que le pillage chez les épiciers et les chandeliers a été autant l'ouvrage des brigands et ennemis de la Révolution que du désespoir de la classe indigente du peuple, écrasée sous le l>rix énorme des denrées de première nécessité, que l'on a arrêté beaucoup de voleurs qui emportaient les marchandises sans les payer, notamment d'un seul coup de filet, 40 à 30, rue Saint-Deni-s en face du Marché des Innocents, et que plusieurs personnes qui excitaient au pillage et au rheurtre étaient des déserteurs, des émigrés ou leurs agents ; démentant le bruit qui avait couru que l'on avait insulté le Maire, déchiré son écharpe et menacé de le frapper de coups de couteau, à l'instant qu'accompagné du procureur de la Commune, il protégeait les propriétés d'un épicier, bruit répandu pour sonder le peuple et inspirer l'idée de cet attentat; relatant que des patrouilles, composées san.s doute de marchands et d'accapareurs, ont agi avec une extrême brutalité à l'égard de ceux qui se portaient en foule chez les épiciers, ont môme percé de coups de bayonnette, rue de l'Echelle, un citoyen qui avait dit que cette malheureuse journée était le résultat de la cupidité des marchands, et sur la place de (irève ont blessé 4 personnes, que l'adjudant des Quinze-Vingts a failli perdre la vie, avec les 6 hommes sous ses ordres, pour s'être obstiné à faire fermer la boutique d'un épicier en face du corps de garde de la section ; reproduisant les pro-
pos dignes d'attention que l'on tenait dans les groupes bénévoles qui se sont formés dans les rues de Paris, tandis que certains particuliers, beaucoup plus actifs, s'approvisionnaient à grand marché de sucre, de café et de chandelles ; d'autres disaient que tous ces maux étaient occasionnés par la lenteur de la Convention à promulguer de bonnes lois, que cette insouciance de l'état de Paris amenait à la faire suspecter d'intelligence avec les malveillants; au lieu de proclamations, objectait-on, il faudrait de sages décrets remédiant au désordre et à la misère, et punissant sévèrement les accaparements dont se rendent coupables les riches et les nobles, avec exemples à l'appui de ces propos, l'on signalait les sieurs Robe et Larainie, anciens fermiers généraux, demeurant place Vendôme, qui ont un magasin de la valeur de ilO millions, le prince de Montbazon et son associé, qui font un commerce considérable, on montrait que l'arrestation de 3 voitures de savon a fait reconnaître, par la facture, que ce savon, qui ne revenait qu'à 14 sols, était vendu au peuple jusqu'à 32 sols, l'on demandait également la raison de la rareté des blés, qui pourraient ne valoir que 2b sols le setier, si les municipalités n'en offraient pas un.prix infiniment supérieur, alors qu'à 10 lieues au-dessus de Paris, jusqu'à Lille, on no voit que des meules de blés qui semblent reprocher aux fermiers leurs coupables négligences ou leurs avares spéculations. Les rapports déclaraient que, selon toute apparence, il n'y avait point eu de sang versé la veille, mais que le désir d'avoir du sucre et d'autres marchandises à bon marché n'animait pas seul les insurgés du 2"), que nombre d'entre eux, en sortant des magasins, notamment à l'Apport Paris, revendaient le sucre et autres denrées qu'ils étaient allés chercher jusqu'à trois reprises, que, dans la plupart des magasins forcés, on avait trouvé de la cassonnadc moisie,à force d'avoir été gardée, et des pains de sucre à demi consommés par l'humidité, ajoutant en dernier lieu que Sanlerre se trouvait le 2.ï à Versailles et n'avait donné aucun ordre en cas de tumulte, aussi qu'on l'accusait
de s'être absenté exprès, avec lettre d'envoi du Maire au Conseil exécutif.
26, 27 février 1793.
Extrait conforme et minute (2 pièces), A. N., AF'V 1470.
433. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, mentionnant pour la 3" légion, l'arrestation de plusieurs personnes chez diflérents épiciers de la section du Luxembourg, et au poste de Saint-Suipice, d'un citoyen sans carte civique , avec sa femme déguisée en liommc, laquelle a été renvoyée chez, elle et le mari consigné au violon ; annonçant pour la 4° légion, que, la veille, on avait conçu quelques inquiétudes et craintes pour les caisses publiques, craintes qui heureusement ne so sont pas réalisées, on a pris soin de redoubler la garde et tout a été parfaitement tranquille, avec note au bas du rapport, faisant connaître que dans les circonstances présentes le Commandant général donne 2 fois par jour l'ordre, et que l'on fera passer au Conseil exécutif celui du matin et celui
du soir.
27 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A. N., AF'V 1470.
434. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne (9 heures du matin), notant que la nuit a été fort calme, et prescrivant aux réserves de 200 hommes de faire de fortes et fréquentes patrouilles et de se porter toutes sur la place de la Maison commune, où elles prendront les ordres du Commandant général, soit pour retourner dans leurs chefs-lieux respectifs, soit pour être dirigées où besoin sera. D'après un second ordre du jour (5 heures de relevée), la force armée est exacte et empêche tous désordres, mais, observe le Commandant général, il faudrait que ce fût la raison et le respect pour les lois qui obtinssent ce résultat, adjurant les citoyens de venir aux sections, et déclarant qu'à Iti veille de secourir nos amis aux frontières, de procurer le bonheur au peuple, si l'on voit les aristocrates triompher à l'intérieur, c'est cesser de vivre libres, c'est manquer à son serment, enfin confirmant
les mêmes instructions, attendu que les patrouilles venant des extrémités au centre se rendent extrêmement utiles et permettent au Commandant général de vérifier le service et de porter des forces où il en faut.
Original, signé de Santerre, -4. N., AF'v 1470.
435. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, où se trouvent consignés les faits suivants : 1° L'aspect de Paris était tranquille, toute la force armée, mise sur pied la veille et pendant la nuit, les nombreuses patrouilles qu'elle n'a cessé de faire, ont ramené le calme et le bon ordre, cependant, on menace sourdement les corroyeurs et les gros marchands de draps; le peuple, c'est-à-dire la classe mal aisée, voit d'ailleurs avec peine que l'insurrection des jours passés n'a produit aucun bon effet, le sucre, le café, les huiles, les cuirs, le savon, les suifs continuent à se vendre le même prix exorbitant, auquel il est impossible que le malheureux puisse atteindre plus longtemps, malgré son patriotisme, aussi juge-t-il très sévèrement la Convention, lui reprochant avec amertume de consumer un temps précieux à se disputer et se calomnier, et demande que les accapareurs soient réprimés et qu'elle fasse diminuer le taux des denrées de première nécessité, certains allant jusqu'à dire qu'ils refuseront de partir pour les frontières, dans la crainte que leurs femmes et leurs enfants ne périssent de misère. La haine contre les épiciers est montée à un point étonnant, attendu qu'ils se sont trop prévalus de la liberté du commerce et que le gain le plus exorbitant ne peut encore satisfaire leur cupidité insatiable ; les femmes, probablement mises en avant par leurs maris, disent qu'il était nécessaire d'en pendre 3 ou 4 dans chaque quartier, afin de servir d'exemple aux accapareurs; parmi ces femmes, quelquesunes pouvaient être suspectées d'avoir été soudoyées par des agents secrets de troubles, puisqu'indépendamment de l'argent qu'elles avaient pour acheter du sucre et du café, elles voulaient envahir les magasins de draps et de toiles, ce qu'elles
auraient effectué vers le Marché des Innocents, malgré les représentations qu'on ne cessait de leur faire, si un dragon de la République ne les avait mises en fuite, en assénant un coup de sabre à la plus obstinée.
2' Les femmes de la Halle ont montré le plus d'acharnement au pillage des épiciers, probablement parce qu'elles sont de la classe indigente du peuple, ou se sont laissées guider par des suggestions perfides, huant les patrouilles qui circulaient au milieu des groupes pour les disperser, prétendant que ces patrouilles n'étaient composées que d'épiciers et de chandeliers, tandis que des sections, entre autres celle des Quatre-Nalions, avaient eu la prudence de défendre à cette classe de commerçants de prendre les armes.
Ce fut vers les 5 heures du soir que le rassemblement de ces femmes devint considérable dans le Marché des Innocents, elles chantaient et dansaient, se moquant de la force armée à pied et à cheval qui voulait les dissiper, tandis qu'on les chassait d'un côté, elles s'en allaient d'un autre, en tenant des propos fort violents; on avait fait plier les grands parapluies d-e toile cirée et retirer les marchandises étalées au-dessous, mais cette mesure fut plus nuisible qu'utile, en ce qu'elle a favorisé les rassemblements.
3» Parmi ceux qui pillaient chez les épiciers furent arrêtés des individus en haillons, sur lesquels, après les avoir fouillés, fut trouvé beaucoup d'or et d'argent.
D'après certaines déclarations reçues par le procureur do la Commune, dans la rue Phelippeaux, furent remarquées 3 femmes, très mal vêtues, qui avaient dans leurs mains de gros paquets d'assignats, qu'elles distribuaient à ceux qui n'avaient pas de ([uoi acheter, à vil prix, du sucre et du savon; le peuple s'étant porté dans la boutique d'un épicier nouvellement établi, rue Saint-Dominique, se lit livrer beaucoup de sucre, qu'il voulut absolument payer 45 sols la livre, à cause du civisme de ce citoyen , excellent patriote, tandis que chez un autre épicier, rue (ialande, connu pour très aristocrate, on ne le paya que 15 sols la livre.
4° Le 26 février, dans un café, rue des Cinq-Diamants, 3 particuliers, reconnus pour avoir appartenu au ci-devant Roi, excitaient les femmes au pillage, mais leur identité ayant été établie, on se jeta sur eux, et ils ne durent leur salut qu'à la légèreté de leurs jambes; si l'on ajoute foi à un bruit mis en circulation, un épicier de la rue du Four aurait donné de l'argent à des femmes du marché pour exciter le désordre; une femme entr'autres déclara avoir reçu 15 francs pour acheter du sucre.
5° L'approvisionnement des boulangers est des plus satisfaisant, les marchés sont garnis de pain comme aux jours d'abondance. Les émigrés viennent en foule se cacher à Paris, on y prépare des troubles; une visite domiciliaire ou un nouveau recensement, réclamés par le public, est le seul moyen de déjouer leurs complots et de les faire tomber sous le glaive de la loi, qu'ils croient éviter.
6° Aux dernières nouvelles, Paris n'est pas aussi tranquille dans la soirée qu'il l'avait été toute la journée. Les blanchisseuses se sont assemblées sur la place Maubert et ailleurs, demandant à grands cris que l'on lit irruption dans les magasins de savon et de soude, notamment rue de Bièvre, elles invitaient les hommes à marcher avec elles, sans quoi, leur disaientelles, ils payeraient au moins 6 sols de blanchissage par chemise.
L'extrait de ces rapports est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
11, 28 février 1793.
Extrait et original signés (griffe), A. N., AF'V 1470.
430. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, signalant pour la 5° légion l'arrestation, dans un hôtel garni, rue d'Ormesson, de 2 prêtres réfractaires, qui ont été conduits au Département, et la présence, à minuit et demi, de bien des buveurs qui chantaient et faisaient du bruit chez un mai'chand de vin, à la Tour d'Argent, à la Courtille, sur le Temple, et déclarant que la tranquillité s'est soutenue hier dans la journée, que le
calme a été parfait pendant la nuit, et que le Conseil exécutif recevra ce soir l'ordre général du matin et celui de 5 heures
du soir.
28 février 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A. N., AF>v 1470.
437. — Feuille des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la police, donnant les renseignements suivants :
1» D'après ce qui se dit et se répète autour de la Convention, notamment dans les cafés des Feuillants et de la Terrasse, le foyer des troubles qui agitent Paris est dans le sein de l'Assemblée, où l'on tarde trop de remédier à la misère du peuple et où deux partis ne cessent de se faire une guerre acharnée aux dépens de la chose publique ; on accusait les Brissotins d'avoir surpris le décret qui donne à la Convention, en certains cas, la réquisition de la force armée, pour contrecarrer le maire de Paris, que les malveillants auront beau jeu de représenter comme responsable du pillage qui a eu lieu, faute d'avoir mis à temps sur pied tout le militaire de Paris; un grand nombre d'épiciers, sous prétexte d'avoir été ruinés, se proposent de demander une indemnité ; plusieurs femmes disaient dans les groupes, le 27, que la journée du 25 n'avait pas produit tout l'effet qu'elles en attendaient, parce que la force armée avait été mise sur pied, mais que les patrouilles seraient fatiguées au bout de quelques jours et qu'alors elles recommenceraient, et qu'à l'égard de Santerre, elles s'en débarrasseraient facilement en l'envoyant à Versailles avec sa maîtresse.
2° A l'occasion du rassemblement des blanchisseuses et de leurs menaces d'envahir les magasins de savon et de soude, on répandit, sans doute à dessein, le bruit que l'on allait se porter chez les bijoutiers et orfèvres, qui, saisis de panique, se hâtèrent de fermer leurs portes et de cacher les effets les plus précieux, mais, grilce à de nombreuses patrouilles, tout fut fort tranquille.
3° Le pain abonde maintenant dans Paris,
la veille, à 9 heures du soir, il y en avait encore dans les boutiques des boulangers.
4» La section de Beaurepaire ayant invité l'ex ministre Roland à lui donner quelques lumières sur les subsistances, n'obtint qu'une réponse vague et insignifiante, Roland s'étant borné à déclarer que, dans le terrible ministère, les jours étaient des heures et les mois des jours, et que les personnes actuellement au pouvoir feraient sans doute tout ce qu'elles pourraient pour éloigner la disette de Paris ; les grenadiers de cette môme section ont jugé à propos de reprendre le bonnet, mais cette mascarade orgueilleuse déplaît à tous lès citoyens raisonnables.
5° Un vif mécontentement règne parmi les dragons do l'Ecole militaire, qu'on veut faire partir pour l'une des armées, ils refusent d'obéir, sous prétexte qu'ils n'ont point de chevaux et sont en droit de ne pas servir à pied.
0° Malgré les descentes faites dans plusieurs maisons de jeu, les tripots recommencent avec une nouvelle fureur, leurs tenanciers cherchent à gagner les gendarmes pour être prévenus de l'arrivée de la police.
7° Au jardin de l'Egalité, sous les galeries, n° 49, se vend une gravure représentant Louis Capet et son fils.
Extrait conforme, A. N., AF'V 1470.
438. — Extrait do la feuille des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :
1° Le calme renaîtrait, l'ordre serait rétabli, si la Convention défendait la vente de l'argent, si elle décrétait une peine quelconque à l'égard des accapareurs, et si elle obligeait les fermiers à apporter leurs blés dans les marchés.
2° Le discours du maire de Paris et du procureur de la Commune, prononcé à la barre de la Convention, a produit un très bon effet dnns l'esprit public, on a vu avec reconnaissance la demande aux Législateurs de s'occuper des subsistances et denrées de première nécessité, mais tout en faisant l'éloge de ces deux magistrats,
qui sont, disait-on, vraiment les magistrats du peuple, on reproclie à plusieurs sections de n'avoir pas tenu les engagements sacrés qu'elles ont pris de subvenir aux besoins des familles de ceux qui combattent aux frontières, qui sont plongées dans une misère affreuse, ce qui a forcé un grand nombre de volontaires d'abandonner leurs drapeaux pour venir au secours des objets de leur tendresse.
3° D'après de vagues rumeurs qui circulent, si la Convention ne remédie proraptement à l'agiotage et aux accaparements, on recommencera les journées des 25 et 20 février, et des malveillants, pour exciter les désordres, faisaient courir le bruit qu"on pillait des magasins de soude dans le Faubourg Saint-Marceau, et que le maire de Paris et le procureur de la Commune avaient donné leur démission.
4" Suivant certains rapports, le citoyen Egalité, membre de la Convention, était très mécontent de la saisie de plusieurs tripots de jeux prohibés dans l'enceinte du jardin de sa maison, et devait tout mettre en œuvre, auprès du Comité de sûreté générale, pour faire rendre un décret le tranquillisant à cet égard, en alléguant la loi qui interdit toutes arrestations après le soleil couché, quoiqu'il devrait savoir que les tripots et lieux publics sont exceptés de cette loi. Aussi les teneurs de jeux, dans l'espoir qu'Egalité parviendra à lier les mains de la Police, vont recommencer avec plus d'audace que jamais, des joueurs ont confié à leurs amis que les lieux où ils s'assemblent sont un repaire d'émigrés, et qu'il y en avait même chez la dame Lalour, lorsqu'elle fut saisie.
~>° Les petits jeux de cartes et de hasard continuent toujours sur les quais et sur la place de la Révolution, malgré la défense et la chasse qui en a été faite, ceux qui les tiennent n'étant autre chose que des filous et des voleurs.
6° Un citoyen digne de foi a rapporté que quelqu'un l'avait assuré avoir vu un placard où l'on lisait ces mots, en grosses lettres : Plus de dix-huit livres, nous voulons un Louis.
Cet extrait est accompagné d'une lettre de Pache, maire de Paris, aux ministres,
faisant passer l'extrait des rapports faits, le 28 février et le l" mars.
1", 2 mars 1793.
Copie et original signé (griffe) (2 pièoes), A. N., APiv 1470.
439. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, déclarant que le Commandant général n'a pas reçu officiellement la loi qui ordonne le recrutement, mais que, d'après cette loi, il n'y aura pas de casernement à Paris pour les citoyens qui doivent partir, et que les hommes seront fournis, habillés et équipés, signalant la bassesse de plusieurs cochers revenus des frontières qui ont vendu leurs chariots et leurs chevaux pour moitié de la valeur, invitant les bons citoyens à dénoncer de pareils abus, h prendre exactement connaissance de l'ordre, comme aussi à faire leur possible pour détromper le peuple que l'on égare sur tous les événements, afin de ruiner Paris et anéantir la République, ce qui est la dernière ressource des aristocrates et des malintentionnés, avisant enfin le Conseil exécutif qu'il ne recevra pas aujourd'hui de feuille de rapport, attendu qu'il n'y a rien d'intéressant dans ceux des légions, les rondes des patrouilles ont été multipliées et le calme parait se rétablir parfaitement dans Paris.
l«r mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AFiv 1470.
440. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, faisant connaître, dans la i'^ légion, que les réverbères de la rue de l'Arbalète, section de l'Observatoire, étaient tous éteints à dix heures; dans la 2« légion, qu'il n'y a point eu de factionnaire au poste de gendarmerie, pointe Saint-Eustache, et que le commandant de ce poste n'a jamais pu donner le mot d'ordre, tant il était ivre ; dans la 3« légion, que l'on a conduit au Comité de la section du Louvre un militaire qui vendait son sabre, ainsi que le particulier qui Tachetait ; dans la 4' légion, qu'un hussard a été envoyé à l'Abbaye par son colonel, qu'une patrouille de la section de 1792 a été arrêtée au poste de la Messagerie pour
n'avoir pas le vrai mot d'ordre, que le commandant du poste du Pont tournant demande que le Commandant général veuille bien donner une consigne par rapport aux jeux qui sont établis dans ces parages et qui attirent journellement une foule considérable ; dans la 5«, que deux gendarmes arrêtés la nuit ont été conduits à l'Abbaye.
2 mars 1793.
Extrait, signé de Sanlerre et de Clément, A.N., AF'v 1470.
441. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, relatant les poinls suivants :
l»Le {«'mars, les groupes assemblés autour de la Convention, sachant qu'elle s'occupait d'objets peu intéressants, se répandirent en plaintes et en murmures, en raison de la nécessité d'une loi répressive contre les accaparements, dont la Convention semblait ne pas vouloir s'occuper, encourageant ainsi l'audace cupide d'une foule d'hommes égoïstes sans pudeur ; on disait également dans ces groupes que les marchands de vin avaient des magasins depuis la Rûpée jusqu'à Villeneuve-Saint- Georges, où ils amalgamaient le vin avec le poiré avant de l'introduire dans Paris; assurés de l'impunité, les marchands s'arrogent le droit de tromper et de voler le peuple, de même que les boulangers qui, trop souvent, vendent à faux poids.
2» L'Assemblée générale de la section des Piques venait, parait-il, de donner son adhésion à une pétition qui doit être présentée à la Convention, dont l'objet est de défendre la vente des espèces monnayées sous peine de mort, de retirer de la circulation beaucoup d'assignats et de les remplacerpardesquittancesde finances.
3° L'espoir conçu par la partie indigente du peuple de voir enfin les Législateurs s'occuper de son sort l'a calmée, et les bonnes nouvelles du succès des armées en Hollande ont trouvé tous les cœurs plus disposés à se pénétrer de joie, aussi le recrutement dans les sections marche à merveille.
