‹ Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la révolution française (volume 4)Chapitre 8 sur 97 · L. P. DuFouRNY, président · texte numérisé non relu

L. P. DuFouRNY, président

Du reste, ce même jour, Barère, dans son rapport présenté à la Convention au nom du Comité de salut public, proclama que le véritable Comité révolutionnaire était la Convention, une et indivisible comme la République, et que tous les Comités extraordinaires, autres que ceux de surveillance établis contre les étrangers et les Comités de salut public, devaient disparaître.

Ainsi prit fin le Comité central révolutionnaire qui prépara et dirigea avec un esprit de suite vraiment remarquable le mouvement du 31 mai; mais la cessation de ses fonctions ne fut que momentanée, il ne larda pas à revivre sous un aulre nom, celui de Comité de Salut public du Département de Paris, comité dont la création fut décidée dans l'Assemblée générale des commissaires des autorités constituées du Département et des sections de Paris, réunis aux Jacobins le 8 juin 1793. D'après le programme arrêté dans cette Assemblée générale, le Comité en question devait : 1° communiquer avec les Comités de salut public et de surveillance de la Convention nationale pour les grandes mesures qui embrasseraient l'état général de la République ; 2° prendre des informations exactes sur les sentiments républicains des sections et des communes du Département de Paris ; 3* entretenir une corespondance suivie avec les Comités de salut public de tous les départements, pour être instruit par ce moyen de leur situation politique et de l'esprit y régnant; 4° se concerter avec les autorités constituées pour agir méthodiquement et réprimer sans mouvement convulsif les intrigues aristocratiques; S° connaître par ses rapports avec les Comités de surveillance des sections et des communes les perturbateurs et gens suspects et les signaler au Département de Police; 6° s'instruire soigneusement de la quantité d'hommes armés disponibles dans le département de Paris ; 7° se renseigner exactement sur la quantité des vivres et des munitions de guerre, sur leur état et leur nature; 8° surveiller et accélérer l'organisation de l'armée révolutionnaire. Le Comité de salut public du Département de Paris devait se renouveler par tiers; il établit son siège au collège des Quatre-Nations. Nous retrouvons parmi ses membres la plupart de ceux qui faisaient partie du Comité central révolutionnaire, notamment Loys, de la section de la Butte-des-Moulins; Tell-Clémence, de la section

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de Bon-Conseil; Fournerot, de la section des Qiiinze-Vingls; Marchand, de la section du Mont-Blanc; Génois, de la section des Amis de la Patrie; Marquet, de la section de Bonne-Nouvelle; Mocssard, de la section du Mail; AVendIing, de la section de lu Ilalle-au-Blé. Le premier président du nouveau Comité, élu le 8 juin, fut Marquet, qui avait également occupé la présidence au Comité central révolutionnaire. Pour bien marquer le lien qui le rattachait au Comité insurrectionnel, le Comité de salut public du Département de Paris adopta comme sceau un cachet de forme ovale, portant pour emblème un serpent expirant, au-dessus duquel se lisaient ces mots : Comité de salut public, et, dans le bas : Révolution du 31 mai, et, en exergue : Département de Paris. L'un des premiers actes du nouveau Comilc fut d'adjoindre à Varlet et Dunouy, qui devaient s'occuper de la rédaction de l'acte énonciatif des complots des députés détenus, les citoyens Peyre et Loys, celui-ci spécialement chargé de la recherche et de l'analyse des lettres. Le Comité continua également les pouvoirs attribués à la Commission d'inspection dos Postes par le Comité central révolutionnaire.

Le 43 juin seulement, la Convention, en présence des attaques passionnées des députés Girondins restés libres, mise en demeure par Danton de s'expliquer catégoriquement au sujet des journées des 31 mai et \" juin et d'en prendre la responsabilité, plutôt que de paraître avoir agi sous la pression des événements, rendit, sur la proposition deCoulhon, un décret déclarant et proclamant que, dans les journées des 31 mai, {"' et 2 juin, les citoyens de Paris avaient puissamment concouru à sauver la liberté et à maintenir l'unité et l'indivisibilité de la République. A partir de ce moment jusqu'au 9 thermidor, les journées des 31 mai et 2 juin furent officiellement consacrées comme journées nationales ; le décret du 28 floréal an II les mit au rang des fêtes célébrées chaque année par la République, au même litre que le 14 juillet 1789, le 10 août 1792 et le 21 janvier 1793. Lorsque le décret du 18 frimaire an III fit rentrer à la Convention les survivants des Girondins, c'est-à-dire les 73 députés mis en état d'arrestation de juin à octobre 1793, et lorsque un autre décret du 19 ventôse eût rapporté celui pnr lequel la Convention avait jadis institué une fêle commémorative de ces journées, en ordonnant une enquête sur la conduite des chefs et auteurs de cette Révolution, l'on vit se produire au sein des sections de Paris un mouvement très prononcé de protestation contre l'insurrection du 31 mai, qui se traduisit par la présentation à la Convention, du 20 au 21 ventôse, de nombre d'adresses dont les auteurs désavouèrent ces journées, autrefois jugées si admirables, que l'on qualifia d'affreuses, de désastreuses, d'épouvantables. Rien n'est plus curieux que d'assister à la volte-face de certaines sections, autrefois très

