CHAPITRE I
rue des Blancs-Manteaux, qui, non content de garder ses portes closes, ne cesse de tenir des propos très inciviques, en présence du commissaire de la section et et de la garde, qui s'en amusent. Certains boulangers font deux sortes de pains, qu'ils séparent sur une table, et ne délivrent le beau qu'à leurs pratiques ou à ceux dont l'opinion leur plaît.
2° Roubaud signale à l'attention le neveu du représentant Pressavin , un certain Teillard, ancien greffier de la con)mune de Lyon, réfugié à Paris, et qui ne cesse de tenir des propos inciviques.
3° Le républicain Chaumette, procureur syndic de la Commune, a tonné à l'Assemblée générale contre les Comités de la Convention, surtout celui des marchés, au sujet de la fabrication des habits d'hiver pour les volontaires, et a déclaré que la portion du Marais qui siège encore à la Convention corrompt les Comités, et que cela existera, tant qu'il y aura des nobles et des prêtres.
4° Les groupes des Tuileries se plaignaient avec énergie de l'aristocratie de tous les marchands de comestibles, qu'il fallait assommer, puisque la Convention ne pouvait y remédier.
5» L'ancien hôtel de Livry, rue Neuvedes-Petits-Champs, recèle un jeu de 31, qui se donne dans la nuit, après le souper servi par un restaurateur de la même maison, on y perd des sommes considérables et on y entre avec des billets d'invitation, distribués par les maîtres du tripot.
6° Les préposés de la Police, observe Roubaud, devraient s'acquitter de leurs fonctions avec moins d'appareil ou de scandale, surtout dans les promenoirs publics, ils frappaient hier sur les tables d'un café, près du Théâtre de la Moiitansier, pour se faire servir, et causaient un rassemblement.
14 septembre 1793.
Originaux signés (2 pièces), A. JV., F'3688».
1308. — Observations du citoyen Rolin, aux termes desquelles il donne les renseignements qu'il a pu recueillir sur le jeune Anglais qui réside comme pensionnaire à
la. ci-devant Charité de Saint-Maurice, où il aurait été placé par ses parents comme dissipateur; cet Anglais serait non-seulement en relations avec l'Angleterre, mais môme avec la Cour de ce pays ; Rolin renvoie, pour plus amples renseignements, au sieur Montaulieu, charpentier aux Carrières de Charenton, et dit qu'il serait essentiel de se saisir nuitamment de cet Anglais et de mettre les scellés sur ses papiers.
Les ci-devant Frères de la Charité, grâce aux profits de la maison de Saint- Maurice, où ils ont beaucoup de pensionnaires, ont faitl'acquisitiori d'une superbe maison à Villejuif.
Rolin dénonce encore un agent du Pape, très aristocrate, qui aurait fait transporter dans une maison bourgeoise du pays, où il vient de temps à autre, une quantité prodigieuse de papiers dont on ignore la nature.
Il signale l'engorgement de la rivière par des monticules de sable, depuis la Râpée jusqu'au pont de Charenton, et trouve qu'on devrait profiler des basses eaux pour y mettre 100 ou ISO ouvriers à l'effet de dégager le lit de la rivière, de crainte d'accidents,
14 septembre 1793.
Original non signé, A. N.,F'' 3688^
1309. — Rapport de l'observateur Soulet, signalant un certain Mouras, ex-médecin de l'armée des Alpes, destitué par les représentants du peuple, demeurant actuellement quai Voltaire, n" 10, qui, paraît-il, avait été chargé par Roland de distribuer des assignais aux citoyens de Chambéry pour les Rolandiser, et a été dénoncé par Albitte aux Jacobins.
L'on a toujours beaucoup de peine à se procurer du pain ; les marchands d'argent ne s'étant pas présentés à la Maison d'Egalité, les muscadins y ont été froltés.
Un ex-député de l'Isère à l'Assemblée législative, Danthon, l'un des plus mauvais de cette Assemblée, s'étant sauvé de Vienne, son pays, est venu se réfugier à Neuilly et vient de temps en temps à Paris.
14 septembre 1793.
Original signé, A. N., V SGSS^.
1310. — Rapport de l'observateur Rousseville : faisant connaître qu'au Bourget les citoyens Cliarlemagne, père et fils, épiciers et marchands de fers, ont déclaré à la municipalité la nature de leurs marchandises, sans en marquer la quantité, ont refusé de mettre sur leurs portes l'affiche exigée par la loi, et ont trop d'influence dans le village, pour que la municipalité ose exécuter cette loi contre eux ; 2° rendant compte de la séance des Jacobins, où a eu lieu une discussion intéressante sur le décret du 7, qui déclare acquises à la Nation les richesses possédées par les étrangers en France, et, à l'occasion de la pétition que doit faire la Société pour le maintien de ce décret, qui a été rapporté par l'intrigue des agents de change et de quelques députés gagnés à leurs intérêts, c'est en vain que Chabot a voulu justifier le retrait du décret par les intérêts du commerce de la France avec l'Angleterre et la crainte de représailles.
14 septembre 1793.
Original non signé, A. N., F' 3688^.
1311. — Rapport de l'observateur Rousseville, signalant les faits suivants :
1» La difficulté de se procurer du pain n'a excité aucuns murmures dans le peuple contre la Révolution, on disait seulement que c'était encore une manœuvre des riches pour empêcher le rétablissement du décret du 7.
2° La pétition des Jacobins a été faite par Lullier, à 1 heure après midi, aux applaudissements universels, et a reçu un accueil favorable du président.
3° D'après plusieurs patriotes dignes de foi, l'on avait découvert, au Palais de l'Egalité, trois caves remplies de gros sols à face royale, qu'on devrait convertir en canons.
4° Les groupes des Tuileries, assez nombreux malgré le mauvais temps, s'échauffaient en discutant sur un prétendu désarmement général des citoyens. Rousseville rappelle à ce sujet ce qu'il avait dit lors de la formation de l'armée révolutionnaire : qu'il espérait bien qu'on continuerait à désarmer les mauvais citoyens au profit des
amis de la Révolution ; les motionnaires ont ensuite parlé de nos victoires.
5° Au Palais ci-devant Marchand , le Tribunal révolutionnaire s'est occupé d'un commissaire du pouvoir exécutif, officier de paix à Paris, qui, envoyé dans le département de l'Eure, y a tenu le langage des fédéralistes, même dans des écrits qu'il a rendus publics à son retourà Paris;
6° La place de la Maison-Commune, les ponts et les quais n'offraient rien d'intéressant, rien qui pût compromettre l'ordre public.
7" Ce matin, 15, le pain est encore rare à la porte des boulangers, et la foule s'y porte plus que la veille.
8° Les conducteurs des voitures publiques pour SaintCloud se disputent avec les charretiers au sujet du passage le long du mur du jardin des Tuileries; on vient de convenir que les chariots passeraient le long du mur qui borde la rivière, mais des rixes sont à prévoir.
9° Rousseville parle de la recherche qu'il a faite d'un bon prêtre, ironiquement parlant, semblable à ceux qui forcent les enfants à égorger leurs pères dans la Vendée, dont il n'a pu découvrir la retraite.