4» On lient toujours de très mauvais pro-
pos contre le ministre de la guerre, que l'on accuse de placer dans les convois de l'artillerie tous les agents secrets de Lafayette et de fréquenter assidûment d'anciens amis de l'ex-ministre Lajard, qui, dans les sociétés aristocratiques, manifestent l'espoir que l'armée française sautera au siège de Luxembourg.
5» Deux observateurs, les citoyens Niquille et Gautier assurent que très souvent arrivent de nuit des courriers secrets des armées, qui ne paraissent même pas aux bureaux de la guerre, et proposent de gagner quelques-uns de ces courriers, comme l'on procéda dans le temps que Lafayette faisait des courses mystérieuses, mesure qui fut couronnée de succès.
6° Le général Dumouriez gagne sensiblement depuis quelques jours dans l'opinion publique,
7« On signale l'extinction presque générale des réverbères, quoique la lune ne paraisse sur l'horizon que 2 heures après minuit.
8» Le lu' mars, vers les 2 heures après midi, tut porté à la Morgue un individu qui venait de se brûler la cervelle dans le jardin du Luxembourg, qu'on croit être un prêtre réfractaire.
9° Rien ne caractérise davantage les heureux succès des armées de la République que la morne consternation des aristocrates rassemblés à Paris et que l'arrivée de tous côtés, sous divers déguisements, même sous celui de savetier, d'émigrés au désespoir.
10° Plusieurs déclarations font connaître que des gens très riches n'ont pas rougi de donner de l'argent aux malheureux qui se sont fait adjuger à bas prix du sucre, du savon, de la chandelle; mais cet exemple étonnant de manque de délicatesse et d'honneur, achève peut-être de prouver que ces marchandises si utiles sont réellement trop chères.
L'extrait de ces rapports est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
2, 3 mars 1793.
Extrait conforme et original signé (griffe) (2 pièces), A. N., AF"' 1470.
442. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, contenant des indications du Commandant général, relativement au contingent des volontaires, que Paris doit fournir, qui, au 23 février, se montait à 7,650 hommes, faisant observer à ce sujet, que trop de précipitation dans le recrutement donne souvent des hommes trop faibles ou des mauvais sujets renvoyés des autres corps, ajoutant qu'il y il déjà environ 3 à 4,000 braves canonniers, dont le contrôle sera bientôt mis sous les yeux des sections.
L'ordre du jour reproduit également lu réponse à l'arrêté de la section des Picjues, du 2o février, qui reprochait au Commandant d'occuper 2 places, de quelles places s'agit-il? est-ce celle de Commandant général avec le grade de maréchal de camp de la 17« division, qui n'en font qu'une? S'il est question de celle de brasseur, il ne peut la quitter, elle constitue sa seule fortune, qu'il a abandonnée depuis le dO août, pour accepter provisoirement le poste de Commandant général qu'il occupe depuis 7 mois, mais Santerre déclare que la confiance s'use, il ne faut point en abuser, qu'il aspire après sa retraite, pour passer un mois à sa brasserie et ensuite se porter aux frontières, ofi il a comme républicain une dette à acquitter, en conséquence, il sollicite son remplacement et invite les citoyens à continuer d'éclairer le peuple sur ses intérêts, afin que les événements de lundi et mardi ne se renouvellent plus ; les moyens qui ont servi à anéantir l'aristocratie et l'esclavage serviraient aussi à anéantir la République, le peuple des villes n'a pas encore senti l'abolition des titres qui faisaient son malheur, dont les suites sont encore sensibles, mais avec un peu de patience et point d'erreurs, il goûtera le prix de sa liberté; enfin, le Commandant général prévient le Conseil exécutif que les rapports du jour ne signalent rien d'extraordinaire, à part l'assassinat d'une femme, rue de la Vieille-Monnaie, par un cavalier de l'Ecole militaire, qui a réussi à s'échapper, que du reste tout a été tranquille.
3 mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A. N., AF>^' 1470.
443. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, par lequel le Commandant général prescrit à ses concitoyens de prendre les armes aussitôt qu'on rappellera, afin d'obvier à tous dangers, et annonce que, le bruit de troubles s'étant répandu la veille, il a cru devoir commander des forces suffisantes pour garantir la sûreté générale, principalement de tous les corps soldés, mais il fait observer qu'il a soin de diminuer les réserves à mesure qu'elles deviennent inutiles et rappelle enfin que les contrôles des hommes enrôlés sont attendus pour fixer le contingent de chaque section, et que cette opération doit être accomplie pour le 23 mars.
4 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AF'v 1470.
444. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, annonçant, pour la l"'" légion, l'arrestation du nommé Riant, conduit au Comité de la section du Panthéon-Français pour avoir crié : Vive le Roi! signalant un marchand de vin, rue Saint-Victor, vis-à-vis Saint-Firmin, qui a toujours chez lui du monde à heure indue, menace et insulte les patrouilles; dans la 2» légion, six miUtaires, arrêtés la nuit, ont été conduits à l'Abbaye, où le concierge a refusé de les recevoir, faute de place, de même dans la 3' légion, un autre soldat, également arrêté la nuit, et refusé à l'Abbaye, faute de place, est enfermé au corps de garde de la section du Luxembourg.
4 mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A. iV., AF''-' 1470.
445. — Extrait des rapports et déclaralions faits au Bureau de surveillance de la Police, 1° signalant les inculpations de plusieurs officiers municipaux par les sections : celle de Jacques Houx, par celle des Piques, qu'elle accuse d'avoir provoqué, dans la journée du 25 février, le pillage de plusieurs magasins ; celle d'Avril, que la section des Gravilliers dénonce comme accapareur de savon, qu'il vend très mauvais en le dénaturant, afin qu'il produise plus, et comme ayant fait, garder
sa maison par la force armée, tandis qu'il abandonnait au pillage les propriétés de ses concitoyens. Une autre section, celle des Lombards, mise en cause au sujet de la journée du 25 février, décida l'envoi d'une adresse aux 47 sections, aux sociétés populaires et à l'armée, après une vive discussion où plusieurs orateurs se firent entendre, dont un se fit remarquer par son impudence à diffamer le maire de Paris et les meilleurs patriotes ; la même section repoussa l'idée de rétablir les grenadiers et chasseurs, et se montra hostile à toute corporation militaire.
2° Plusieurs sections entendirent tranquillement, quelques-unes même avec plaisir, la lecture de la démission du général Santerre, auquel on reproche d'avoir soutenu qu'il fallait suspendre la proclamation relative aux enrôlements volontaires et exempter les gros marchands et négociants, même si l'on adoptait la voie du tirage au sort; cette motion, faite dans la section des Quinze-Vingts, y fut très mal accueillie, en raison de cette injuste préférence pour les riches. Par suite d'un abus singulier constaté dans les enrôlements, des femmes, déguisées en hommes, se sont présentées pour s'enrôler, ont reçu les 50 sols alloués aux volontaires et repris ensuite les habits de leur sexe. Le peuple n'est pas moins étonné de voir nombre de volontaires quitter leurs bataillons devant l'ennemi et vendre leurs armes, cette lâche désertion fait beaucoup parler les aristocrates, qui en concluent que nos armées, jamais complètes, ne seront composées que d'enfants hors d'état d'opposer une vigoureuse résistance à des troupes disciplinées, et soutiennent que nos troupes, s'avançant trop témérairement en pays ennemi, courent le risque d'être enveloppées.
3° D'après ce qui se disait à la Halle, si les comestibles et les denrées de première nécessité ne diminuaient point, on renouvellerait les journées des 25 et 26 février. Les clameurs d'un individu, rue aux Ours, ameutèrent la foule, il prétendait être allé chez 50 boulangers sans pouvoir se procurer une livre de pain, on l'envoya dans la rue Mondétour, où il lui fut facile
d'acheter tout le pain dont il avait besoin, on s'avisa un peu tard de penser que ce pouvait bien être un agent provocateur.
La feuille des rapports et déclarations est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
4, 5 mars 1793.
Copie et original signé (griffe), A. N., AF'V
440. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, faisant connaître que, la veille, la tranquillité a été parfaite, le peuple ayant vu qu'il agirait pour les aristocrates et n'ayant même pas pris le change sur l'opinion que le Commandant avait fait tirer sur lui et voulait son malheur, déclarant, au sujet des propos tenus par des malveillants dans les cafés à la maison d'Egalité, suivant lesquels le Commandant général ne pouvait pas souffrir les canonniers, comme ils l'avaient dit il y a lo jours de la cavalerie de l'Ecole militaire, qu'il n'avait de préférence pour aucun corps, mais que les républicains, qui comme ceux des bataillons de Paris, les chamborans, les canonniers, servent la patrie avec le courage de Français et de républicains, sont ses amis, pour lesquels il se passionne, que ses ennemis, il ne les hait pas, mais qu'il abhorre ceux de la République, ordonnant la continuation des patrouilles de 8 heures 1/2 du matin à dO heures 1/2 et depuis 1 heure 1/2 de relevée jusqu'à 3 heures 1/2, prescrivant de dissiper le moindre attroupement, en engageant les citoyens à se séparer, et en cas de résistance d'envoyer un exprès à l'état-major.
Copie conforme, signée de Clément, A. N.,
447. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, signalant, dans la 2« légion, l'arrestation de 2 soldats la nuit, envoyés à l'Abbaye 6t refusés faute de place ; dans la 4« légion, annonçant que la section du Mail a fourni différents détachements pour renforcer ceux qui faisaient la visite des maisons de jeux dans celle d'Egalité, que le citoyen Duplessis, brave vétéran blessé au service de la
République, a été attaqué la veille, dans la nuit, par plusieurs particuliers, que la sentinelle des Elèves du poste de la Messagerie, ayant entendu le cliquetis des épces, a crié aux armes, le poste est sorti, les faux braves se sont sauvés et l'on n'a pas pu les rattraper.
5 mars 1793.
Extrait, signé de Santerre et de Clément, A.N., AF'^' 1470.
448. — Extraits des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :
loEn dépit des malveillants, Paris commence à redevenir tranquille, d'après un faux bruit en circulation, il y aurait eu un attroupement de femmes, dans la journée d'hier, sur le boulevard Montmartre; ce qui donna naissance à ce bruit, c'est que 2o0 citoyennes de la section des Piques se sont présentées à l'Assemblée générale de la section pour demander que le citoyen Grandoire, tailleur, continuât à être dépositaire des draps destinés à l'habillement des soldats. D'après certaines informations recueillies, des ouvriers paveurs, maçons et blanchisseurs doivent former un rassemblement considérable, probablement dimanche prochain, pour demander la diminution du prix des denrées.
2° La plupart des canonniers de service aux différentes prisons étaient, le 4 mars, dans un tel état d'ivresse, que l'officier commandant le poste de la Conciergerie fut obligé de faire battre le rappel pour leur faire quitter les cafés et cabarets, ce qui dissipa les groupes qui se formaient devant les prisons.
3° Dans la plupart des sections, l'on est bien décidé, si le nombre des volontaires pour les armées n'est pas suffisant, à prendre le parti de tirer au sort, pourvu que les riches ne soient pas exempts et no puissent se faire remplacer.
4° Les aristocrates et les émigrés sont aux abois et quand ils osent ouvrir la bouche, disent encore plus d'absurdités qu'autrefois, un ancien municipal (le sieur Grouvelle), aurait tenu cet étrange propos : « On s'empressed'arrôter tous les émigrés.
les prêtres réfractaires et autres suspectés d'aristocratie pour les livrer aux mêmes assassins des 2, 3 et 4 septembre derniers ».
S" La présence à Paris du ci-devant duc de Lauzun ayant été signalée, des ordres ont été donnés pour le découvrir et se saisir de sa personne.
6° L'Assemblée générale de la section de Bon-Conseil du 4 mars a été très orageuse, par suite des efforts du parti aristocratique pour l'emporter sur les patriotes, un ci-devant avocat, qui ne se montrait jamais à l'Assemblée, s'y rend depuis quelques jours à l'effet d'y fomenter des troubles et a été si turbulent, si insolent hier soir, qu'on s'est vu obligé de le mettre au violon jusqu'à la fin de la séance, quand elle fut levée, plusieurs citoyens de sentiment opposé se battirent dans la rue à coups de canne.
7° La conduite des dragons de la République, casernes à l'Ecole militaire, est de plus en plus repréhensiblo, ce sont, pour la plupart, des distributeurs de faux assignats et des voleurs, on est reçu dans ce corps dès qu'on s'y présente, et les cavaliers découchent quand ils veulent, ce qui prouve que les chefs sont indignes de la place qu'ils occupent. Vendredi dernier, l'un de ces dragons arracha le cordon de la montre d'un citoyen; lors du pillage chez les épiciers, un autre a volé la montre d'un gendarme.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
5, 6 mars 1793.
Copie et original signé (2 pièces), A. N., AFiv 1470.
449. — Lettre de Clément, secrétaire de l'Etat-major général de la garde nationale, au lieu et place du Commandant général, indisposé, au Conseil exécutif, l'avisant qu'il n'y a rien à signaler en dehors de la nomination de trois commissaires, Boivin, Moulin et Leroux, pour le recrutement de la ville do Paris, et de l'assassinat d'une femme, rue Saint-Germain-de-I'Auxerrois, par un militaire de la légion Rosenthal, qu'on n'a pu arrêter, que, du reste, les
rondes et les patrouilles se sont faites très exactement et tout a été bien calme.
6 mars 1793.
Original signé, A. N., AF'v 1470.
450. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, fournissant les renseignements suivants :
1° Les fâcheuses nouvelles arrivées, le b mars, de l'armée de la Belgique, concernant l'interruption du bombardement de Maestricht, l'évacuation d'Aix-la-Chapelle, et môme la retraite des troupes occupant Liège, ont consterné les patriotes et singulièrement réjoui les aristocrates, qui recommencent à tenir dans les cafés leurs propos atroces d'incendiaires. A les entendre, les Autrichiens auraient surpris l'avant-garde de l'armée française et auraient tué 12,000 hommes, tandis que les Prussiens se seraient emparés d'Aix-la- Chapelle, et dans un mois la Belgique serait évacuée, vu l'impossibilité de tenir la campagne à cause du dégoût des volontaires.
2" Dans le café de la buvette de la Convention l'on se récriait beaucoup contre Dumouriez et d'autres généraux, traités d'ambitieux et ne suivant que par force ou politique le parti de la Révolution, ces propos étaient appuyés par des domestiques, espions des émigrés, qui à l'instant furent mis à la porte.
3" Les généraux Servan et Custine se sont trouvés, la veille, au Comité de défense, avec Pétion, Brissot et Beurnonville, lequel paraissait fort inquiet, ce qui a fait supposer qu'une deuxième lettre des commissaires de la Belgique, encore plus alarmante que la première, était arrivée, et qu'on n'avait pas osé la rendre publique ; on soupçonne que cette lettre contient une injonction à Dumouriez de se rendre auprès des commissaires pour prendre des dispositions au sujet de la position critique des troupes, et l'on croit que les commis- .saires eux-mômes sont sur le point d'être obligés de s'enfuir.
4° A l'occasion des calomnies répandues contre le maire de Paris par un certain Amant, banquier de jeux prohibés et de
biribi, on dit qu'il le déchirera encore davantage, lorsque la surveillance du maire et des administrateurs de Police aura fait saisir et murer tous les tripots de Paris, réceptacles des filous, des voleurs et des émigrés.
5° Le peuple espère beaucoup des mesures adoptées par les sections et leurs commissaires, chargés d'aviser, avec le maire de Paris, aux moyens les plus efficaces de découvrir les émigrés cachés dans Paris.
6° La section de Beaurepaire,qui se propose de porter Roland au poste d'officier municipal, a arrêté de procéder à un recensement nouveau pour compléter le contingent de volontaires, et d'ouvrir un registre pour inscrire les noms des patriotes qui leur viendront en aide.
7» La vente de l'argent était, dans la journée de la veille, l'objet de conversations très animées, les uns disaient que, si l'on interdisait cette vente, la Trésorerie serait forcée d'acheter l'argent beaucoup plus cher en pays étranger, d'autres soutenaient que c'était la Convention qui avait fait hausser le prix des denrées, des marchandises et de l'argent, parce que, lorsqu'elle avait eu besoin de drap, de toile, de numéraire, de vivres pour les armées, elle avait ofl'ert de payer tous ces objets bien au-dessus du prix courant.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
6, 7 mars 1793.
Copie et original signé (2 pièces), A. N., AF'V 1470.
4B1. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, reproduisant : 1» un arrêté du Département de Police du 0 mars 1793, qui prévient les commandants et adjudants de sections de n'accorder aucuns congés absolus aux tambours des sections armées de Paris qui se disposent à partir aux frontières, la Municipalité s'occupant de procurer d'autres tambours que ceux de la garde nationale aux compagnies de volontaires qui vont rejoindre l'armée; 2° un autre arrêté du Corps municipal, du .'i mars, qui interdit
oà
il tous cavaliers de manœuvrer dans le jardin du Luxembourg, arrêté en vertu duquel le Commandant général fait les plus expresses défenses à tous cavaliers de manœuvrer, et même de traverser à cheval aucun des chemins du jardin du Luxembourg et enjoint d'envoyer les délinquants à l'Abbaye.
Le Commandant général donne avis du départ de Paris pour Orléans, fixé au 9 mars, d'un convoi d'artillerie, escorté par 4 gendarmes, qui comprendra 20 pièces de canon de 28, en fer, montées sur des cliariots, avec 20 affûts, et invite les citoyens, non seulement à ne pas entraver, mais encore à protéger ce départ.
7 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AF'v 1470.
452. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale, signalant, dans la l""' légion, l'arrestation d'un porteur de faux assignats, écroué à la Conciergerie ; dans la 2", le poste de la Trésorerie nationale, à minuit, très incomplet et sans officiers ; dans la 3'', l'extinction des réverbères à 2 heures dans la rue Notre-Dame-des-Champs ; l'arrestation , dans la section du Luxembourg, du domestique de la citoyenne LaGalissonnière, qui emportait 6 plats d'argent.
7 mars 1793.
Extrait, signé deSanterreetdeClément,>i.]V., AF'v 1470.
4u3. — Extrait des rapports et déclaralions faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les détails suivants :
1' L'es observateurs qui ont parcouru les cafés, les différents quartiers de Paris, les groupes, la terrasse de la Révolution, les cabarets, les faubourgs, mais qui n'ont point été dans les maisons de jeu ni de débauche, parce que la modicité de leur .salaire ne leur permet pas d'y faire une certaine dépense pour y être admis, ont remarqué que tout est fort tranquille, quoiqu'il y ait encore des gens qui ne respirent que le désordre et le pillage, et malgré les discours tenus par les malveillants, notamment au sujet de visites domi-
ciliaires pour enlever l'argenterie chez les citoyens.
2° Au café Chrétien, en face du théâtre de l'Opéra-Comique, un particulier soutenait qu'il se formait un parti assez semblable à celui du temps de Lafayette; dans le jardin de l'Egalité, plusieurs personnes prétendaient qu'avant peu, le ci-devant Dauphin serait proclamé roi.
3° D'après un bruit mis en circulation par le sieur Labalue, la cour de Madrid avait fait offrir à l'ambassadeur de France, en route, de reconnaître la République française à condition de faire passer en Espagne toute la famille de Louis Capet.
4» Le dénument des volontaires aux frontières a dégoûté beaucoup de citoyens, ceux qui en sont revenus ne veulent y retourner que lorsque les riches marchands partiront, parce que ceux-ci veulent, disent-ils, faire périr les jeunes gens et les petits bourgeois pour dominer à leur fantaisie ; aussi demande-t-on le tirage au sort pour tous, et, parait-il, beaucoup de nouveaux enrôlés sont des mauvais sujets, dont la plupart ont été marqués et fouettés. La section de Saint-Lazare ne compte que 9 enrôlés volontaires.
S" Une députation de dragons de l'Ecole militaire s'est rendue chez Beurnonville pour dénoncer le sieur Boetidoux, connu comme un coquin, le ministre répondit qu'il n'avait fait que suivre le travail du citoyen Pache et montra les pièces de recommandation, à quoi les dragons répartirent qu'on ne leur faisait voir que les pièces qui justifient, mais non celles qui accusent.
6° D'après des rapports d'observateurs qui tenaient le renseignement de députés de la Convention, la dame Clavière ne cessait d'écrire à plusieurs membres de la Montagne pour les engager à diner chez elle, beaucoup refusent cette invitation, mais quelques-uns acceptent et se rendent à ces banquets politiques.