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montagnardes, qni lors du 31 mai avaienl délégué plusieurs de leurs membres audomilé conlral révolutionnaire et qui ensuite s'empressèrent de réclamer un châtiment exemplaire pour les auteurs et instigateurs des journées du 31 mai et du 2 juin. De ce nombre est la section du Mont-Blanc : celle-ci félicita la Convention du retour dans son sein des honorables et malheureuses victimes des 31 mai et 2 juin, elle désavoua formellement ces aifrouses journées qui n'avaient été que l'ouvrage des factieux, des Pache et autres conspirateurs, poussant à la barre de la Convention des attroupements séditieux pour lui arracher la proscription des représentants fidèles et courageux ; tel avait été l'ouvrage de ces tigres altérés de sang, provocateurs ou instruments des massacres de septembre, qui peu de temps avant le 31 mai, avaient froidement délibéré à la Mairie eu présence du Maire sur l'assassinat de 22 représentants. Cette section repentante ne se fit pas faute de dénoncer ses anciens délégués, Marchand, déjà arrêté, et Auvray, ex-commandant de bataillon, encore libre, tous deux membres du Comité d'insurrection établi à la Mairie pour l'exécution de ces désastreuses journées. Une autre section, celle de l'Unité, qui avait envoyé Milhois et Rousselin à ce même Comité, était la même section qui, dans un rapport sur les différentes délibérations qu'elle avait prises à cette époque, mettant en évidence les crimes de la municipalité de Paris, des Jacobins d'alors et de tous leurs complices, déclarait que le peuple de Paris, trompé par ses oppresseurs, ne laisserait plus se reproduire ces affreuses journées qui avaient plongé la République dans le deuil, où l'on avait vu une partie du peuple, servir, sans s'en douter et aveuglement, la révolte de la municipalité de Paris et des Jacobins contre la représentation du peuple souverain. La section de la Fontaine de Grenelle, qui comptait un délégué (Laugier) au Comité central révolutionnaire, ne manqua pas do désavouer les funestes journées des 31 mai et 2 juin, où, disait-elle, d'audacieux et perfides magistrats conduisirent la force armée jusqu'aux portes de l'enceinte où siégeait la représentation nationale, et elle assura que la Convention n'avait plus à craindre le retour de pareilles violences.

Si les sections qui avaient participé à l'insurrection du 31 mai par l'envoi de leurs délégués, repoussèrent toute complicité avec les factieux, à plus forte raison celles qui à ce moment-là s'étaient abstenues et n'avaient pris aucune part à l'insurrection désavouèrent-elles les auteurs de ce mouvement.

Ainsi la section du Bonnet de la Liberté protesta contre l'attentat effréné commis au préjudice de l'intégrité de la représentation nationale par ceux qui, abusant du nom de la Commune, provoquèrent le rassem-

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blemenl inconscient des Parisiens, et elle demanda la punition des auteurs et des complices de la conjuration du 31 mai, sans plus épargner le chef de la Municipalité que le président du Directoire du Département pour leur parlicipation à la RévoluLion.

La section dos Gardes-Françaises décida, le 20 ventôse, qu'elle se rendrait le lendemain en masse à la Convention pour proclamer qu'elle n'avait pris aucune part à la journée du 31 mai, que des conspirateurs avaient osé présenior comme le vœu de la majorité dos liabilanls de Paris. 11 serait facile de multiplier les exemples do ce mouvement de réaction qui se produisit en l'an III et qui amena l'arrestation des Varlet, des Marchand, des Clémence et autres Montagnards, qui, après avoir été des instruments de terreur et de proscription, devinrent suspects à leur tour et connurent les angoisses de la captivité dans les prisons de la Force, du Plessis et de la Bourbe, où ils avaient envoyé tant de partisans de la Gironde.