7° La section des Halles projette défaire le recensement de tous les habitants.
8° Suivant les bruits sourds mis en circulation, il est à craindre qu'il n'y ait, dimanche ou lundi prochain, de nouvelles émeutes au sujet de la cherté des denrées.
Cet extrait est accompagné d'une lettre
CHAPIinE IT. — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION
d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
7, 8 mars 1793.
Extrait conforme et original signé (2 pièces), A. N., AFiv 1470.
454. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, contenant l'injonction aux adjudants de ne recevoir aucuns remplaçants pour les postes de la réserve à la Maison commune, à la Convention nationale, aux Caisses et au Temple, et portant que la liste des gardes nationaux manquants sera imprimée et affichée, afin que l'on sache ceux qui sont mauvais citoyens, lesquels seront de plus poursuivis rigoureusement, enfin, prévenant le Conseil exécutif que tout a été tranquille et qu'il n'y a rien d'exlraoï'dinaire dans les rapports, si ce n'est l'arrestation, la nuit, de (juelques soldats envoyés à l'Abbaye, l'extinction à 2 heures des réverbères de la rue Neuve-Guillcmin et des Qualre- Vcnts, et la rébellion d'un marchand de vin, rue du Petit-Lion.
8 mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A. iV., AF^v 1470.
455. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance delà Police, montrant le peu d'empressement des jeunes gens pour s'enrôler comme volontaires, en raison des soufl'rances endurées cet hiver, malgré la prime offerte par les sections, telles que la section Beaurepairo, qui donne 5 livres à tout volontaire s'inscrivant et 30 livres au moment du départ, signalant le patriotisme d'une mère de famille qui a fait arrêter son fils, au café du Commerce, rue Saint-André-des- Arts, pour s'être couvert d'infamie en quittant son bataillon aux frontières, dénonçant le retour du sieur Turgot et de la duchesse de Brancas, émigrés, les accointances des sieurs Contant de l'isle, ancien procureur au Parlement, et Lagardc, auditeur des Comptes, avec les émigrés, auxquels ils donnent asile, et la connivence encore plus repréhensible de la Police avec la dame Robineau, tenant une maison de jeu rue de Richelieu, qui recevait à dhirr les commissaires de police des sections Poissonnière et de la Butte-des-Moulins,
ainsi qu'un officier de paix, ce qui a rendu illusoire la descente de police faite le 7 mars, où l'on est entré dans le salon de jeu en faisant enfoncer la porte par un serrurier, quoiqu'on ait trouvé toutes les preuves du délit.
Les cochers de fiacre deviennent de plus en plus insolents et prétendent avoir le droit d'augmenter le prix de leurs courses, attendu que tout est fort cher, et ne pouvoir être forcés à marcher, quoique se trouvant sur la place, à l'exemple des marchands qui étalent leurs marchandises et ne vendent qu'à ceux qui leur en donnent le prix qu'ils exigent, exemple, un cocher n'ayant jamais voulu conduire pour 30 sols un militaire de la place de la Maison commune à la barrière d'Enfer, pas à moins de 40 sols.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
8, 9 mars 1793.
Copie conforme et original signé (2 pièces), A. N., AFIV 1470.
4b6. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, arrêtant les mesures nécessitées par les circonstances pour le départ des volontaires et des semestriers, qui devront se rendre rue Barbette, au bureau du recrutement, ordonnant notamment l'arrestation de tous les citoyens enrôlés dans les volontaires à cheval , qui, après avoir été habillés et payés, ne partent pas, déclarant qu'en ce moment d'alarmes, on ne peut se dissimuler que les intrigants, répandus dans Paris, et qui sont tous coalisés avec les ennemis extérieurs, vont faire tout ce qu'ils pourront pour amener des divisions et exciter des soulèvements, et recommandant l'union de tous les citoyens pour déjouer les aristocrates; rappelant que les citoyens qui se présentent pour s'enrôler ont besoin d'être surveillés, quand ils ne sont pas connus, parce que beaucoup se font inscrire dans plusieurs sections à la fois, et que l'on ne devra pas recevoir les hommes trop petits ou trop faibles, avec invitation aux commissaires des sections, chargés des enrôlements, d'apporter le plus grand soin et la plus grande célérité à procurer l'ha-
9tr
billement, l'équipement et l'armement nécessaires aux citoyens enrôlés.
Suivant un nouvel ordre du jour envoyé à 5 heures de relevée, les réserves ne devaient se retirer qu'à minuit, de fortes et fréquentes patrouilles devaient se porter dans tous les endroits où il y aurait des rassemblements, et, dans le cas où l'on ne parviendrait pas à les dissiper, on devait prévenir de suite Je Commandant général à l'Etal-major ; à partir du lundi suivant, les réserves devaient être portées à 100 hommes jusqu'à midi, et réduites alors à 150 hommes.
9 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AF'v H 70.
437. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :
1° Les tristes nouvelles apportées à la Convention nationale par l'un de ses commissaires, dans la Belgique, sontl'objet des conversations dans tous les lieux publics, beaucoup de personnes attribuent ces revers à la trahison et font planer les soupçons sur plusieurs fonctionnaires publics ; au milieu des propos tenus sur la terrasse de la Convention, un citoyen s'étant avisé de dire que l'on était plus heureux sous l'ancien régime, fut pourchassé par les femmes palriotes, mais ayant exhibé sa carte de membre de la Société des Jacobins, fut considéré simplement comme un discoureur imprudent.
2° Les aristocrates répandent le bruit que Liège et Bruxelles sont pris, ainsi que tous les magasins et trésors enlevés aux émigrés, aux royalistes du Brabant, que deux généraux on,t émigré, que l'avant-garde française, composée des meilleures troupes, avait été trahie, surprise et taillée en pièces; d'autres cherchent à dégoûter les volontaires de partir pour les frontières, en prétendant que les choses iront mal, tant qu'on ne verra pas les Jacobins se mettre à la lête des bataillons, qu'on ne sera jamais sûr que les troupes seront bien approvisionnées, que les 300,000 hommes qui vont partir ne trouveront ni magasins, ni étapes prêtes.
3» On ne parle pas moins que de punir tous les traîtres, de purger Paris des aristocrates qui fomentent des troubles, on blàme le pouvoir exécutif d'avoir rappelé auprès de lui les généraux des armées du Nord, tandis qu'ils n'auraient pas dû quitter leur poste en présence des ennemis.
4° La Convention elle-même n'est pas épargnée, des députés, envoyés par elle à la section de la Maison-Commune, y furent accueillis par les plus vifs reproches, auxquels se joignait l'expression du mécontentement qu'inspiraient le ministère et les corps constitués, la Convention était, leur dit-on, influencée par le parti Rolandiste et Brissolin,et tant qu'il y aurait des ci-devant nobles à la tête des armées, on serait toujours trahi, enfin l'on avait destitué un ministre patriote pour le remplacer par un chevalier du poignard; la Municipalité fut dans cette section l'objet des mêmes reproches, on l'accusa de n'avoir pas d'ordre dans son administration et de n'avoir point fait part à chaque section du chiffre du contingent à fournir.
5° Cependant la plupart des sections, électrisées par les circonstances actuelles, montrent le plus grand patriotisme, les dons de bienfaisance en tout genre y sont offerts. La section de la Butte-des-Moulins et plusieurs autres ont décidé la réunion des capitaines des compagnies pour aviser aux moyens les plus efficaces de faire inscrire tous les habitants, jeunes ou vieux, logés en garni ou autrement, et de provoquer des cotisations individuelles chez tous ceux qui n'auraient pas le dessein de s'enrôler, pour subvenir promptement aux besoins de leurs frères d'armes.
6° D'après certains rapports, les marchands de vieux habits seraient gagnés pour se porter aux prisons, dans l'intention de massacrer ceux qui y sont renfermés, mais en réalité pour les faire tous évader.
7» Les prisonniers paraissent instruits de quelque complot en leur faveur ou contraire à l'ordre public, une lettre de l'un d'entre eux témoigne qu'on ne peut concevoir quelles sont les personnes qui font passer tant d'argent dans les prisons, destiné aux bombances perpétuelles quis'y
d« CHAPITRE I". — JOURNÉES HISTORIQUES DE LA RÉVOI.UXION
font, mêlées d'imprécations et de menaces contre la patrie.
Cet extrait est accompagné d'une lettre du maire de Paris au Conseil exécutif.
9, 10 mars 1793.
Extrait conforme et original signé (2 pièces), A. N., AF'V 1470.
438. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, signalant la présence, dans différents quartiers, de déserteurs des frontières, mauvais sujets, factieux, qui se plaisent à semer des bruits décourageants dans les endroits publics, entre; autres dans un petit café, rue de l'Arbre- Sec, mettant en garde les citoyens contre les pièges qu'on leur tend, en leur faisant prendre des emmagasinements pour des accaparements, de façon à anéantir le règne populaire, le règne de l'égalité, et exposant le système des aristocrates qui est en ce moment de faire croire que le peuple veut un roi, veut Egalité, veut son (ils pour Commandant général, à l'effet de provoquer une loi martiale, sous le prétexte qu'on veut détruire la République, tandis que ce serait pour anéantir les sociétés populaires, la liberté, l'égalité et la République ; déclarant qu'il faut tirer parti des revers éprouvés el voler au secours de ses amis dont la situation est si critique, qu'il est encore besoin d'une forte surveillance el de beaucoup d'exactitude, que les réserves de 100 hommes dans chaque section resteront jusqu'à ce qu'elles soient relevées et seront continuées jusqu'à nouvel ordre, et (juc l'appel de ces réserves devra être fait plusieurs fois par jour, invitant les commissaires des sections à donner avis aussitôt qu'il
aura apparence de rassemblement, et donnatit des instructions pour les tambours, qui ne devront battre que l'ordonnance, sans varier et sans confondre leurs batteries, attendu que cela occasionne des méprises.
10 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AF'V 1470.
459. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la
police, donnant connaissance des renseignements suivants :
1° Plusieurs sections, notamment celle des Droits-de-l'Homme, avaient décidé un recensement général des célibataires et veufs sans enfants de 18 à 40 ans, opération qui s'est effectuée trèsponctuelleraenl, mais qui est de nature à occasionner des troubles fort dangereux, en raison de la faculté de se faire remplacer laissée par la Convention, qui ne peut être avantageuse qu'à la classe des. riches et révolte celle des pauvres, laquelle refuse de partir tant que cette disposition ne sera pas abrogée.
2° Les esprits sont revenus des alarmes qu'avaient d'abord occasionné les tristes nouvelles de la Belgique, et les moins incrédules refusent d'ajouter foi à ce que l'on publie îles événements de Bruxelles et de Liège, mais on blâme la Convention d'avoir trop tardé à faire la levée des 300,000 hommes qui devraient déjà être partis, et l'on trouve qu'elle devrait se mettre à la tête des armées, puisque les ci-devant rois s'y mettaient bien euxmêmes; l'opinion publique est tout à fait défavorable au général Dumouriez, qu'on qualifie hautement de traître.
3° D'après certains rapports, des malveillants ou des égarés menacent d'attenter à la vie des citoyens Beurnonville, Gorsas, Petion, Barbaroux, Vergniaud, Roland, Brissot, etc.
4" Le 9 mars, se fit aux Champs-Elysées un rassemblement assez considérable, composé de volontaires de plusieurs départements, réunis dans un club de défenseurs de la République, ayant à leur tête le nommé Fournier, jeune homme connu de plusieurs citoyens de la Police ; ils dînèrent dans plusieurs auberges et complotèrent vaguement de se porter dans plusieurs imprimeries aristocrates, mais, sur le soir, ils se dispersèrent.
5° Les marchands épiciers sont plus durs et plus insolents que jamais envers les acheteurs, au lieu de paraître touchés d'être contraints de vendre fort cher des marchandises qu'ils ont eux-mêmes payées un prix beaucoup plus élevé qu'autrefois, ils disent d'un ton arrogant que, sous peu.
ils vendront infiniment plus cher, et (jue même il serait iin()ossible de trouver à aucun prix i;i plupart des denrées de pieniière nécessité.
Cet extrait est accompagné <l'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
11 mars 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AFiv 1470.
460. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, où le Commandant général manifeste quelqu'inquiétude en voyant que, d'après certains bruits eu circulation, on voudrait se porter contre quelques membres de la Convention, affirmant (jue les aiistocrates seuls, qui veulent la dissolution, sont assez audacieux pour oser avancer de pareilles friponneries, et déclare aux citoyens patriotes que si, par négligence, ils manciuent de venir aux réserves et que la Convention soit attaquée, il ne sera plus temps le lendemain de repousser leurs ennemis, qu'abandonnés aux hasards, battus par une tempête furieuse, leurs efforts seront superflus; il entend que les réserves soient complètes • et exactes, et la République sera sauvée, et il annonce que le 12 mars, le citoyen Duvergier, chef de la 4' légion, fournira 100 hommes au poste attenant le Département,dont moitié ira au poste de la cour des Feuillants, et en outre, 50 hommes au Pont-Tournant et îiO autres au corps de garde de la grande cour des Tuileries, au surplus, que les réserves de 100 hommes par section resteront jusqu'à ce qu'elles soient relevées, et seront continuées jusqu'à nouvel ordre.
11 mars 1793.
Copie conforme, signée de Ch'ment, A. N., Al-'v 1470.
431. — Lettre du Commandant général de la garde nationale au Conseil exécutif, le prévenant qu'il vient de commander de forts détachements de gendarmerie à pied et à cheval au Pont-Tournant, dans l'intérieur du jardin prés du bassin, nu Carrousel, à la place Vendôme, cour du Manège, et le long du jardin des Tuileries, du côté de la rive, relativement à des rap- T. IX,
ports faits au Maire et (jne cependant il croit sans fondement.
11 mars 1793.
Original, signé de Santerrc, A. A'., AF'V
462. — Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de la Police, contenant les renseignements suivants :
1" Dans les groupes, cabarets et cafés, il n'était question ces deux derniers jours (11 et 12 mars), que d'une insurrection générale et prochaine, parce qu'il fallait, disait-on, une nouvelle journée du 10 août, afin de purger la République de tous les traîtres qui la trahissent; les auteurs de ces discours incendiaires, les provocateurs au meurtre, au carnage, sont en grande partie les fédérés composant la Société dite des défenseurs réunis de la République, siégeant aux Jacobins; ils se rendirent, paraît-il, le 9, au Club des Cordeliers, afin de provoquer la fermeture des barrières, faire sonner le locsin et tirer le canon d'alarme, au même moment, plusieurs de ces fédérés proposaient aux citoyens se trouvant au café des Feuillants de se joindre à eux pour aller briser les presses arislocniliques, notamment celles de Brissot, et massacrer plusieurs Conventionnels; les principaux chefs de ces complots sont les sieurs Langlais, ci-devant attaché à la surveillance de la Police et ensuite à celle du Comité de sûreté générale, Fournier, dit l'Américain, Peyre, homme de loi, Toussaint, Jourdan, dit Coiipc-Ti'fc, frère du fameux Jourdan d'Avignon, enfin le sieur Vincent, ci-devant chef de l'un des bureaux de la guerre, qui, dans le Club des Cordeliers, a soutenu les projets de cette troupe égarée ; ces meneurs n'ont pas peu contribué à ralentir l'ardeur des citoyens qui prennent les armes; on remarque, d'ailleurs dans plusieurs groupes, surtout au Jardin de l'Egalité, des volontaires soi-disant revenant des armées, qui font une peinture exagérée des maux qu'ils ont soufferts, et finissent par jurer qu'ils n'y retourneront plus, attendu qu'on avait, disent-ils, promis d'adoucir la misère de leurs femmes,
de leurs enfants, et que l'on n'en a lien fait; cependant le contingent de toutes les sections s'est constitué sans peine et quelques-unes l'ont même doublé.
2» A en juger par les Anglais suspects que l'on rencontre fréquemment dans différents quartiers, la Cour de Londres a dû répandre dans Paris un grand nombre d'émissaires et d'espions.
3° Chabot a été remarqué dans le café Beauquaire, prenant vivement le parti de Beurnonville, mais convenant qu'il n'était pas propre à la place de ministre ; parmi les protégés indignes de la bienveillance de ce ministre, on cite un colonel de hussards, repris de justice pour vol de portefeuille au Théâtre-Français.
4» D'après une prétendue lettre de DumouriezàBrissot, ce général aurait déclaré que s'il ne réussit point dans ses desseins secrets, et s'il n'est pas soutenu par ses amis de la Convention, il entrera dans le Luxembourg; suivant une note, Dumouriez n'a passé en Hollande, à la tête de 20,000 hommes, que pour affaiblir d'autant son armée et faciliter a. l'ennemi le passage de l'Escaut; un militaire ayant voulu prendre sa défense dans un café, en fut chassé honteusement.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil
exécutif.
11, 13 mars 1793.
Copie et original signé (2 pièces). A, N., AFtv 1470.
463. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que la journée de la veille s'est passée assez tranquillement, que pourtant il y a toujours eu des agitateurs aux abords de la salle de la Convention, que leur projet serait, paraît-il, de faire arrêter quelques Conventionnels, dans l'espoir que les départements, ne voyant plus de point central assuré, se laisseraient détourner, coup préparé depuis longtemps. Si l'on en croit le bruit public, les intrigants réfugiés en Angleterre cherchent à corrompre les départements avoisinants, et se livrent aux même manœuvres du côté de la Suisse, de sorte que si l'unité de laRépublique cessait, il s'en suivrait des malheurs incalculables;
si l'on porte atteinte à un seul membre de la Convention, la puissance de l'Assemblée devient illusoire et imaginaire, et les départements effrayés peuvent s'égarer et se diviser, aussi tous les braves citoyens doivent-ils se rallier pour détourner un pareil orage, et réunir tous leurs efforts pour sauver la République. Rien d'extraordinaire n'est signalé dans les rapports de la garde nationale, à part l'arrestation d'un particulier, rue St-Jac(iues, accusé de l'assassinat d'un autre dans les carrières, et l'annonce du prochain embarquement de 40 pièces de canon, prises à l'Arsenal pour la défense du Havre et des côtes avoisinantes.
12 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. A'., AF'V 1470.
464. — Lettre de Santerre, commandant général de la garde nationale, au citoyen Grouvelle, secrétaire du Conseil exécutif, se plaignant de ce que ses employés ne sont pas payés, ce qui n'est pas encourageant pour des citoyens qui travaillent, et déclarant que l'on ne peut faire rétroactivement d'observations sur le mode de payement qui a lieu depuis 3 mois, et que rien ne doit s'opposer au payement de ce qui est dû.
12 mars 1793.
Original signé, A. N., AF'v 1470.
465. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale , portant réduction des réserves h 2o hommes, ordonnant des patrouilles moins nombreuses mais fréquentes, et annonçant pour le dimanche suivant, l'essai de différents boulets de canon à la butte Montmartre. Il est à remarquer que la surveillance et l'activité des citoyens ont déjoué les malveillants, qui se reportent actuellement dans les marchés, où l'on voit beaucoup de domestiques et de cuisinières de gens riches agir sur l'esprit public à l'instigation probablement de leurs maîtres. Il y a lieu d'espérer qu'à l'avenir l'on emploiera au service domestique plus de femmes que d'hommes, afin qu'elles aient plus de ressources pour vivre, et que l'on rende à la culture des terres et à l'armée une classe
LESPIIIT PIIUUC A PAHIS DE JANVIEH A JUIN (793
d'hommes grands et forts, qui vivent sou- VL'iil dans l'oisiveté. I,es rapports de la garde nationale ne signalent que l'arrestation de quelques soldats et déserteurs, envoyés à l'Abbaye, de 2 cochers de fiacre bruyants et refusant de marcher, conduits à la Mairie, enlin la trop prompte extinction des réverbères dans les petites rues de la seclion de Molière et I.a Konlaine.
13 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. A'., APiv 1470.
466. — Extrait des rapports et déclaralions remis au Bureau de .surveillance de la Police, signalant les laits suivants :
1" Des médailles d'argent qui circulent dans Paris et ont été envoyées même aux députés de la Convention, représentent d'un côté l'effigie du ci-devant Hoi avec la date de sa nai.ssance à Versailles, et de l'aidre, colle de son supplice ou martyre à Paris, place de la Hévoliition. Certain libraire de la rue Saint-Jacques, nommé Laurent jeune, se permet aussi de vendre une brochure contre-révolutionnaire, où l'on déplore la mort tragique du ci-devant Hoi, imprimée, dit-on, au nom de l.ïO communes d'un département de la ci-devant Normandie, et l'on a Irouvé chez ce libraire un ballot rempli de brochures encore plus dangereuses que celle-ci.
2» Un soldat, viHii d'un habit brun à parements verts, ayant voulu sur la terrasse de la Convenlion parler en faveur de Dumouriez, vanter son habileté dans ses opérations militaires, et déclarer qu'il était incapable de trahir la nation, fut très maltraité par les audi leurs, à coups de pied, à coups de poing, et fut très heureux de pouvoir prendre la fuite.
.3° Dans plusieurs clubs ou sociétés de jeunes gens, on considère comme une tache le fait de ne pas voler aux fionlières et l'on regarde comme des lâches les volontaiies qui ne reioindraient pas leurs drapeaux ; on constate beaucoup d'élan, surtout dans la section du .Mail, mais, par contre, quantité de mauvais sujets s'enrôlent dans plusieurs sections, reçoivent le prix des engagements et disparaissent.
4° Le renchérissement des vivres s'accentue, les bouchers veulent vendre la viande jusqu'à 14 sols la livre et répondent à ceux qui s'en plaignent qu'ils la payeront encore plus cher par la suite ; il n'y a pas jusqu'au fer dont le prix n'ait doublé, autrefois le cent pesant valait à peine 28 livres, actuellement certains marchands le vendent 40 livres.
boLesjeux prohibés reprennent avecune nouvelle audace, dès le lendemain de leur saisie, ce qui prouve (ju'il faut y retourner souvent, jusqu'à ce que la punition répétée effraye et force à fermer. Lorsqu'on s'est porté chez la dame Latour, Maison de l'Egalité, les gendarmes reçurent plusieurs billets de cent sols du chevalier Dejean et d'un ofticier de hussards, pour qu'on l(!s laissât évader, un émigré du nom de Vaudreuil, qui se trouvait dans ce repaire, réussit à sortir sans être aperçu, ou plutôt en payant grassement ceux ([ui auraient pu le retenir; la môme dame Latour, donna encore, dimanche dernier, un grand dîner dans sa maison de campagne, où se trouvèrent des commis de la Mairie et de la Municipalité. On annonce l'ouverture d'un nouveau jeu prohibé à la Chancellerie d'Orléans, rue des Bons-Enfants, il s'y perd des sommes considérables et l'on y joue fort avant dans la nuit.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil
exécutif.
13 mars 1793.
Copie et original signé (2 pièces), A. N., APiv 1470.
467. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, renouvelant l'invitation à tous les citoyens, notamment aux brocanteurs, de faire arrêter les volontaires qui vendent leurs effets, annonçant le départ des gendarmes, vainqueurs de la Bastille, pour le 21 , l'embarquement de canons de 18 pour la défense des côtes, et d'un convoi d'artillerie de campagne pour Caen, interdisant à tous les recruteurs de l'armée de continuer leurs opérations, et déclarant([ue le recrutement des volontaires (|ui, les premiers jours, avait produit. peu de monde, commence à bien aller, et que
CHAPITHE i". — JOURNEES HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION
ce qu'il y a de rassurant, c'est que ceux qui partent sont pleins de courage et animés du plus grand zèle pour défendre l'unité de la République.
A l'occasion des plaintes contenues dans le procés-verbal de l'assemblée des ofliclcrs de la force année de la section de 1792, qui déclarent que le grand nombre des fonctionnaires publics, dans celte section, empêche de fournir les postes détachés, le Commandant général, ne pouvant statuer sur cette difficulté , prie les sections d'exprimer leurs vues à ce sujet, et observe seulement que tous les employés aux caisses et autres bureaux pourraient n'être regardés que comme fonctionnaires publics indirects, et, attendu que plusieurs de ces Messieurs font mépris de la garde nationale et se réjouissent des malheurs du pays, il serait bon de s'arranger pour les faire monter, par quart ou par sixième, ils recevraient aux corps-de-garde des sections des leçons de morale dont plusieurs ont besoin, les bons citoyens étiint même invités à déposer ce qu'ils entendront d'eux dans les maisons civiques, à l'elfet de le joindre à leurs certificats de civisme, ajoutant enfin que les rondes et les patrouilles se font toujours avec la même activité, jour et nuit, et que tout a été tranquille, à part l'insulte faite à des patrouilles par des joueurs et des buveurs se trouvant, à 3 heures 1/2 du matin, chez un marchand de vin, rue Galande, au coin de la rue Saint-Julien-le-
Pauvro.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., AF'v 1470.
468. — Extrait des rapports et déclaralions faits au Bureau de surveillance de la Police, signalant les particularités suivantes :
1° L'opinion publique manifeste un mécontentement général contre la Convention nationale, dont les membres ont encore employé les journées d'hier et d'avanl-hier à se dénoncer mutuellement, la Montagne et les Jacobins commencent à perdre l'estime qu'ils avaient obtenue.
Les déparlements, à ce qu'on prétend, ont très mauvaise opinion de la conduile des
Législateurs cl songeraient à former une nouvelle Convention, à raison de 2 membres par déparlement; il y a toujours un projet formé secrètement contre plusieurs membres de la Convention, qu'on ne saurait trop surveiller; c'est ainsi que le nommé Jourdan, dit Cotipc-TiHc, aurait demandé, lundi malin, à emprunter 2 pistolets au sieur Boissal, quartier-maître du corps armé des Allobroges, parce qu'à l'entendre il fallaitabsolumentqu'ilse délit dans la journée des Iraitres à la patrie.
2° Les sections de Paris ont fait assembler les capitaines de chaque compagnie, pour organiser une quête dans tous les quartiers en faveur des volontaires qui vont combattre les ennemis du dehors; malheureusement, parmi ces braves citoyens, il se glisse des voleurs et des brigands qui vendent leurs habits et leurs armes, ce qui ne se pourrait, si le Corps municipal renouvelait son arrêté, interdisant aux fripiers et brocanteurs d'acheter des uniformes el des armes, et au Mont-de- Piété de prêter sur nantissement de pareils efl'ets; c'est à cette catégorie qu'appartenaient sans doute les 3 particuliers qui entrèrent chez un épicier, rue de la Cordonnerie, soi-disant pour acheter une pipe, brisèrent le comptoir et commirent beaucoup d'autres dégâts.
3° Le peuple désire vivement le départ pour les frontières de toutes les troupes soldées de Paris.
4° Certaines dames Sainte-Amaranthe, Robineau el Latour (qui tiennent des tripots) ne cessent de répéter qu'elles n'ont rien à craindre de la surveillance de la Police, en raison de leurs intelligences avec la Mairie.
S° L'émeute arrivée, le 13 mars, à laHalle au Blé, à l'occasion d'une prétendue disette de farines et de l'augmentation de 13 livres par sac, alléguée par les boulangers, a failli produire de graves inconvénients, surtout par l'imprudence du juge de paix de la section ; les bons citoyens se réunissant au café du Caveau en ont été dupes, ils ont dit que celte cherlé ne pouvait être occasionnée que par une mauvaise administration de la Municipalité, qui ne dédommageait point
|;ESPRIT public a PAUIS de JANVIEII a juin 179:5
les boulangers ilo leurs pertes, sur les 4 millions qui lui ont été délivrés à cet ■ effet, que l'on pourrait comparer ù une pelote de beurre passant par plusieurs mains.
G° Quand le bruit do la pétition inipriidenle des boulangers se fut répandu aux abords do la Convention, il se tint un grand nombre de propos relatifs à l'in- <|uiétude qu'elle a occasionnée. On a remarqué que certaines femmes criaient avec le plus d'opinidtreté,et que ce sont les mêmes qu'on voit toujours sur la terrasse des Feuillants, et qui, sans doute, sont payées pour propager les troubles.
Au reste, la Halle au Blé a été suf(isamment garnie do farines, et tout y élait, le soir et le fnalin, tranquille.
7° La section des Piques a été vivement alarmée par la conduite des garçons boulangers, qui voulaient SO sols par Jour, avec une bouteille de vin, et qui menaçaient de se retirer, mais les boulangers ayant cuit comme de coutume, le pain n"a nullement manqué.
8° Il est toujouis important de surveiller les prisons, attendu qu'il y a un complot de s'y porter au moment où l'on s'y attendra le moins.
9" iM. de Cbabrillan, mort il y a 10 ou 12 Jours, laisse ses deux fils, émigrés en Angleterre, après leur fuite de Muestriclit, dans le dénùment le plus absolu, mais il possède 60,000 livres de rente sur des biens près de .Montélimart, dont il est Juste que la République se saisisse.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
14, 15 mars 1793.
Copie et origiaal signé (2 nièces), A. N., KV" 1170,
garde nationale, portant qu'il n'y a rien d'extraordinaire dans les rapports, en dehors de l'envoi de canons et allùts à Caen, que les rondes et patrouilles se sont failes très exactement, et ijue le calme continue toujours.
15 mars 179.3.
Copie conforme, signée de Clément, A. iV., Al'i\' l'i70.
470. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance do la Police, signalant les faits suivants :
1" L'aspect de Paris est tranquille, malgré différentes causes de sourde agitation. On discutait dans les groupes avec beaucoup do chaleur, on y disait que les sections devaient absolument lever l'étendard de rinsurrection,pour faire diminuer les denrées, et surtout pour empêcher l'augmentation des farines, mais avant que les sections prennent ce parti, il faut qu'elles établissent un Comité d'insurrection raisonné; on ajoutait que la cause première de tous les maux venait de la Convention nationale, dont la plupart des membres ne sont occupés que de leurs intérêts personnels et n'ont nullement l'intention de faire le bonheur du peuple.
2° La rentrée de lieurnonville au ministère provoquait aussi beaucoup de discours, on s'écriait que si le peuple ne prenait plus tôt des mesures vigoureuses, le parti royaliste de la Convention profiterait de l'absence des députés patriotes, envoyés dans les déparlements, pour rendre des décrets liberticides, afin de replonger la France dans l'esclavage.
3° Le sieur Fournier a encore fait une motion très insidieuse aux Cordeliers, proposant la léunion de toutes les Sociétés populaires au Champ de Mars, pour y prêter le serment de maintenir et soutenir la Hépublique démocratique, une et indivisible; ce projet excita de violents débats, et les bons citoyens eurent bien de la peine à le faire renvoyer à une séance ultérieure.
4° Les banquiers de jeux de biribi, non contents d'enfreindre la loi, ne cessent de calomnier l'administration de la Police, en déclarant que les administrateurs sont de connivence avec eux; le sieur About, oflicier de paix, est, dit-on, payé par plusieurs maisons de Jeux prohibés, un autre officier de paix, le sieur Lcprince, exerce deux emplois, en contravention à la loi, il est employé par le ministre des Contributions publiques pour surveiller l'émission des faux assignats, et sera mis en demeure d'opter, sous peine d'être dénoncé par la section des Quatre-Nations.
"i" D'après le rapport de l'Elat-major, les citoyens Garin et Cousin, administrateurs au Di'^partement des Subsistances, viennent do di^rlnier qu'ils craignont que des iroubloa n'cclalcnt ce soir, à la Halle au Kir, et dénoncent cinq boulangers, très mauvais su, jols, notamment le sieur Houx, lue des Vieux-Augustins, qui prétend que, snus 8 jours, il faut un Roi, qu'autrement les choses iront mal et (lue la disette sera dans Paris.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil
exécutif.
15, IG mars 1703.
Copie et oi'iginal signé (2 pièces). A, A"., AF'v 1470.
471. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, dans lequel le Commandaut général prévienl ses concitoyens que l'on afliche et distribue des imprimés lierfides, l'un d'eux, de couleur jonquille, sous forme d'un placard bien aristocratiquement fait, signé d'un faux nom et d'une fausse adresse d'imprimeur, qui couvre sa periidie de manière à faire prendre le change à ceux qui ne sont pas instruits, invite les bons citoyens à se soulever conlre les Jacobins, et reproche à Santerre de ne pas organiser la force armée, afin d'écraser le peuple, tandis que lout le monde sait que cette force est organisée et qu'il ne lui manque que des règlements, dont s'occupent les commissaires des sections, mais, observe Santerre, « ce qui déjouera nos ennemis, c'est (jue tous les complots des scélérats, qui voulaient recevoir les ennemis en Bretagne et en Normandie, sont découverts et que notre union les tue ».
liien d'extraordinaire dans les rapports n'est signalé, à part les plaintes de la première légion sur la mauvaise tenue, l'insubordination et la négligence dans le service de ses tambours.
IG mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A. N., AF"' 1470.
472. — Extrait des rapports et déclaralions faits au Rurcau de surveillance de la Police, donnant les renseignements
1° On est généralement méconlent de ce que, depuis plusieurs jours, la Convention ne fait point lire les lettres qu'elle reçoit do Dumouriez,, d'oîi l'on conclut que les nouvelles sont très mauvaises, on prétend que, dans ces lettres, Duraouriez parle en maître et prétend s'emparer de la Hollande pour y régner; on redoute aussi le départ de beaucoup de membres de la Montagne pour les départements, et que le Marais de la Convention ne profite de l'absence des vrais patriotes pour tout bouleverser; l'entrée de Garât au ministère de l'intérieur ranime le courage des aristocrates.
2° Sur la terrasse des Feuillants, un jeune homme qui s'est dit Jacobin et que des personnes désignent sous le nom de Varlet, paraissait beaucoup regretter dans ses discours que l'insurrection (|ui devait éclater du 9 au 10 mars n'ait pas été réussie, il parla longtemps au milieu d'un groupe fort nombreux et sa harangue se résuma, en dernière analyse, à ces points : 1° qu'il avait dit, le dimanche précédent aux Jacobins, que cette insurrection était légitime et nécessaire, qu'il la désirait encoiB Aujourd'hui, qu'au surplus elle n'était qu'ajournée ; 2" qu'il souhaitait maintenant que l'apathie des Jacobins filt remplacée par l'énergie des femmes des ;■( et G octobre 1789, afin que la Convention nationale proscrivît la vente de l'argent, décrétiil la peine de mort contre les agioteurs et accapareurs et fit tojnber la tête de lîoland, de Brissol, et qu'enfin, quand il y aurait une guillotine dans la cour du Manège, il faudrait bien qu'ils y passassent.
3» Les esprits sont toujours très agités pour la question des enrôlements; dans r.Assemblée générale de la section de Beaurepaire, on donna lecture d'une adresse aux citoyennes, pour que la tendresse conjugale ne les entraînât point à s'opposer au départ des braves volontaires ; dans celle des Lombards, la veille, à 10 heures du soir, il y eut un violent tumulte occasionné par l'imprudence du président, qui s'avisa de dire que les garçons étaient des lâches de laisser partir les hommes mariés, il se forma alors deux partis, celui
des maris et celui clos garçons, prêts ù en venir aux mains, plusieurs ofllciers municipaux accoururent et s'eflorcèrent tlo ramener le calme, mais le président fut obligé de quitter le fauteuil.
4° Dans plusieurs sections, on inculpe la Convention de ne point sévir assez vite contre les traîtres, et l'on craint le renouvellement des affreuses journées des 2, 3 et 4 septembre dernier.
5° Les troubles excités par les boulangers vont toujours croissant, et la crainte de la disette fait que l'on double ou triple sa provision de pain ; des boulangers se sont présentés à l'Assemblée générale de la section de la Cité et y ont dit que le pain pourrait bien manquer au premier jour, vu qu'ils n'avaient pu acbeter chacun qu'un seul sac de farine, tandis qu'ils en emploient trois journellement, et que la Commune de Paris non seulement ne leur donnait aucune indemnité, mais voulait même les forcer à faire toutes les avances.
6° D'après tous les rapports, les boulangers sont grandement coupables du tumulte qu'il y a eu ti la Halle au Blé, ils se sont prûtés aux suggestions des malintentionnés et ont manqué de faire naître des événements très fâcheux, ils se plaignent des abus de sacs vides, qui pèsent de 7 à 8 livres au lieu de 4, ils demandent des avances, non des indemnités, mais sont-ce là des motifs pour chercher à occasionner une insurrection avec la famine et pour risquer de massacrer un officier municipal, un adniinislratcur des Subsistances?
7» On cite les propos d'une boulangère foraine, sur la place de la Maison de l'Egalité, qui disait à ses pratiques : « Croyezvous qu'on f... aux Parisiens le pain à 12 sols, tandis que nous payons une augmentation de 13 livres par sac; si mon mari m'avait cru, il n'aurait pas apporté de pain aujourd'hui. »
8° Dans la section de Bon-Conseil on a arrêté qu'il fallait vérifier l'approvisionnement des farines avant de répandre l'alarme, et l'on a dû envoyer des commissaires auprès du Maire, pour savoir au juste l'état des subsistances de la ville de Paris.
9" La section de la Cité a également en-
voyé des commissaires dans son arrondissement, à l'effet de faire perquisition chez tous les boulangers et contraindre ceux qui auraient plus de 3 sacs de farine à partager avec leurs confrères moins favorisés.
10° Les rapports des observateurs signalent la présence, à Paris, d'un nommé Sa- Latier, agent de faux-monnayeurs, qui met en circulation de faux louis d'or, et d'un fameux chef de voleurs, nommé Déruelle, maintes fois emprisonné et autant de fois évadé, qui ne cesse de commettre des vols tant à Paris que dans les environs, on est à sa poursuite. Une auberge, dite la Gaiiotte, sur le boulevard du Temple, est le point de rendez-vous des voleurs, qui viennent y partager leurs vols.
11° Les cochers de place ne veulent absolument marcher qu'à force d'argent et quand il leur plaît, ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'ils sont soutenus par le peuple, même par la force armée. Un détachement de volontaires étant accouru vis-à-vis de la Maison d'Egalité, à la réquisition d'un citoyen, pour mettre un cocher de fiacre à la raison, l'un d'eux s'écria qu'on ne pouvait forcer les cochers à marcher, attendu qu'il n'y avait pas encore de règlement à leur sujet.
La feuille des rapports de police est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
16, 17 mars 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AF'\' 1470.
473. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, par lequel Santerre prémunit les citoyens contre les malveillants qui continuent toujours à répandre de faux bruits pour jeter l'alarme et égarer l'opinion, et se livrent généralement à leurs manœuvres vers la fin de la semaine, afin que le lundi, qui est ordinairement le jour de repos des ouvriers et le jour qu'ils consacrent à leurs plaisirs, puisse favoriser leurs projets sinistres; il engage tous les bons citoyens à déjouer ces complots, en communiquant les connaissances qu'ils peuvent avoir dos projets do ces malinlentionnés, qui ne
clierchent qu'à les désunir. Les réserves do il) hommes par cliaque section seront tenues au complet et continuées jusqu'à nouvel ordre, les chefs de postes el adjudants des sections feront des appels de 4 heures en 4 heures et enverront la liste des absents.
17 mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A. AT., AF'V 1470.
474. — Lettre de Pache, maire de Paris, au citoyen Grouvello, secrétaire du Conseil exécutif provisoire, accusant réception de l'avis envoyé la veille au nom du Conseil, dont il a envoyé copie aux administrateurs de Police et au Commandant général, avec prière de prendre les mesures nécessaires, chacun en ce qui le concerne, et annonçant qu'il transmettra les réponses qui lui seront parvenues à cet égard.
17 mars 1793.
Original signé, A. N., AF'V 1470.
475. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Rureau de surveillance de la Police, faisant connaître les particularités suivantes :
1» Un certain Pierre Brémonl, volontaire du 2* bataillon des Marseillais, connu comme intrigant et l'agent de plusieurs têtes chaudes, vient d'obtenir du ministre Reurnonville, par la protection de Barbaroux, une place d'inspecteur des vivres et fourrages de l'armée du Var, et une place analogue vient d'être accordée au sieur Laborde, officier de paix avant le dO août, l'un des chefs des agents du ci-devantRoi, el en relations avec les nouveaux officiers de paix, dont il cherche à corrompre le patriotisme.
2» Il y a lieu d'enregistrer le départ de nombreux volontaires, quoique dans certaines sections, notamment celle du Théâtre-Français, les jeunes gens montrent peu de zèle pour courir aux frontières, malgré une prime de 100 livres el une haute paye de 2 livres par jour, mais, dans toutes les sections, l'on s'occupe d'établir une caisse pour le soulagement des femmes et enfants des défenseurs de la patrie.
.3° La conduite des boulangers est sévè-
rement jugée, outre les intentions qu'ils ont manifestées el celles qu'on leur soupçonne, ils soutiennent que tant que la Municipalité se mêlera des subsistances, le pain sera toujours cher et les farines peu abondantes. Il est certain que sans l'éloquence et la force des poumons du citoyen Audouin, il serait arrivé de grands malheurs à la Halle aux blés et farines, les boulangers, réunis à une troupe de femmes, vomissaient mille injures contre la Municipalité et voulaient absolument pendre le citoyen Garin, administrateur des Subsistances, qui eut beaucoup de peins à s'échapper de leurs mains. La présence et les discours du Maire contribuèrent aussi beaucoup à ramener le bon ordre et la tranquillité, ainsi que la promesse du citoyen Baudrais, administrateur de Police, de faire son rapport de tous les abus dont on l'informait. Le Maire crut devoir déclarer avec beaucoup de fermeté aux boulangers attroupés qu'il y en avait parmi eux de malintentionnés pour la chose publique et qui étaient incités à provoquer le désordre.
4° Dans plusieurs cafés, on disait qu'il serait nécessaire d'envoyer aux environs de Paris, afin de s'assurer si les fermiers font battre une assez grande quantité de blé pour que les marchés soient suffisamment pourvus, et afin de savoir s'il n'y a pas d'accaparements de cette précieuse denrée.
5° Les craintes manifestées au sujet d'un prétendu projet des vainqueurs de la Bastille, gendarmes nationaux, sont absolument dénuées de tout fondement; ils se sont assemblés aujourd'hui pour célébrer un service en l'honneur de Le Peletier de Saint-Fargeau et pour s'occuper de leur prochain départ; on rapporte seulement que parmi eux se trouvent quelques femmes déguisées en hommes, qui reçoivent la paye attribuée aux volontaires nationaux.
La feuille des rapports est accompagnée d'une lettre d'envoi du maiie de Paris au Conseil exécutif.
17, 18 mars 1793.
Copie et original signé (2 pièces), A. A'., AFiv 1470.
476. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, consacré surtout à la réglementation du service, constatant que les commandants et adjudants de sections mettent beaucoup de négligence à avoir leur réserve complète, que plusieurs sections n'ont pas fournie, déclarant que l'appel doit être fait au moins trois fois par jour, et chargeant les chefs de légions et adjudants généraux de vérifier souvent les postes, afin de s'assurer de l'état des réserves, et comme la troupe soldée presiiue en entier quitte Paris, invitant les citoyens à être exacts, prévenant enfin les commissaires des sections, investis du recrutement, que passé 2 heures après-midi, il ne sera plus fait de départs de recrues, aUendu que les conducteurs rencontrent beaucoup d'inconvénients à l'entrée de la nuit.
18 mars 1793.
Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470.
477. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, annonçant, pour la 2* légion, que les citoyens Grandremi, capitaine de canonniers. Bon, sergent, et Aubry, canonnier de la section de la Réunion, ont été consignés au poste du pont Motre-Dame, faute de place à l'iVbbaye ; pour la i" légion, que le citoyen Barrois, enrôlé dans la section du Mail, a été arrêté, comme il vendait son habit, et conduit à l'Abbaye, ainsi que trois autres militaires qui sabraient sur la place de la Victoire nationale tous ceux qui passaient ; que l'officier de garde au poste de la Caisse de l'extraordinaire a refusé de prêter main forte à G particuliers, dont l'un se disait municipal, décoré du cordon national, et un autre commissaire de section, pour aller saisir un jeu, d'autant plus qu'ils lui av.iient fait des demandes suspccles, et atlendu ([u'étaiit autorisés comme ils l'étaient, ils devaient plutôt s'adresser à des sections voisines, et qu'on ne doit pas dégarnir un poste aussi essentiel.
18 mars 1793.
Original, signé de Sanlerre et de Clément, A. N., Al'iv 1470.;
478. — Extrait des rapports et déclaralions faits au Bureau de surveillance de la Police, relevant les particularités suivantes :
1° De violents murmures éclataientcontre les députés de la Convention, que l'on accusait de rester dans l'inaction depuis longtemps, et d'avoir fait mourir Louis XVI pour prendre sa place, de façon à changer simplement de despotisme ; certains disaient qu'à moins d'immoler Brissot, Buzot, Petion et Roland, on ne pouvait espérer d'être heureux, parce qu'ils avaient juré sur leur tête d'opérer une contrerévolution.
2° Au milieu des groupes assemblés sur la terrasse des Feuillants, un colporteur vint crier la pétition d'une épicière qui réclamait 100,000 livres pour le sucre qu'on lui avait pillé le 25 février, les citoyennes, répandues sur la terrasse, s'écrièrent alors : « C'est dommage qu'elle n'ait pas donné son adresse, nous lui aurions porté son indemnité. »
3° Le projet d'expulsion des étrangers de Paris et de la France entière est désapprouvé, attendu qu'au moyen du Comité de sûreté génér.ile de la Convention et du Comité de surveillance de la Municipalité, il est facile de s'assurer des malveillants, et que Paris n'est pas dans une situation assez prospère, pour qu'il soit d'une bonne politique de défendre aux étrangers d'y venir dépenser leur fortune.
4° Tous ces propos n'empêchent pas que l'on ne parle avec chaleur de la rareté des subsistances de première nécessité, au sein de l'abondance et des accaparements de toute nature.
•ï" D'après le rapport du citoyen Sarot à la .section Beaurepaire, le sieur Garin, administrateur des Subsistances, auriiit dit au secrétariat de la Commune que 12 boulangers avaient osé avancer que, dans 8 jours, il y aurait un roi de France, 4 commissaires de la section furent chargés d'éclaircir le fait. On se plaint, en général, que les boulangers font leurs pains au-dessous du poids, que ceux de 2 livres ne pèsent qu'une livre 3 ([uarlerons et ceux de quatre 3 livres deux tiers.
6° Les épiciers de la rue Montorgueil
avaient tous fermé, le 17 mars, leurs boutiques, parce que leurs garçons s'étaient réunis pour s'occuper d'une pétition.
7» La plupart des marchands d'estampes vendent publiquement le testament de Louis Capet, surmonté de trois ligures en médaille, dont celle du milieu représente le ci-devant Roi, décoré du cordon et de la plaque du Saint-Esprit, et les deux autres les enfants du tyran, l'un avec le litre de prince royal et l'autre avec celui de Madame de France; on observe à ce sujet que si les marchands ont la liberté de vendre toutes sortes d'images, ils sont cependant astreints à ne pas offenser les bonnes mœurs, et, à plus forte raison à ne point commettre d'infractions à la loi qui sert de base à la République, en osant accompagner l'effigie des ci-devant de titres qu'ils n'ont plus, infractions qui sont d'une cxMmc conséquence.
8° Dans le moment présent, tout Paris est plongé- dans la consternation par ce que l'on raconte de l'assassinat commis à Orléans sur la personne d'un représentant de la nation, et à cause des nouvelles venues de quelques départements.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
18, 19 mare 1703.
Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AF'v 1470.
479. — Extrait de l'ordre du jour do la garde nationale parisienne, portant que les citoyens de garde aux Caisses et établissements publics ne quitteront leurs postes sur aucune réquisition et fermeront les portes le soir à l'heure concertée avec les directeurs; les officiers municipaux et autres autorités constituées devant savoir que les sections seules sont dans le cas de prêter main forte , faisant observer que beaucoup de soldats s'enrôlent dans les sections, étant déjà enrôlés ailleurs, et priant instamment les sections de ne prendre d'hommes que ceux qui sont bien connus et dont il n'y a rien à craindre ; rappelant enfin que la prison de la Force est réputée militaire et que tous ceux qu'on arrêtera, une heure après la
retraite, y seront conduits, lorsqu'il n'y aura pas de place à l'Abbaye.
Extrait, signé de Clément, A.N.,AF"' 1470.
480. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, aux termes duquel le (Commandant général, au moment où les plus zélés patriotes courent à la défense des frontières, et où les ennemis de la patrie veulent de toutes parts égorger les patriotes, rappelle à ses concitoyens, qu'attendu le besoin absolu d'une surveillance active, nécessaire à tous, il est en droit d'exiger un service strict et militaire de tous les citoyens, et qu'en cet instant où la patrie est en danger et où les modérés vietment servir par dérision aux postes, il punira militairement et sévèrement, en conséquence, infligeant 3 jours d'arrêt à l'Abbaye au citoyen Menou, (ils de l'ancien commandant de la section du Louvre, pour divers manquements à son service, notamment, pour, lorsqu'il était de faction, s'être fait apporter des huîtres pour déjeûner et avoir quitté son poste sans être relevé, attendu que ce n'est point par ignorance qu'il a manqué à son service ; infligeant également 3 gardes extraordinaires au citoyen Josse, fabricant de boutons, pour avoir refusé de monter sa garde, malgré les invitations fraternelles de l'adjudant et de son capitaine, ainsi qu'à d'autres, pour le même motif, et ordonnant au chef de la 3^ légion de commander les patrouilles réclamées par le Directoire autour des Invalides et de l'Ecole militaire, et de les disposer de façon à ce qu'il y ait une surveillance continuelle de jour et de nuit ; le rapport des légions ne signale rien d'extraordinaire, à part l'extinction, entre 2 et 3 heures, de beaucoup de réverbères dans les sections de Molière et La Fontaine, des Amis de la Patrie et des Fédérés.
Extrait, signé do Clément, A.N., AF'^'1470.
•481. — Extrait du rapport général des légions de la garde nationale parisienne, déclarant, pour la 3' légion, que l'adjudant général se plaint beaucoup de l'in-
L'ESPRIT PUBLIC A PARIS I)i: JANVIER A JUIN 1793
suliordinalion des malades de l'hôpilal mililaiie, la visite par lui faite avec le (■(iimnissaire n'ayant produit aucun effet; constatant, dans la 4"= W'^gion, que la seclion du Mail se plaint beaucoup des cochers de fiacre, qui rançonnent les citoyens à leur gré, et que le réverbère, en face du posle de la rue des Martyrs, était éteint à 3 heures, de incmn dans la G" légion, ceux des rues Troussevaclic, Marivaux et du carré Saint-Martin.
21 mars 1793.
Extrait, signé do Hantcrrc et de Clément, A.N., Al''\ A70.
482. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, mentionnant le changement des jours d'épreuves pour les canons, qui, au lieu de se faire les dimanches, comme auparavant, se feront à l'avenir tous les mardis, pour permettre aux ouvriers la visite des essieux, affûts et caissons, enjoignant aux postes des faubourgs contigus aux routes de l'arrivée des volontaires, obligés de revenir à Paris par suite do leurs blessures, de les diriger auprès du commissaire des guerres Truplième, chargé do 1rs recevoir aux Grands- Augustins, (juai de la Vallée, annonçant l'envoi, par le minisire de la guerre, des vainqueurs de la Bastille à Tours, en raison de nouveaux troubles et de rassenibleinent d'aristocrates, et en conformité d'un arrêté de la Commune, (jui prescrit de faire placer des canons devant la Trésorerie nationale, l'Arsenal et la Caisse de l'Extraordinaire, chargeant de ce service la seconde et la 4" légions, en ce qui concerne la Trésorerie et la Caisse de l'Extraordinaire, enfm recommandant l'assiduité aux leçons de lactique et à l'exercice. Rien d'extraordinaire n'est signalé par le rapport des légions, en dehors do l'arrcst.ition de quelques soldats et déserteurs, dont deux déguisés en femmes, et de la descente dans une maison de jeu, rue do
Richelieu.
22 mars 1793.
Extrait, signé .de Clément, A. JV., AE"^' 1470.
483. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisien ne, rendantcomiHo d'une visite noclurnc de la caserne de Ba-
bylone, ordonnée par le Commandant général, à la suite de l'arrestation, par le Comité de Police, de deux individus ap- . partenant à celte caserne, quoique n'étant pas en uniforme, pour avoir donné en payement de bas de soie des assignats fau-x de 200 livres ; le Commandant général, à la tête d'un détachement de 1,200 hommes, étant entré à la caserne, où il n'y avait ni colonel ni officier de poslc, procéda à une visite en règle qui n'amena la découverte d'aucun assignat, mais celle des bas de soie achetés avec un faux billet; la caserne se trouvait dans le plus détestable état, des filles partout, un capitaine et un lieutenant-colonel se permirent des propos séditieux, cherchant môme à soulever lo poste, le Commandant général leur ordonna de se taire, ce que fit le lieutenantcolonel, mais le capitaine ayant continué, lo Commandant général lo lit conduire à l'Abbaye pour lii jours et infligea au colonel Oswald 8 jours d'arrêt, au lieutenant-colonel 8 jours, à l'officier du poste 13 jours, ainsi qu'au factionnaire. Comme au poste de Beuurepaire il n'y avait ni officier ni sous-officier, l'adjudant reçut l'ordre d'envoyer pour 3 jours à l'Abbaye les officiers et sous-of(iciers, sous peine d'y aller à leur place. Par le môme ordre, lo tlommandaiit général prévient fraternellement les chefs et ailjudants de légions que, s'ils ne tiennent pas la main plus fortement à ce que les réserves soient complètes et que les postes extérieurs n'aient pas de remplaçants, il mettra les chefs aux arrêts et les adjudants à l'Abbaye. Injonction est faite aux chefs do division des districts de Saint-Denis et du Bourg do l'Égalité do procéder à l'arrestation de tous les déserteurs et de vérifier avec soin les congés de ceux qui reviennent, personne ne devant revenir en ce moment.
23 mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A. iV., AF'^'M70.
.484. — Extrait do l'ordre du jour do la garde nationale, déclarant que jamais la sévérité dans le service n'a été plus nécessaire, et que les événements de la Vendée montrent la nécessité d'une union
parfaite, que l'insurrection n'y a commencé que parce que l'on a porsuadé au peuple qu'il fallait se lever, limpulsion une fois donnée, les coquins par la terreur obligent mémo les palriotes à marcher de force, mais on sait qu'à Paris, il n'y a qu'un moyen d'amener un soulèvement, c'est d'égarer le peuple sur les subsistances, en conséquence le Commandant général propose les mesures de salut public, qui entraveront les projets des scélérats dont le nombre est considérable dans la capitale. Il faut que, dans chaque section, les réserves soient prêtes <à marcher, qu'nu moindre rassemblement l'on arrête et l'on conduise chez les commissaires ou à la Police l'orateur qui parle contre la République et les lois, que le régime militaire domine pour le moment, enfin que la force armée soit obéissante. Le Commandant général n'ignore pas que, lorsque la tranquillité régne, que lorsqu'il n'y a point de dangers certains, les principes, dont l'application lui paraît indispensable aujourd'hui, seraient vexaloires et contraires aux Droits de rilomme et à la liberté, mais il proclame qu'il sera inexorable sur les principes, en vain voudrat-on dire que c'est un système dictatorial, ses sentiments sont connus, et il déposera, lorsqu'on le jugera nécessaire, l'autorité que lui donne sa place et de laquelle il ne se servira que pour les intérêts du peuple.
24 mars 1793.
Copie conforme, signée de Clément, A. N., .\I'''V 1470.
485. — Extrait des rapports et déclarations faits au Rureau de surveillance de la Police, constatant les incidents suivants:
1° Les courriers arrivés la veille de l'armée révolutionnaire ont singulièrement affligé les bons citoyens, outrés de voir que l'on tolère les émigrés et les aristocrates, qui, arrêtés à la clameur publlcjuc, ont le talent de se faire relâcher de suite. Comme sous l'ancien régime, les gens titrés n'ont jamais tort, aussi le nombre des émigrés et des malveillants augmentet-il tous les jours, on aperçoit dans les rues et lieux publics quantité de figures nouvelles et sinistres, les environs de la
Maison de l'Égalité et sans doute la maison elle-même sont remplis d'émigrés, dont beaucoup sont cachés dans les chambres des lilles publiques; on se plaint également de ce que les émigrés obtiennent trop facilement des certiTicats de résidence et de civisme, grâce à l'extrême faiblesse des sections ; l'on est aussi très mécontent de voir les prisons et maisons d'arrêt pleines de prévenus, qu'on ne met jamais en jugement.
2° Les esprits échauffés se répandent en mille propos, où sont donc les bons patriotes? s'écriaient des femmes, seraient-ils endormis ou morts? Un particulier du nom de Tessier, qui se dit commis aux subsistances de la guerre, a failli être jeté dans l'un des bassins des Tuiloleries pour avoir insulté un député de la Montagne.
3° Une bande de prétendus fédérés, ayant à leur tête un officier de hussards, a pénétré dans une maison de jeux prohibés, rue Neuve-des-Petits-Champs, sous prétexte de pratiquer une saisie, mais en réalité pour la faire contribuer.
4° Suivant certains rapports, le procureur de la Commune aurait de fréquentes conférences avec les teneurs de tripots de biribi, de 30 et 40, et la plupart des commis travaillant sous ses ordres auraient des relations suspectes avec les teneurs de ces maisons de jeux prohibés ; d'autre part, un citoyen du nom de Pi((uais est, paraît-il, l'agent du Maire pour savoir ce qui se passe dans les grandes tables et les meilleures sociétés.
ii" L'ancien officier de paix Laborde cherche toujours à corrompre les nouveaux et les plus honnêtes des officiers de paix, il rançonne la plupart des maisons de jeux en disant qu'il est encore attaché à la Police.
6° Les différents quartiers de Paris et lieux publics ont été hier fort tranquilles, il en fut de même sur la terrasse de la Convention jusqu'il près de 7 heures du soir, alors parurent plusieurs individus qui voulurent empêcher les bons patriotes de faire des motions, mais ils furent vigoureusement repoussés et contraints de prendre la fuite. Aujourd'hui, même tran-
L'ESPRIT PUBLIC A ^ARIS DE JaN'VIER A JUIN 1793
quillitt', excepté que les groupes ont été fort agités au sujet de la lettre de Dumouriez, qui dit qu'il va rétro^frader de la Belgique jusqu'à Valencieiines ; sans se donner la peine d'approfondir ses motifs, on le qualilie de traître et de scélérat.
7° On menace que les émigrés cachés dans Paris feront une explosion terrible, sous peu de jours.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
Extrait et original signés (2 pièces), A.N., AF'\' 1Î70.
486. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, notifiant le départ, mardi 26, pour le département de la Vendée, d'un convoi composé de quatorze pièces de canon, avec leurs caissons, se plaignant de ce que les réserves ne sont pas fournies exactement, et que les commandants des postes ne marquent point les citoyens qui vont dîner, pas plus l'heure de leur sortie que celle de leur rentrée, prescrivant la continuation des patrouilles accoutumées par les réserves, et enjoignant aux adjudants généraux des légions d'envoyer, dans les 24 heures, à l'Etat-major, l'état des postes actuels de leurs légions et le nombre d'hommes qui y montent, avec lettre au ministre des affaires étrangères, l'avisant de l'arrestation de plusieurs émigrés et d'un prétendu gendarme, dans la section des Halles, et de celle du sieur Béliard, volontaire, portant ta son chapeau un bouton large de 1") lignes, avec les armes de France, ainsi que des citoyens Dorché et Léonard, dans la section de la Ilalle-au-Blé, et annonçant qu'un incendie a éclaté chez un pâtissier, dans une des maisons de la galerie d'Egalité, mais, grâce à de prompts secours, n'a point fait de progrès, et qu'aussitôt que les étals des postes de la force armée de Paris seront prôts, le Commandant général en fera passer un à chaque ministre.
25 mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A. N., AF>v 1170.
487. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, enjoignant de
continuer les réserves, pour le 27 mars, à raison de 25 hommes, et d'en désigner 2.') autres qui se tiendront chez eux, prêts à marcher, les 2'; premiers devant rester au poste et faire patrouille, attendu que plusieurs factieux ont assigné ee jour à leurs complices, pour tenter un soulèvement, le Commandant général n'ajoute point foi à ces propos, mais il est obligé de se tenir sur ses gardes et d'exiger la plus grande exactitude.
2G mars 1793.
Extrait, signé de Clément, A. N., AF'^ 1470.
488. - Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, reproduisant la teneur de deux lettres, la première du citoyen La Barrière, aide -de -camp du général Fiers, au minisire de la guerre, envoyée d'Anvers, le 29 mars, à l'effet de le prévenir de la défection totale des gendarmes de l'armée de Dumouriez, qui abandonnent leur poste en jetant sur leur passage les germes de l'insurrection, et de l'arrivée prochaine de cesdésorganisateurs à Paris, où ils iront dans les sections porter l'agitation et le trouble, la seconde du citoyen Ferret, commandant de la place et du port d'Ostende, de même date, au ministre de la guerre, à reffel de se plaindre des gendarmes qui attaquent les officiers et volontaires, se permettent de leur arracher les épauletles, ne parlent que de couper et de hacher, disant qu'ils ne reconnaissent aucun supérieur, sont à l'égalité et veulent agir à leur fantaisie, ceux qu'on envoie pour les arrêter étant menacés et poursuivis à coups de sabre et le pistolet à la main, au point qu'il faudra peut-être au premier jour faire prendre les armes à toute la garnison pour réprimer une pareille insubordination.
La seconde partie de l'ordre du jour est spécialement consacrée à l'état de Paris, qui, sans être troublé, est cependant inquiétant. D'après Santerre, les trois fléaux de la République sont la guerre aux tyrans, la guerre à l'opinion et celle au préjugé et à l'erreur. A son sens, le premier se guérit avec des hommes et. du canon, le 2" se guérit en se servant du
no
CHAriTRE I". — JOURNÉES HISTOniQUES DE LA RÉVOLUTION
tera|)s, de la logique et do la philosophie, ce soul-là les vulnéraires et antiputrides qui seuls peuvent servir de remède; le ;<« fléau comprend les préjugés et l'erreur, ce sont des maladies longues et difficiles à guérir, souvent même incurables, qui sont produites par l'amourpropre, l'ignorance et l'irréflexion. Certains individus qui, depuis 3 ans, flotleiit entre l'opinion républicaine et celle aristocratique, se trouvent aujourd'hui, depuis environ 3 mois, en apparence jacobins; les patriotes du 14 juillet les croient amis de la République, ces nouveaux jacobins, qui ont feint d'être patriotes et sont peut-être aristocrates, veulent aujourd'hui, sous le masque du patriotisme, faire croire que les patriotes de 89 sont changés. Si les patriotes qui ont eu de pareils sophismes à combattre contre les Feuillants, les modérés et les arislociates, ne remédient pas à ce piège, la Vendée va se trouver à Paris, l'armée revient défendre ses foyers, et les patriotes irréfléchis, conjointement avec Brunswick et Georges, sur les débris do la liberté naissante et morte, rétablissent le despotisme.
Le seul remède aux maux qui menacent les citoyens est l'union et farce à la loi, en conséquence, tant que l'on n'aura pas retiré la confiance au Commandant général, les réserves seront de 50 hommes par section, savoir, 10 hommes de chacune dans le bAtiment des Feuillants, hors de la Convention, et 10 exactement à chaque section pour faire des patrouilles jusqu'à nouvel ordre, et le chef de légion de service près de la Convention commandera cette réserve.
Il est bon de savoir que les émigrés et aristocrates abondent à Paris depuis huit jours, et que lu police vient de prendre une mesure prudente et nécessaire à ce sujet.
27 mars 1793.
Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470.
489. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :
1° Des malveillants, qui cherchent sans doute à difl'amer la Convention nationale,
répandent le bruit que ses membrcB sont payés au Trésor en argent.
2' Les troubles des départements maritimes et ceux qu'on fomente dans Paris sont non seulement l'œuvre des prêtres réfiactaires, mais encore des émigrés rentrés en foule, qui ont su se procurer de faux certificats de résidence, en les payant très cher, et même des cartes civiques; d'après le témoignage d'une femme (la C. de **), qui politiquement fré(|uente beaucoup les aristocrates et a rendu d'importants services à la République, ces émigrés seraient rentrés par la Bretagne et se seraient réfugiés dans des clulleaux d'émigrés Bretons, et de là auraient gagné furtivement Paris, où ils disent ouvertement qu'une nouvelle journée du 10 août s'approche, mais qu'ils auront leur revanche, et i|u'il existe un projet d'chleverdu Temple la femme de Louis Capet cl son (ils. Quoiqu'il y ait des complots (jui b'ourdisscnl, les agents de l'aristocratie ne se montrent plus avec autant d'audace qu'il y a quelques jours, on voit des particuliers qui arborent des cocardes où le blanc domine.
3° Un membre du Club des Cordeliers, envoyé en qualité de commissaire du pouvoir exécutif en Bretagne, ainsi qu'un de ses collègues, avaient instruit Roland de tous les rassemblements <iui s'y faisaient et des suites funestes qui en résulteraient, mais ils ne reçurent jamais de réponse que de la dame Roland, et encore ne leur parlait-elle nullement de l'objet de leurs craintes.
4° La section de Bon-Conseil a dénoncé DumourieZjBeurnonville et Clavière comme autant de traîtres, et a décidé l'envoi d'une adresse à la Convention, afin d'apprendre des représentants si, dans les circonstances critiques où l'on se trouve, ils comptent sauver la Ré[>ublique; toutes les sections vont nommer deux commissaires pour rédiger une adresse à la Convention nationale contre les généraux.
'.'>° L'un des membres de l'Assemljlée générale de la section de la lUitle-des- Moulins a fait, le 26 mars, un fort beau discours tendant à disculper Dumouriez, (jui, à l'entendre, aurait tout à perdre en trahissant la nation, et s'est résumé en
déclinant que les sections no devaient plus s'occuper de faux rapports, ni de ces dénonciations vagues qu'on porte à la Convention, et qui ne font que propager les, craintes, entretenir refl'ervesceiico des esprits et grossir le nombre des iiisurgents.
0° Un marchand d'argent a failli être massacré par trois soldats de la légion en uniforme brun ; il est certain que si la Convention ne rapporle i)as le décret déclarant l'argent marchandise, il arrivera des scènes tragiques.
7° Le fanatisme se réveille dans Paris, des prêtres insermentés célèbrent tous les jours la messe au ci-devant couvent des Anglaises, rue du même nom, et la chapelle est tellement remplie de femmes, qui y accourent du faubourg Saiiit-Cermain, que les personnes du quartier ne peuvent y trouver de place. En conséquence, il fut résolu <le fouetter» loiiLes ces places tant désirées >■, ce qui eut été exécuté sans l'intervention de la force armée.
8° Les groupes, les lieux publics ont été tranquilles aujourd'hui, les boulangers des marchés ont été bien fournis de pain.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
27, 28 mars 1793.
E.\trait et original signé (2 pièces), A. N.,
490. — Lettre de Clément, secrétaire de l'Elat-major général de la garde nationale parisienne, au ministre des affaires étrangères, lui rendant compte qu'il n'y a rien d'extraordinaire à l'ordre général, ni dans les rapports de la garde nationale, a. part la dénonciation faite par un inconnu au corps de garde de la section du Théâtre- Français, que l'on marquait dans la rue Saint-Hoiioré toutes les maisons occupées par des membres de la Convention nationale, et l'arrestation de quelques particuliers sans cartes civiques.
28 mar.q 1793.
Original signé, A. N., AF'^ l-'iTO.
491. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :
1° D'après un bruit répandu ce malin,
les poites des maisons où logent des députés de la Montagne auraient élé marquées à la craie, les unes d'une potence,les autres d'une roue; mais, quoique ce bruit ait quelque réalité, sans nul doute ceux qui le propagent n'ont d'aulre but que de répandre des terreurs paniques et d'épouvanter les bons députés eux-mêmes ; des préposés de la Police ont vu, en ' llct, plusieurs particidiers marquer des portes rue Traversière-Saint-Ilonoré, mais, n'étant pas les plus forts, n'ont pu les saisir et se sont bornes à les dénoncer au poste de l;i .Maison de l'Egalité, dont le commandant envoya aussitôt des patrouilles à leur poursuite.
2° Les dénonciations contre Dumouiirz et Roland reprennent avec plus do force que jamais, on les peint comme des aristocrates pervers, ou ajoute que Roland aurait engagé Dumouriei! à se replier sur Paris et à y l'aire la loi les armes à la main. Dumouriez est perdu dans l'opinion [lublique, au point que le temps et des circonstances plus heureuses pourront seuls le rétablir, si toutefois on le lui permet, car, jusqu'à présent, il n'y a qu'un cri, on veut sa tête et celle des généraux Miranda et Stenghem (Stengel), on fait également courir le bruit que Dumouriez a émigré, emportant 20 millions.
.3° Le ministre de la guerre est inculpé d'avoir chassé doses bureaux des commis patriotes et de les avoir remplacés par des gens suspects, celui des affaires étrangères est également vu de mauvais o'il, dejiuis qu'il a fait mettre en état d'arrestation dans une des îles de l'Archipel le citojcn Sémonville.
4» Dans l'Assemblée générale de la section des Droits-do-l'IIomme, ou dénonça la destitution, par lîeurnonvillc, de 0 des ofllciers du 28" régiment de cavalerie formé dans la section Poissonnière, pour les remplacer par C de ses créatures; on parlait d'un duel entre ces 12 ofllciers. La même section, préoccupée du danger de la chose publique, a invité les 47 sections à désigner des commissaires pour former un Comité central et rédiger une adresse au peuple de Paris.
«"Dans la section des Quinze-Vingts, l'on
a ili'cotivert plusieurs mauvais sujels faisant partie de la compagnie de canonniers du village de Rercy, qui insultent les citoyens, menacent d'incendier les maisons, d'égorger les femmes et les enfants des environs de Bercy, il est vrai qu'ils ne tiennent ces étranges propos qu'en état d'ivresse, ils donnèrent lieu à la fausse nouvelle qui se répandit que nombre de rebelles avaient arboré la cocarde blanche près de Bercy.
6° On remarqua, le 27, dans le jardin de l'Egalité, deux jeunes gens dont le costume était bizarre, ayant des robes et des vestes à l'Arménienne, avec dos pistolets à la ceinture, un bonnet de poil en queue de renard et des moustaches, ils se promenaient derrière les Galeries de bois, près des treillages qui forment de petits jardins, et s'amusaient à casser ces treillages avec leurs cannes, n'ayant tenu aucun compte des observations faites par l'un des propriétaires, ils furent arrêtés par la garde, conduits au poste et à la section, qui en aura fait bonne justice.
7° Le frère aine de Louis Capet fait circuler à profusion un manifeste où il se déclare régent du royaume, le citoyen La Boissière, maître d'escrime, en a reçu un exemplaire par la poste.
8° La motion a été faite au Club des Cordcliersde mettre hors des prisons tous ceux qui sont détenus pour le pillage du sucre, du café et du savon; parmi les gros accapareurs, on désigne le sieur Paulet, fameux marchand de vins, rue de Sèvres, qui aurait acheté pour un million de vins provenant de la ci-devant Abbaye.
9° La journée de la veille a été tranquille dans tout Paris, les visites domiciliaires se sont faites avec calme, mais avec négligence dans quelques sections, le défaut d'ensemble a rendu cette grande mesure presque insuffisante. La surveillance de la Police a été très activa, et, de demiheure en demi-heure l'administration était informée de l'état de Paris.
10° Un particulier arrêté sans carte, sans papiers, sans passeport, ayant été conduit au Comité civil de la section de l'Oratoire, au moment où on l'interrogeait,
ouvrit une fenêtre et se précipita dans la rue, où il s'est tué raide.
La feuille des rapports faits les 28 et 29 mars est accompagnée d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
28, 30 mars 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AF'\'1470.
492. — Lettre de Clément, secrétaire de i'Etat-major général de la garde nationale parisienne, au ministre des affaires étrangères, lui rendant compte qu'il n'y a rien eu dans les rapports de la garde nationale en ce qui concerne les visites de la veille et de ce jour, que l'arrestation de beaucoup de citoyens sans cartes civicpies, les uns renvoyés dans leurs sections, les autres dans ditl'érentes prisons, et annonçant que les rondes et patrouilles ont été fortes et multipliées.
29 mars 1793.
Original signé, A. N., AF'^ 1470.
493. — Extrait des rapports reçus au Bureau de surveillance de la Police, dénonçant les faits suivants :
1° Dans les endroits où le peuple se rassemble pour s'entretenir do la chose publique, on remarque qu'en général il se plaint de l'impunité de ceux qu'il appelle les grands coupables. On observe aussi que Pache est très mal dans l'esprit d'un grand nombre de domestiques, aposlés sans doute pour en dire beaucoup de mal, qui prétendent être 3,000, mais il a les bons citoyens pour lui ; dans l'ancien café Procope, actuellement Zoppi, on en parlait, il y a quelques jours, avec les plus grands éloges, à propos des inculpations dont il a été l'objet de la part de Dumouriez.
2° Les visites domiciliaires ont été faites par les sections avec une extrême nonchalance, presque avec l'intention de prévenir les malveillants, plutôt que de les arrêter, on se plaint particulièrement de celle des Quatre -Nations, qui a laissé échapper un individu désigné comme émigré, qu'un volontaire s'empressait de faire arrêter au sortir de son domicile et qui fut même frappé et maltraité. Dans la sec-
lion des Quinze-Vingls, on a découvert quantité d'armes, tels que fusils et lames de sabre, chez un serrurier de la rue Lappe, qui les fabriquait pour le compte d'un ciseleur. Beaucoup de chevaux ont été saisis dans la section des Gravilliers, dans celle du Luxembourg, on a trouvé chez un particulier 3,000 fusils. Dans la section du Théâtre-Français, cliezun prêtre, frère cordonnier, et une femme demeurant avec lui, on a trouvé un amas considérable de pains, parce que ces gens craignaient la famine, et une grande quantité d'ornements d'église et d'argenterie.
3° La dénonciation concernant le Palais Bourbon, qui paraissait si importante, s'est évanouie en fumée, on n'y a découvert aucune des personnes présumées suspectes, et les 2 malles, qui devaient contenir des effets très précieux, ne renferment que des livres, du linge, des hardes; les caves ont élé visitées avec le plus grand soin.
4" II n'y a eu aucun rassemblement ces jours-ci aux Champs-Elysées, et presque [lersonne n'a paru dans la promenade de Longchamp et du Bois de Boulogne.
ii° Dans la section des Invalides et rue de Sèvres, le pain a manqué, ce ,jour, dès 9 heures du matin, ce qui a occasionné ([uelques troubles, quant aux bateaux de farine, qu'on assurait devoir remonter la rivière, le fait s'est trouvé faux, on les décharge exactement.
6° Aujourd'hui tranquillité, calme et bon ordre, et rien à craindre de fâcheux, si ce n'est peut-être les fêtes de Pâques.
29 mars 1793.
Extrait non signé, A. N., AF'V 1470.
494. — Lettre de l'Etat-major de la garde nationale au ministre des affaires étrangères, le prévenant que des ordres ont été donnés à toutes les légions de faire, jusqu'à nouvel ordre, de fréquentes patrouilles autour de la Convention nationale, des Caisses publiques, des assignats, de l'Arsenal et des prisons, que les revues des tambours des 6 légions se feront lundi et jeudi, observant qu'il n'y a aucun événement particulier dans les rapports de la T. IX.
garde nationale, en dehors de l'arrestation de beaucoup de citoyens, sans cartes civiques, pour la plupart conduits à la Mairie.
Original, signé de Clément, A.N., AF'^'1470.
49i;. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :
1° On découvre à chaque instant des preuves de l'inexactitude et de la négligence avec laquelle certaines sections ont procédé à la recherche des armes et des suspects, on n"a point été dans tous les hôtels garnis, toutes les rues n'ont pas été gardées au moment de la visite, en sorte qu'il était bien facile de passer d'un domicile dans un autre sans être arrêté ; quelques sections étaient si peu d'accord sur la manière de procéder aux visites domiciliaires que l'on s'est battu à ce sujet dans l'Assemblée générale de la section de la Réunion; celle de la Maison-Commune a désigné des commissaires à l'effet de protester contre la nomination du fds de la dame de Sabran au commandement d'un corps d'armée.
2» Hier, 29, se répandit le bruit d'un attroupement considérable à Vincennes, qu'on y arborait la cocarde blanche, aussitôt 200 patriotes y coururent, ils ne trouvèrent que des valets du ci-devant, qui avaient tenu des propos incendiaires, et que les habitants de Vincennes avaient déjà corrigés.
3° L'arrivée de Miranda à Paris excite une grande fermentation, il est un traître aux yeux des patriotes, mais on craint vivement qu'il ne soit innocenté par l'Assemblée conventionnelle, on disait hautement que si cela arrivait, il faudrait (|ue le peuple se fit justice lui-même. D'autres assurent que le général La Noue, avant d'être interrogé à la barre, avait eu un entretien de 3 heures avec le ministre de la guerre. Les propos continuent sur le compte de Dumouriez, qu'on accuse d'avoir l'intention secrète de se faire nommer dictateur et d'avoir dans Paris des affidés,qui le préviendront 24 heures à l'avance, si la Convention porte contre ce général un décret d'accusation, car alors il prendrait
la fuite, emporlant avec lui les trésors qu'il a enlevés en Belgique.
4° On prétendait dans les groupes que les administrateurs du Département de Police avaient relâché un grand nombre d'émigrés, de banquiers de jeux prohibés et de voleurs, on allait jusqu'à dire que parmi ces officiers municipaux, il y avait des contre-révolutionnaires.
5° Le matin, le pain a manqué chez plusieurs boulangers et les marchés n'ont pas été garnis comme de coutume ; des garçons boulangers, qui portaient le pain à leurs pratiques, ont été arrêtés dans la rue, et on leur a enlevé ce qu'ils portaient, les malveillants en profitent pour publier que bientôt l'on va éprouver la disette, qu'elle existe même dans quelques cantons. Les boulangers disent hardiment qu'ils veulent eux-mêmes acheter les farines, déclarant que la Municipalité les trompe et que la plupart d'entre eux ne cuiront pas, tant qu'elle sera à la tête de l'administration des Subsistances.
6° Les mêmes brigands, qui se sont déjà portés chez le sieur Maury, rue Neuvedes-Pelits-Champs, sous prétexte qu'il tenait un jeu de biribi, y sont revenus le 28, ayant à leur tête un pseudo officier de hussards de la Mort, autrefois chirurgien, demeurant rue Neuve-Saint-Marc.
7° L'état de Paris n'a rien eu d'inquiétant toute la journée, le peuple est très satisfait de ce qu'il y a un décret d'arrestation contre Dumouriez, et de ce que des commissaires de la Convention sont partis pour aller le mettre à exécution, il ne faudrait plus que l'interdiction de la vente de l'argent, mesure qu'il désire avec tant d'ardeur.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
30, 31 mars 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AFiv 1470.
496. — Lettre de Clément, secrétaire de l'Etat-major général de la garde nationale parisienne, au ministre des affaires étrangères, le prévenant qu'il n'y a rien à l'ordre du jour, en dehors des ordres donnés par le Commandant général à la force
armée de Paris d'arrêter et de désarmer tout gendarme rentrant à Paris et venant des frontières, en vertu d'une lettre du ministre de la guerre à la Municipalité.
31 mars 1793.
Original, signé de Clément, A.N., AF1V1470.
497. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :
1» L'opinion publique était beaucoup plus satisfaisante, le 31 mars, on ne voyait que des gens paisibles et gais, au lieu de figures suspectes, mais, vers le soir, la chance a commencé à tourner. Dans le jardin de l'Egalité, des brigands ne parlaient que de couper les têtes des accapareurs, des marchands, des signataires de pétitions modérées, même de quelques membres de la Convention; il fallait, disaient-ils, s'y porter en foule et la forcer, les armes à la main, de rendre les décrets demandés depuis longtemps par les sections, touchant la vente du numéraire, la taxe des blés et des comestibles. Il est dangereux de combattre l'opinion de ces gens-là, qui se mettent aussitôt à crier qu'il faut se débarrasser d'un tas de modérés, aujourd'hui les mêmes suspects demandent encore plus hautement l'épuration des députés hostiles. Dans les sociétés populaires, on menaçait d'un grand coup, pour le soir du !•■• ou du 2 avril, on disait même que le tocsin allait être sonné pour se porter aux prisons et massacrer tous les prisonniers; le bruit s'était répandu en même temps que, le 30 mars, Brissot s'était présenté aux barrières et qu'on l'avait empêché de sortir, mais que le Maire avait donné des ordres pour que ce député eût le passage libre, ce qui mécontente le public.
2" Les déserteurs que l'on a transférés, ce matin, de l'Abbaye à la Maison commune, donnaient à entendre qu'ils n'avaient quitté leurs corps que parce que Dumouriez était un scélérat et qu'ils venaient s'en plaindre à la Convention. On assure qu'il a passé à l'ennemi, que Chambéry et Lille sont en insurrection, que celte dernière ville avait été mise au pillage par les soldats de la République. On trouve
LESPRIT PUBLIC A PAHIS DE JANVIEH A JUIN 1793
f(3rt mauvais que Beuinonville ait été choisi pour aller examiner l'état des armées de la Belgique, lui qu'on regarde comme un traître, et l'opinion publique lui serait 1res défavorable, s'il remplaçait Duiiiouriez dans le commandement de 1 armée du Nord.
3° Plusieurs particuliers ont longtemps parlé, sur la terrasse de la Convention, de la nécessité de mettre à prix les tûtes des souverains coalisés contre la Répiibliciue française. Le public se plaint de voir fourmiller dans Paris des soldats de toutes les couleurs, et principalement des gendarmes, qui, depuis plus de G mois, sont payés sans avoir rendu aucun service à la patrie; on signale aussi plusieurs agents secrets des émigrés, tenant très bonne table.
4° Une dépulalioii de la section des Droits-de-l'Homme s'est rendue dans celle de la Maison-Commune, à l'effet de nommer des commissaires qui se réuniront, le 1" avril, à l'Archevêché, afin de délibérer sur les moyens à prendre pour sauver la patrie.
5» Les boulangers des environs de Paris, qui apportaient du pain à la Halle et aux différents marchés, menacent de cesser ce service jusqu'à ce qu'il leur ait été alloué une indemnité, le pain étant beaucoup plus cher dans leurs cantons.
6" On murmure beaucoup contre les bouchers, qui, d'un commun accord, ont augmenté la viande de 2 sols par livre, ce qui, avant peu, donnera sujet à quelque émeute, si l'on n'y prend garde; on n'ignore pas que le bétail est cher et qu'une grande partie est détournée pour l'armée, mais on voudrait que la Police s'occupât de cette branche urgente des subsistances et qu'elle mit des bornes à la cupidité des bouchers.
7" Le citoyen maire ayant été instruit, d'heure en heure, de l'état de Paris et de l'opinion publique, ce serait tomber dans des répétitions inutiles que de revenir sur ce sujet; il suffira de dire en peu de mots que la masse du peuple, travaillée par les malveillants, s'est tenue ferme et tranquille, malgré les propos, retentissant de toutes parts, que l'on était trahi et qu'il
fallait couper un grand nombre de têtes. Cependant, il est bon de se tenir sur ses gardes, ne serait-ce que pour empêcher les brigands, ra.ssemblés dans Paris, de tirer le canon d'alarme et de sonner le tocsin.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil
exécutif.
31 mars, I"- avril 1793.
Extrait et original signé, (2 pièces), A. JV., AFiv 1470.
498. — Lettre du commandant général Santerre, général de brigade de la 17° division, au citoyen Grouvelle, annonçant qu'il va donner des ordres nouveaux pour continuer l'envoi quotidien de la copie de l'ordre général, que, selon toute apparence, la seule raison de la suspension de l'envoi des feuilles journalières vient de ce qu'on fait passer une copie de l'ordre à chaque minisire, mais assurant que cet oubli va être réparé.
2 avril 1793.
Original signé, A. N., AF'V 1470.
499. — Lettre de Clément, secrétaire de l'Etat-major général de la garde nationale parisienne, au Conseil exécutif, l'informant qu'il n'y a rien d'extraordinaire à l'ordre du jour, sauf 2 lettres, l'une de l'adjudant général Saint-Fief au Commandant général, qui annonce le dépari, pour mercredi, d'un convoi de canons et de caissons pour Rennes et Orléans, l'autre du maire de Paris, touchant la mise à exécution des décrets de la Convention sur les déserteurs et gens sans caries civiques, faisant connaître la continuation des réserves de 30 hommes dans chaque section, dont moitié à la place des Piques, et moitié au chef-lieu respectif, pour faire des patrouilles et se porter au premier ordre partout où besoin sera.
2 avril 1793.
Original signé, A. N., AF'V 1470.
oOO. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, déclarant que les bons citoyens ont plus que jamais besoin d'être unis et de se tenir en garde contre tous les propos que répandent,
dans les marchés, dans les raes, les malintentionnés, qu'il faut surveiller sans cesse, en raison des idées criminelles qu'ils propagent contre la République et les dépositaires de la confiance du peuple, recommandant de nouveau l'exactitude et la ponctualité, si l'on parvient à obtenir la tranquillité à Paris, rien n'est à craindre avec les ressources dont on dispose, les réserves devant toujours continuer le même service ; enjoignant aux chefs de légions, commandants et adjudants de sections, de suivre de près l'instruction des officiers et sous-officiers, et de faire un rapport sur ceux qui manqueront aux exercices, invitant les citoyens qui ont des talents militaires à se faire inscrire dans leurs sections, afin de pouvoir faire choix d'hommes instruits, ayant du civisme, pour former les phalanges. Les rapports de la garde nationale signalent l'arrestation de beaucoup de déserteurs et de suspects sans cartes civiques, ainsi que l'absence d'officiers aux postes des Tuileries et de la rue des Filles-Saint-Thomas.
3 avril 1793.
Extrait non signé, A. N., AF'v 1470.
301. — Extrait des rapports et déclarations faits au Rureau de surveillance de la Police, donnant les renseignements suivants :
1° Dans les moments de crise et de consternation où l'on se trouve, on entend dire de toutes parts que le mal vient de la Convention elle-même, et qu'il vaudrait mieux perdre la vie que la liberté; cependant la terrasse de la Convention était remplie de brigands et d'aristocrates, qui cherchaient à répandre l'alarme et à décourager les patriotes, mais leurs efforts n'obtiennent pas le résultat désiré ; un homme d'un certain âge ayant voulu prendre la défense de Duinouriez, on se jeta sur lui pour le plonger dans l'un des bassins du jardin des Tuileries, et l'on eut beaucoup de peine à le conduire au corps-de-gardc; le bruit courait que les commissaires de la Convention, partis pour arrêter Dumouriez, étaient passés avec lui dans le camp des ennemis.
2» La section des Halles a décidé le désarmement de plusieurs particuliers d'un incivisme notoire; on dénonce la présence, à Paris, des ci-devant duc et duchesse d'Aiguillon, celle-ci déguisée en petite ouvrière, allant même au spectacle aux places de 12 sols, la dame Pinard, de leur intimité, a dit à son mari que, s'il n'était pas si patriote, elle lui confierait bien des choses, et que, pour l'empêcher d'être assassiné, elle lui donnerait sous peu une médaille àl'efllgiede Louis Capet.
3» Il existe dans l'enclos de l'Abbaye, rue Childebcrt, une maison dans laquelle 8 religieuses vivent en communauté et où chaque matin, à 4 heures et demie, vient un prêtre non assermenté pour dire la messe.
4» La dame Amaranthe, tenant un jeu dans la Maison Egalité, s'est vantée d'échapper à toute saisie, grâce à ses relations très particulières avec plusieurs officiers de paix, qui la préviendront en temps utile, elle aurait gagné plus de 100,000 écus depuis quelques jours; un certain Lousset, ex-receveur des finances, arrivant d'Angleterre et de Hollande, aurait ponté d'un seul coup 24,000 livres, et tous les assignats étaient faux.
8° Plusieurs propriétaires et principaux locataires inscrivent les noms et qualités de ceux qui logent dans leurs maisons en caractères si menus et les placardent dans des endroits si peu apparents, qu'à peine peut-on les lire ; d'ailleurs, dans différents quartiers, l'on se permet de les déchirer ou d'ajouter à la suite des noms la mention : modérés, ou bien : aristocrates, ce qui pourrait devenir très dangereux, on en conclut que la tenue par les sections de registres analogues à ceux des hôtels garnis serait préférable. Dans la journée de l'avant-veille, l'église de Saint-Jacquesdu-Haul-Pas a été tendue de noir au sujet d'un enterrement contre les principes de l'égalité.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
3, 5 avril 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. N., AF'V 1470.
302. — Extrait de l'ordre du jour de la i,'arde nationale parisienne, portant: l°Que les commandants des postes cl patrouilles laisseront passer librement les députés à la Convention nationale, munis de leurs cartes de député, qui remplacent la carte civique ; 2° que les postes et patrouilles tiendront la main à l'exécution du décret du 3 avril, qui enjoint l'arrestation de tous officiers et soldats revenant des armées, même avec des passeports ou billets d'hôpitaux, et de tout citoyen sans cocarde tricolore, faisant connailre l'état de l'artillerie se trouvant à l'Arsenal, savoir : 2liO canons, tant de 24 que de 10, 12 et 8, sans les 123 canons qui sont déjà dans les sections et à poste fixe; 110,400 boulets de différents calibres, 2,400 bombes et 700 obus, 12,472 gargousses à boulets et mitraille, 19 caissons garnis, 60,000 cartouches, et, tant à Paris qu'à Essonnes et Meaux, dont partie est en route, 03 milliers de poudres, ui)2,8l8 livres pesant de balles de plomb faites, environ 90,000 piques, 112,000 chaussetrappes et des balles ù mitraille, de quoi faire 2,000 gargousses. Avis est donné de l'arrivée prochaine de 9,000 fusils pour les magasins de Narbonne, La Uochelle et Rennes, qui seront déposés provisoirement à la Villette, chez le sieur Simonet, entrepreneur de transports militaires.
Les canons partis, la veille, pour la Vendée, sont arrêtés à Versailles, afin de les faire revenir, si les événements le permettent; on annonce l'envoi de. 68, 000 chausse-trappes pour Douai, Lille et Valencieniies, envoi accompagné d'une division de chevaux d'artillerie de la compagnie Winter. Le général d'Ayat écrit de Fontenay-le-Peuple à Santerre qu'il commence à avoir des forces imposantes pour marcher contre les rebelles, dont 4 ont été guillotinés le 28 mars.
L'n 2* ordre du jour, à 6 heures du soir, fait observer que dans l'ordre d'arrestation de tout militaire, il est sous-enlendu, s'il n'a mission du ministre.
De cette loi sont exceptés les gendarmes qui ont des cartes, savoir ceux à cheval du citoyen Ilémart, ceux des ports du citoyen Louvet, ceux de la cavalerie du
Luxembourg du citoyen Prévôt, ceux des tribunaux du citoyen Du Mesnil, et ceux qui se recrutent, rue Saint-Victor, du citoyen Réaux. Rien n'est encore décidé sur la force à former, le service sera continué comme la veille, on aura soin d'arrêter vers les barrières les soldats qui arriveront sans permission ni congé.
4 avril 1793.
Extrait non signé, A. N., AF'v 1470.
503. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :
1» Autant les esprits ont été échauffés, autant ils sont redevenus calmes et tranquilles, cependant les malveillants ont fait tout leur possible pour soulever le peuple et allumer la guerre civile dans Paris; les instigateurs disaient qu'avant de marcher contre Dumouriez, il fallait massacrer les aristocrates et tous les scélérats enfermés dans les prisons, battre à l'instant la générale, sonner le tocsin et mettre tout en combustion, aussi était-il à craindre que le peuple ne se portât à des extrémités dont les suites auraient été terribles et difficiles à arrêter; heureusement que les suggestions ont paru manifestes, et les nouvelles effrayantes répandues, trop absurdes pour qu'on puisse facilement y ajouter foi, comment se persuader qu'une armée de Français pût seconder les projets d'un général révolté, et, réunie à 30,000 Autrichiens et Prussiens, marcher sur Paris pour y faire couler des flots de sang?
2° On faisait croire qu'un prince étranger avait pénétré au Temple jusqu'à Antoinette et avait reconnu le ci-devant Dauphin pour roi de France, en lui prêtant serment de fidélité au nom de Monsieur et des émigrés.
3° Dumouriez avait rempli Paris de ses affidés, notamment du sieur Thierry, l'un de ses aides-de-camp, que Beurnonville vient de nommer colonel d'un régiment de hussards ; la dame Vauréal, que fréquente le député Osselin, était aussi au nombre de ses agents, d'Eprémesnil, y dînant ledimanche précédent, s'était écrié:
CFIAIMTRE I". — JOURNÉES HISTOIUQUES DE LA RÉVOLUTION
" Malgré Robespierre, Uanlon et Marat, nous aurons un Roi. »
4° L'argent se vend aujourd'liui cent pour cent et un louis d'or vaut jusqu'à 55 livres. On enlève les blés et farines à 20 et 30 lieues, sous prétexte d'approvisionner Paris, les habitants d'un canton, curieux de suivre une voiture, lui ont vu prendre au bout do quelques lieues une route toute différente de celle qu'elle devait parcourir.
ï)' Le secrétaire-greffier de la section du Temple étant entré dans un café des Tuileries avec le sieur Boltot, juge de paix de cette section, fut remarqué par un individu, qui lui dénonça celui-ci comme très suspect et invita le secrétaire-greffier à l'accompagner au Comité de sûreté générale.
C° Certain sieur Chasselou, porteur d'ordres des administrateurs de Police pour arrêter différents voleurs, est convaincu de mettre à contribution les fripons qu'il est chargé de poursuivre, et, voleur lui-même, est muni d'un pouvoir à entête de la Commune de Paris, qui doit être faux.
7° Le 2 avril, une boutique de bijoutier. Maison de l'Egalité, n° 26, fut dévalisée ; le coup fut préparé par une femme qui avait loué un entre-sol au-dessus de ladite boutique, les voleurs pratiquèrent un trou dans le plafond et pénétrèrent ainsi dans la boutique.
8" Dans un hôtel garni de la rue des Marmousets, un domestique, au cours d'une dispute très vive avec son maître, l'assassina, et, de désespoir, se suicida d'un coup de pistolet.
4 avril 1793.
Copie, A. N., VF"' 1470.
504. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale parisienne, par lequel le Commandant général invite ses concitoyens à ne pas donner dans le piège tendu par les malintentionnés, qui insinuent auprès des sections qu'elles doivent se partager les fusils qui doivent arriver à la Villette, il appelle également leur attention sur l'instruction relative au maniment des armes et aux manœuvres,
d'une nécessité absolue, et croit devoir faire observer que ceux qui, par insousiance ou par incivisme, négligent de s'instruire, y seront contraints, cette instruction étant nécessaire à tous pour résister d'une manière invincible et conformément aux droits de l'homme, à l'oppression tant particulière (jue générale.
1.0 Commandant général s'empresse également d'annoncer que, sans cesse, les citoyens de Versailles et de Saint-Cermain admirent les travaux de ceux de Paris, leur vouent un attachement inviolable et fraternel, et leur ofi'renl leurs services pour concourir au salut de la République. Parmi les nouvelles portées à la connaissance des Parisiens figurent l'arrestation d'un espion de Dumouriez, l'attaque très vive contre le général Custine et une affaire où le général Biron, malgré la neige, a obtenu un succès complet et fait plusieurs prisonniers, entre autres deux amenés par le collet par un grenadier. Les oflres de service, le zèle, le courage qui se montrent partout permettent de croire que jamais les tyrans ne pourront ravir aux Français leur liberté, un moyen de contribuer k ce résultat, c'est de maintenir la tranquillilé dans Paris et de se tenir en garde contre les propos que l'on répand ; c'est ainsi que, dans une lettre interceptée, il était question de faire courir le bruit que Dumouriez était arrêté et enfermé à Lille, bruit qui en efTet a été propagé dans les groupes par plusieurs individus déguisés en ouvriers. Il paraîtrait aussi que plusieurs de ces scélérats ont pour marque de ralliement une plume noire surmontée do jaune, comme celle des aides de camp, beaucoup d'autres sont sans cocardes. Les bons citoyens sont invités à surveiller de très près tous ces particuliers, qui paraissent avoir, tantôt une marque de ralliement, tantôt une autre; ils ont aussi quelques cafés attitrés, ofi il est nécessaire que les bons citoyens exercent leur surveillance, môme recommandation pour les barrières.
5 avril 1703.
Extrait non signé, A. A'., AF'^' 1470.
nos. ^ Extrait des rapports et déclarations faits au Bureau de surveillance de
la Police, donnant les indications suivantes :
1° On dit partout qu'il est impossible que le traître Dumouriez ait formé son plan de contre-révolution sans avoir mis dans la confidence une partie de la Convention, l'indignation contre lui est générale, il n'est question que du genre de supplice qu'on lui fera subir, on murmure beaucoup de ce que la majeure partie des députés patriotes sont envoyés dans les départements, ce qui assure le triomphe de l'esprit de parti. Suivant des propos très absurdes, il aurait été question d'élire pour roi des l'rançais le duc d'York en le mariant avec la fille d'Egalité.
2° L'indignation se manifeste également contre les marchands en général, ainsi que contre les riches, que l'on accuse de ne pas vouloir de République, on crie qu'il faut absolument les faire marcher aux frontières.
3° Marat prend dans l'opinion publique un ascendant très marqué, quand il sort de la Convention, il est entouré et suivi d'une foule, qui ne cesse de l'applaudir, quelquefois jusqu'à l'une des portes des .Tuileries.
4° L'emprisonnement de Beurnonville est commenté de diverses façons, les uns disent qu'il était d'intelh'gcnce avec Dumouriez, d'autres doutent du rapport de l'aide de camp, préparé pour indigner diivantnge le peuple contre ce général, qui trouve encore des défenseurs dans des groupes sans doute bien payés; quand ils ont épuisé leur rhétorique en faveur de Dumouriez, ils ont coutume d'ajouter que, depuis que. l'on a renversé la Constitution, l'on n'a eu que des malheurs, et que sans nul doute la Convention n'est composée que de scélérats, qui sont la cause de tous les maux.
5» Des malveillants, selon toute apparence pour discréditer les assignats, ont demandé à plusieurs marchands de leur donner 30 sols en numéraire pour un assignat de K livres, en disant qu'ils n'avaient que faire de ces chiffons de papier.
0° Il s'est dit d.ins f|ueliiues groupes, et l'on a discuté dans plusieurs sections, qu'il faudrait que chaque citoyen fit son ser-
vice en personne, afin de mieux surveiller les ennemis en grand nombre dans cette ville.
7° Aujourd'hui, les groupes et les lieux publics ont été fort tranquilles, l'état de Paris n'a rien d'alarmant, on se console presque de l'émigration de Dumouriez à la tête de 4,000 hommes et de son étatmajor, parce que c'est un bonheur pour la République d'avoir hors de son sein 4,000 traîtres de moins.
8° Le décret qui oblige d'arrêter tous les militaires venant des armées, quoique munis de cartouches, de passeports, etc., cause beaucoup d'embarras aux administrateurs de Police et remplit de soldats la maison de la Mairie d'une manière qui peut devenir dangereuse, par le trop grand nombre de prévenus réunis dans un même endroit, dont il serait facile de forcer la porte.
Cet extrait, ainsi que celui du 4 avril, est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
5, 6 avril 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), A. iV., AF'v 1470.
garde nationale, par lequel le Commandant général ordonne à tous les postes et patrouilles de visiter toutes les voitures de place, roulantes ou arrêtées sur les places et dans les rues, de dt heures du soir à 6 heures du malin, et de conduire chez les commissaires de police celles où l'on trouvera des paquets, et il prescrit d'arrêter aussi tous les porteurs de paquets à pied, à ces heures-là.
Conformément au décret de la veille, il sera levé pour le Nord une armée de 40,200 hommes, savoir : dans les 30 départements voisins de celui où est l'armée, mille hommes pour chacun, et Paris fournira 10,200 hommes, savoir, 2,300 hommes de troupes à cheval, soit 700 hommes de la légion Rosenthal, 700 hommes de celle de Lamothe, 700 hommes de la 3« division de l'Ecole militaire à Péroniie, et 200 hommes de la gendarmerie de Prévôt et Hémart ; 7,900 hommes de troupes à pied, soit 800 hommes de la légion Rosenthal,
600 hommes de gendarmerie à pied, recrues de Paris 1,700 liommes, sections de Paris, 4,800 hommes. D'après le plan proposé par Santerre, ce conlingenl ne devait servir qu'un mois et être renouvelé, les l'I et 31 de chaque mois, les officiers et sousofficiers restant les mêmes; tous ceux qui, après avoir servi un mois comme soldats, voudraient continuer cette carrière, seraient inscrits pour concourir aux places d'officiers, suivant leurs talents et leur civisme, cà condition de subir un examen public; ce mode de service pendant un mois présentant l'avantage de faire passer tout le monde tour à tour, et d'indiquer exactement à chaque citoyen le temps qu'il sera absent de sa famille et de ses affaires, chaque citoyen payerait cette dette avec satisfaction, surtout si le décret qui assure la subsistance des familles reçoit pleine et entière exécution; la composition et la paye seraient celle de la garde nationale, on ne serait fourni que de souliers et l'on n'aurait pas d'uniforme, les citoyens composant cette armée n'auraient jamais plus de 30, 40 à 50 lieues à faire.
D'après une décision prise, les 6,000 fusils se trouvant à Paris, destinés à l'armée du Var, devaient y rester jusqu'à ce qu'on eût examiné s'ils ne seraient pas plus utiles à celle du Nord.
Le Commandant général recommande aux amis de la République de ne pas perdre inutilement une seule cartouche, pas même pour l'exercice à feu, la quantité énorme qu'il en faut ne permettant pas ces exercices, de même les canonniers à l'école de division pourront en user 3 charges, il n'y aura que les volontaires prêts à partir pour l'armée à qui il sera permis de tirer à poudre.
Dans l'armée en préparation aucune femme ne sera admise, pas plus dans les camps que dans les casernes, une juste et nécessaire sévérité sera observée ; l'un des malheurs des armées acluellenient existantes, c'est qu'il y a à la suite une quantité immense de femmes qui, non seulement détournent les soldats de leurs devoirs, mais encore embarrassent les charrois, étant toujours sur les voitures et consommant inutilement les vivres.
Le Commandant général termine par cette exhortation : Union, fraternité et amour de la patrie, et la liberté est sauvée, puis renaîtra le bonheur que le peuple doit attendre et avoir.
6 avril 1793.
Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470.
i)07. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :
1» D'après une déclaration de la section des Tuileries, quelques soldats se seraient vantés d'avoir deux cocardes, l'une nationale, en évidence à leurs chapeaux, et l'autre blanche, cachée sur leur estomac, afin de s'en servir selon les besoins de la cause, on craint que de pareilles dispositions ne soient prises par beaucoup d'individus des sections. Suivant un bruit accrédité, nombre de négociants, de rentiers et de riches propriétaires ont obtenu des billets et des médailles de sauvegarde ou de sûreté, ces médailles portent d'un côté l'effigie de Louis XVI, et de l'autre une devise caractérisant ce tyran comme un martyr.
2" Il existe, dit-on, des lettres écrites par Dumouriez à Brissot, recommandant de tdcher d'envoyer, en qualité de commissaires dans la Belgique, Robespierre et Marat, parce que c'est le seul moyen de s'en défaire.
3" La veille, sur la terrasse de la Convention, un individu, par des discours oratoires et bien faits, engageait les citoyens à la plus exacte surveillance, à dénoncer tous ceux qui auraient des principes contraires à la Révolution et qui auraient l'air de prendre le parti et de pallier les crimes du traître Dumouriez, à les arrêter sur le champ et les conduire à la section la plus voisine, pour s'enquérir de leur civisme.
4» On a fait circuler le bruit que Dumouriez a été tué en traversant une rivière à la nage, le vœu général est de voir renouvelé complètement l'état-major des armées et de ne le composer que de bons républicains, de vrais saiis-culoltes ; le public s'intéresse peu à Beurnonville, on dit dans presque tous les groupes que c'est un chevalier du poignard, et que ce
ne serait pas une grande perte s'il eût été tué.
5° L'ancien curé de Sainl-Sulpice, très connu par son incivisme, se cache, paraîl-il, dans une maison, rue de La Harpe, prés de la place Saint-Michel.
ti° On commence à murmurer conlre le Tribunal révolutionnaire, qui, depuis son nstallation, n'a encore rendu aucun jugement, tandis qu'il y a tant de criminels
juger, on craint qu'il ne devienne illusoire comme celui d'Orléans.
7° Après de grands débals, au sujet de a dénomination à donner au nouveau Comité qu'elle va établir, la section de Beaurepaire a rejeté celle de révolutionnaire et préfère celle de Comité de surveillance.
8» Les garçons boulangers se coalisent depuis deux jours, pour faire la loi aux citoyens chez lesquels ils sont occupés, et les mettre à contribution, menaçant de ne plus travailler, il est urgent que l'administration de Police s'occupe de cet objet.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil exécutif.
0 avril 1793.
Extrait et original signé (2 pièces), .A. ]V., AF'V 1470.
508. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale : 1° portant à la connaissance des citoyens deux lettres du citoyen Saint-Fief, du 0 avril, qui prévient le Commandant général des expériences sur une nouvelle poudre de guerre qui se feront, mardi prochain, à l'Arsenal, pour que l'on ne soit pas surpris ni inquiet de la détonation, et qui demande que les ouvriers des sections, chargés par adjudication de construire des afl'ùts de bataille du calibre de 12 et de 8, accélèrent leur travail, annonçant en môme temps la remise à la fonderie du Faubourg Saint-Antoine de 13 pièces de canons de calibres irréguliers, et le départ d'un convoi de 12 caissons chargés de boulets pour l'armée du général Berruyer.
2° Le Commandant général fait connaître qu'enfin, l'armée est délivrée du traître et ralliée, mais que rien n'est encore décidé pour le mode de recrute-
ment ou pour le mode de ralliement, il critique les entraves apportées par les Comités de la Convention, qui lui ont déjà fait perdre 4 jours, priant ses concitoyens de considérer plutôt ses intentions que ses actions, et déclare que s'il se trouvait encore des circonstances aussi pressantes, autorisé indirectement comme il l'a été par la Convention, il requerrait, agirait et ferait en sorte qu'on ne le promène pas, comme on le fait depuis 4 jours; le peuple et la Convention, comptant sur tout son zèle, ne verront en lui, s'il ne prend pas ce parti, que des fautes qui sont des crimes, et le peuple aura raison de le comparer à Dumouriez, mais il ne négligeia rien pour l'organisation des moyens de défense nécessaires, néanmoins, les modérés des sections, qui sont formalistes, ne manqueront pas de dire (et Iç peuple aété assez trompé pour le croire) que, puisque jusqu'à présent les patriotes n'ont rencontré que des traîtres, c'est à son tour de les trahir. « Cette crainte, s'écrie Sanlerre, ne me découragera pas, elle est inséparable des hommes en évidence, parvenu sans intrigue, né dans le tiers état et n'en étant jamais sorti, sans-culotte toute ma vie, ainsi que toute ma famille, 40 ans de vie sans reproche, ayant femme et enfants, que j'ai élevés moi-même, ayant été par mon commerce au-dessus du besoin, sans ambition ni orgueil, voilà mon titre, voilà ma défense ».
3" D'après un résumé des rapports de la garde nationale, le feu a pris, la veille, à M heures du soir, à l'hôtel du ministre de la justice, la garde y est accourue aussitôt; les prisonniers casernes au Faubourg du Temple ayant voulu se révolter contre la garde, on y a envoyé du renfort et le calme s'est rétabli ; toujours beaucoup d'arrestations de militaires et d'autres particuliers, les uns envoyés à la Mairie, d'autres dans les sections et d'autres en
prison.
7 avril 1703.
Extrait non signe, A. N., AF'v 1470.
309. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, signalant les faits suivants :
1° La dame Vauréal, qui correspondait
€ivec Dunioui'iez, et le sieur d'Epréinesnil ont été arrêtés l'avant-vcille et conduits au Comité de sûreté générale, qui les a gardés de minuit à 4 heures du matin et les a renvoyés absous, mais, dès leur arrestation, ils avaient fait prévenir le député Osselin, l'un des commensaux de la maison Vauréalt
2° Le général Custine commence à être suspect, considéré comme traître par les uns, d'autres soutenant qu'il est calomnié. Le ci devant duc d'Orléans a singulièrement perdu dans l'esprit public, maintenant on croit beaucoup plus volontiers qu'autrefois qu'il n'a contribué à renverser la royauté que dans son propre intérêt, depuis son arrestation larislocratic parait déconcertée.
3° Au milieu des différents partis qui occasionnent de l'agitation, Paris est parfaitement tranquille, cependant les grandes mesures qui viennent d'être prises rassurent à peine le peuple, d'autant plus que les prêtres et les aristocrates, qui espéreront triompher jusqu'au dernier moment de leur destruction, se flattent encore de quelques succès prochains et, afin d'en accélérer l'époque, répandent le bruit que, malgré les moyens employés par les Jacobins pour faire lever le peuple, celui-ci montre assez qu'il est las d'une guerre, qui opprime le pauvre pour favoriser l'ambition du riche. C'est en faveur de ce dernier que les lois sont faites, exemple les décrets sur les passeports des ci-devant nobles; des émigrés, entre autres M. de Ségur, trouvent le moyen de quitter Paris et d'obtenir à prix d'or, des municipalités de leurs campagnes, de faux certificats de résidence, où ils se font encore qualifier d'excellents citoyens, mais leurs efforts sont en pure perte, la République s'affermira de plus en plus.
4° D'après les nouvelles de Baycux, les Anglais auraient fait une tentative de débarquement, promplement repoussée.
5" Un patriote aussi bizarre que zélé, qui tient à la J'ois un bureau d'écrivain public, un cabinet d'avocat et un musée d'auteur, rue Saint-Honoré, près des Petites-Ecuries, annonce en outre l'ouverture d'un cours de motions.
6° Certains particuliers vendent à la Bourse de l'or et de l'argent en lingots, sous prétexte que ces matières sont reconnues marchandises, mais ce commerce est abusif et en quelque sorte autorise les voleurs.
7° Un abus d'un autre genre, non moins repréhensible, c'est le droit que s'arrogent les receveurs des impositions de fermer leurs bureaux à 2 heures, parfois à l heure, souvent même ils ne reviennent plus dans l'après-dînée ; on fait observer à cet égard, qu'un fonctionnaire salarié par la nation doit être toute la journée à son poste, est-il juste qu'un contribuable perde un temps précieux à aller et venir, lorsqu'il apporte son argent au Trésor national?
8° Une descente de police effectuée dans la nuit, Maison de l'Egalité, n° 50, dans un jeu prohibé, n'a produit aucun résultat, en raison, disent les préposés de la Police, de la connivence des trois officiers de paix, chargés de cette opération, avec le banquier du jeu, la force armée ne s'étant point rendue directement à l'endroit désigné, mais s'étant promenée dans le jardin de l'Egalité, ce qui a permis d'avertir les intéressés; au rapport des agents de la Police, les banquiers de biribi, depuis que les officiers de paix sont chargés des saisies, déclarent qu'ils ne craignent plus les visites de police et sont sûrs de n'être point saisis.
9° Peu s'en est fallu, le samedi C, que le pain n'ait manqué chez beaucoup de boulangers. Le prix de la viande occasionnede fréquents murmures; onaltribue cette augmentation aux riclies qui voudraient que la viande devint si chère que le pauvre ne pût s'en procurer, et que ce fût l'occasion d'un soulèvement dont ils croient pouvoir profiter.
10° La veilleau soir,entre9 et tOheures, le feu a pris chez le ministre de la justice par une lumière négligée qui a enflammé des papiers, ce qui a causé la perte de plusieurs pièces précieuses.
H° Dans la même nuit, un volontaire de l'armée de Dumouricz, malade et sans moyens de se procurer un asile, s'est présenté au poste de la section de la Butledes-Moulins, il a été amené au Comité
I;ESPRIT public \ paris de janvier a juin 1793
permanent, qui l'a fait conduire à la Mairie.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil
exécutif.
7,8 aviilt793.
Copie et original signé [1 pièces), A. N., AF'v 1470.
IJIO. — Lettre de Clément, secrétaire de l'Elat-majorde la garde nationale, au Conseil exécutif, déclarant qu'il n'y a rien d'extraordinaire à l'ordre du jour ni dans les rapports, sauf la levée du cadavre d'une vieille femme, qu'on a trouvée fendue en deux, au coin de la rue du Hurepoix, sur le quai de la Vallée, annonçant qu'on se plaint, dans plusieurs sections, de ce que les marchands de vin et limonadiers gardent du monde chez eux passé minuit et qu'ils insultent souvent même les patrouilles, que la section de la Buttedes-Moulins a fourni 20 hommes à deux de ses commissaires pour une expédition secrète, que des individus sans cartes civiques, arrêtés dans la section desQuatre- Nations, ont été relâchés, parce que le commissaire de police n'était pas chez lui.
8 avril 1793.
Original signé, A. N., AF'^ 1470.
511. — Extrait des rapports et déclaralions faits au Bureau de surveillance de la Police, contenant les renseignements suivants :
1° La plus grande tranquillité a régné, la veille, dans tous les lieux publics, le peuple a la sagesse de ne manifester son mécontentement que par des discours ; il se plaint qu'on n'envoie des troupes qu'à la dernière extrémité et qu'on les met aussitôt dans des postes périlleux où elles sont écrasées, et de ce qu'on laisse aux jeunes gens riches la faculté de se faire remplacer, cause de désorganisation. On murmure également de l'impunité dont jouissent les citoyens placés dans les ministères, les administrations et à la tûte des armées, qui en sont quittes pour donner leurs démissions, quand leurs malversations et trahisons sont connues, de même ceux qui sont traduits à la barre de la Convention, qui sont assurés do l'impunité.
2° Le général Custine commence à être rangé parmi les traîtres, il écrivait, il y a quinze jours, qu'il avait suffisamment de troupes et de cavalerie, et qu'il s'était fortifié de manière inexpugnable, aujourd'hui il est, dit-il, dépourvu de tout, et donne sa démission. Pour obvier à tant de malheurs, on observe qu'il faut, plus que jamais, se tenir en garde contre les nouveaux projets des Brissot, des Roland.
3° Dans tous les groupes, Marat est porté aux nues, tout en le comblant d'éloges, on dit qu'à tout prix il importe au salut de la République que la Convention chasse de son sein tous les Brissotins, les Rolandistes, qu'il faut rapporter le décret déclarant le numéraire marchandise, et que si la Convention refuse toujours d'avoir égard au vœu général, il n'y a qu'à assommer les marchands d'argent.
4° Le maréchal de Mouchy est venu à Paris, il y a quatre jours, avec sa bellefille, la duchesse de Duras, dans l'espoir d'une contre-révolution, mais, voyant la trahison reconnue et déjouée, ils sont repartis en toute hâte, après avoir renvoyé leurs domestiques patriotes.
5° Plusieurs colporteurs criaient hier sur la terrasse de la Convention : Lettre de l'Egalité aux départements de la Itépiiblùpie, par laquelle il demande à être Roi. Ces colporteurs hués par la foule furent obligés de prendre la fuite.
6» Le dimanche précédent, il y avait aux barrières des Faubourgs Sain t-Marlin, Saint- Denis et du Temple une garde nombreuse qui empêchait de sortir, mais, les petites barrières des côtés élant libres, ceux qui avaient été refusés à une barrière se présentaient à une autre et venaient ensuite narguer la garde qui s'était opposée à leur passage, de telle sorte que plusieurs des volontaires, indignés de se voir inutiles, quitlèrent leurs postes.
7» La section de la Maison Commune vient de décider que toutes personnes, pourvues de grades militaires ou de places (|uelconques, dont le civisme serait jugé suspect, seraient soumises à un scrutin épuratoire, de plus, qu'aucun certificat de civisme ne serait délivré sans être accom-
pagné du signalement, en raison de la bassesse de particuliers qui demandent des cerlitirals pour les vendre.
8° La viande étant très chère et le prix augmentant toujours, le peuple crie, se désespère et menace les bouchers.
9° La loi qui enjoint aux propriétaires et principaux locataires d'afficher aux portes des maisons les noms des habitants ne s'exécute point avec exactitude, à peine voit-on des affiches sur le quart des maisons. On prétend qu'il se fait de faux certificats de résidence par des témoins gagnés dans la section du Mail.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil
exécutif.
8,9 avril 1793.
Copie et original signé (2 pièces), A. N., AFiv 1470.
H12. — Extrait de l'ordre du jour de la garde nationale, portant que, le jeudi suivant, 12 caissons devaient partir de l'Arsenal pour l'armée de Berruyer, et incessamment loO sabres pour le 2C« régiment de cavalerie à Valenciennes, en outre des chariots vides pour Rouen, afin de rapporter dos munitions, annonçant, au sujet de la demande de canons pour compléter ceux des sections, que la fonderie qui fonctionne présentement ne peut souflrir aucune interruption dans les travaux dont elle est chargée pour la défense générale. Le commandant Santerre espère que, dans la journée, il aura le décret qu'il poursuit depuis huit jours et il le transmettra le lendemain à ses concitoyens ; il recommande la même exactitude dans le service, ce qui maintient Paris, le modèle et le point de ralliement de tout, « car, ajoute-t-il, Arnold Dumouriez aurait bien voulu qu'on •violât la Convention, pour servir ses scélérats projets ». Le Commandant général recommande, au nom de la patrie, de pousser l'inslruclion ; les citoyens adjudants, avec de l'ej^actitude, peuvent se rendre très utiles.
9 avril 1793.
Extrait non signé, A. N., AF'^' 1470.
garde nationale, prescrivant aux adjudants
des sections de lire et d'afficher dans les corps de garde deux décrets de la Convention relatifs aux soldats de l'armée do la Belgique, qui ont quitté leurs drapeaux, et annonçant la prochaine distribution de canons dans les sections, la difficulté est que certaines sections ne pourront pas remiser les grosses pièces, en outre, chaque section va recevoir son complément de deux pièces de 4.
En ce qui concerne la mise à exécution du déCBet de la Convention, rendu il y a 4 jours pour le doublement de la garde du Temple, le local ne le permettant pas et beaucoup de sections n'ayant pas assez de fusils, le Commandant général a cru devoir envoyer au Temple 2:i hommes de la légion Rosenthal, sous les ordres du chef de légion, parce qu'ils sont bien armés et bien disciplinés, que, d'ailleurs, ils ont fait aux barrières, à la réserve, aux expédilions extérieures, un service palriotiquement exécuté et approuvé.
Plusieurs citoyens ayant réclan)é, en se basant sur ce que la garde du Temple no devait être confiée qu'aux citoyens non soldés, le Commandant général a fait part do ces réclamations à la Commune, afin qu'elle avise aux moyens de procurer un local permettant le doublement de cette garde, qui est cependant déjà de 300 hommes, et de lui donner ses ordres au sujet de l'emploi des hommes de la légion Rosenthal, pour qu'il les relire sur-le-champ, si cela ne lui convient pas, ou si cela contrecarre en quelque chose les bonnes intentions des citoyens. Le Commandant général les ayant employés même à la conduite de Louis Capet, n'a pas eu l'intonlion de nuire au bien général. 11 a recommandé, et ne saurait assez le répéter, qu'il recevra toujours les avis do ses concitoyens, dont il a besoin plus (jue jamais, pour l'avantage de la République.
10 avHl 1793.
Extrait non si,i;né, A. A'., AF'^ 1470.
514. — Extrait des rapports et déclarations reçus au Bureau de surveillance de la Police, relatant les faits suivants :
1» La prise du camp de Maulde jette
dans la consleriiatiou tous les patriotes et fait crier de nouveau à la trahison.
2° On ne cesse de répéter que c'est une injustice inouïe d'envoyer à Marseille la famille des Bourbons, surtout le citoyen Egalité et sa sœur, qui ont toujours fait beaucoup de bien aux pauvres ; au surplus les bons patriotes pourraient bien s'opposer à leur translation, d'autant qu'il est prudent de conserver à Paris ces otages.
3° On s'entretient avec chaleur de la vente du numéraire, et l'on va jusqu'à dire que la République est perdue, si la Convention ne rapporte pas le décret qui déclare l'argent marchandise.
4" Le public soutenait hier sur la terrasse de la Convention que, pour avoir une cavalerie formidable, chaque municipalité, ou chaque maître de poste, n'avait qu'à fournir un homme et un cheval.
!)" Un patriote très connu a dit, il y a 2 jours, au citoyen Lebrun, ministre des affaires étrangères : Vous êtes un mannequin ou un scélérat.
6' Le citoyen Santerre perd beaucoup dans l'estime de ses concitoyens du Faubourg Saint-Antoine. On prétend l'avoir vu sortir plusieurs fois, k 4 heures du matin, de chez le citoyen Egalité. On lui reproche de fréquenter un grand nombre de femmes aristocrates et des joueurs, de recevoir à sa table un nommé Huguenin, homme suspecté d'abus de confiance, qui aurait dépecé à son profil plusieurs ornements en broderie d'or et d'argent, et de mener un train au-dessus de son étal. Il vient en dernier lieu de louer un appartement de 6,000 livres par année.
T Les affiches à la porte des maisons occasionnent toujours beaucoup de plaintes ; on prétend qu'il se commet bien plus de vols et d'assassinats depuis qu'un décret a prescrit cette mesure, et l'on estime que l'envoi d'un tableau circonstancié, à chaque mutation de locataire, sérail suffisant. 8" Plusieurs boulangers ont fermé leurs boutiques, un dans la rue Saint-Bon et deux autres rue Mouffetard; ils ont le front d'alléguer que la Municipalité ne leur paye point les indemnités qu'elle leur a promises.
9° L'Iiûpital de la Salpètrière est on ne peut plus mal tenu, surtout pour ce qui concerne les bonnes mœurs. Le liberlinage y est poussé à un point étonnant. L'économe ne peut contenir les femmes et les filles qui l'habitent, son autorité y est méconnue. Les canonniers des environs, entre autres, y viennent faire des orgies, et la garde est souvent insuffisante pour les faire retirer à l'heure où les portes doivent être fermées.
Cet extrait est accompagné d'une lettre d'envoi du maire de Paris au Conseil
exécutif.