ALEXANDRE TUETEY

14 Juillet 1910.

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Quoique, à raison de la faveur marquée avec laquelle Chaumette accueillit le Comité insurrectionnel de l'Évêché, lors du 1" avril, le procureur de la Commune passe pour être l'un des auteurs des journées des 31 mai et 2 juin, néanmoins M. Braesch, dans son introduction aux Papiers de Chaumette, p. 74, déclare qu'au moment décisif Chaumette eut une attitude assez peu honorable, lui qui avait jusqu'alors marché à fond contre la Gironde, et il ajoute, à propos de ses Mémoires sur la révolution du 31 mai, p. 101, que Chaumette joua un rôle des plus effacés, et qu'en réalité il semble que sa conduite, dans ces circonstances critiques, ait été des plus prudentes. Nous n'avions rencontré au cours de nos recherches aucun document qui put nous fixer sur ce point, el, ne pouvant, ni infirmer, ni confirmer cette assertion, nous nous étions abstenus de porter un jugement, mais nous avons découvert depuis le témoignage important de l'un des membres les plus actifs du Comité central révolutionnaire, Marchand, qui, lors du procès de Chaumette, écrivit à Fouquier-Tinville, la lettre suivante, laquelle ne peut laisser subsister aucun doute sur la nature de la participation de Chaumette aux événements du 31 mai.

Comité de surveillance du Département de Paris.

Marchand à l'accusateur public près le Tribunal révolutionnaire.

Frère et ami,

Obligé de partir à l'instant pour l'approvisionnement it'Orléans, Je crois de mon devoir de déclarer :

Que, comme membre du Comité central révolutionnaire au 31 mai, j'ai vu Cliaumette faire tous ses efTorts pour entraver cette révolution glorieuse, dénoncer à cbaque instant toutes les mesures que le salut public exigeait, crier, pleurer, s'arracher les cheveux et faire les plus violents efforts pour persuader que le Comité central opérait la contrerévolution. Sa conduite était telle qu'on l'eût pris dans des moments pour un furieux.

Chaumette, au moment où chargé par le Comité central révolutionnaire de rendre compte au Conseil général de la sortie de la Convention, des menaces faites à Hanriot, etc., au moment ou j'annonçais en son nom que le Comité allait enfin user des dernières ressources qui lui restaient et que les scélérats seraient arrêtés dans une heure, ou que tous les membres du Comité seraient égorgés, cria en plein Conseil, à la contre révolution ! cri qui n'empêcha pas le peuple de sortir et de se porter vers les Thuileries pour être témoin des efforts des membres du Comité, entre les mains duquel il avait mis sa confiance.

Amitié, fraternité.

Marchand,

Membre du Comité de surveillance du Département.

ex ADDITIONS

•L'une des premières mesures adoptées, au début même du mouvement insurrectionnel du 31 mai, par le Comité central révolutionnaire, fut l'établissement d'une Commission d'inspection des Postes, qui reçut le mandat d'ouvrir et de saisir toutes lettres jugées suspectes, et qui continua à fonctionner lorsque le Comité central devint le Comité de surveillance du Département de Paris. C'est parmi ces correspondances interceptées que nous avons recueilli une lettre, adressée, le 7 juin, par un député (1), selon toute apparence du parti modéré, à l'un de ses collègues; ce député, spectateur impuissant de l'émeute, décrit toutes les péripéties de la journée dramatique du 2 juin; son récit est dans sa simplicité une page émouvante, tout à fait vécue, qui mérite d'être sauvée de l'oubli :

V Paris, 7 juin, l'an 2 de la République,

Je vous ai écrit, mon cher collègue, le dernier du mois. Je vous apprenais que le tocsin et la générale s'étaient fait entendre dans plusieurs quartiers de Paris, dès le matin du 31 mai ; le tocsin ne cessa qu'à 4 heures du soir. Vous aurez su par les papiers publics quel était le but de ce mouvement révolutionnaire; la suppression de la Commission des 12, chargée de découvrir les conspirateurs contre la Convention nationale, et encore le décret d'accusation contre les membres qui composaient cette Commission, ce qui a fait penser que ceux qui ont voulu et veulent encore la dissolution de la Convention, ont beaucoup contribué à exciter cette insurrection. Malgré ces signes d'alarmes, Paris fut très tranquille. Tous les citoyens se rendirent en armes dans leurs sections et un très grand nombre entourèrent la Convention. L'appareil pouvait donner des inquiétudes à quelques vrais amis de la Liberté, néantmoius la délibération de la Convention alla son train, à cela près que les tribunes ne voulaient laisser parler personnes du côté droit, qui voulaient dénoncer les trames liberticides qui s'ourdissaient dans un Comité révolutionnaire, qui se disait revêtu des pleins pouvoirs des habitants de Paris, qui avait dans la nuit supprimé la municipalité et recréée ensuite. Lanjuinais persistait pour faire connaître toutes les horreurs qui ont suivi et qui lui avaient été dénoncées, Legendre le menaça de le jeter du haut en bas de la tribune. Une députation de l'assemblée qui avait eu lieu à l'Evêché,la nuit précédente, vint déclarera la Convention qu'elle avait arrêté que les ouvriers qui seraient en réquisition permanente recevraient 40 sols par jour d'indemnité, et la Convention approuva celte mesure. La Commission des 18 fut supprimée, sans qu'il fût possible d'exécuter oinq décrets qui ordonnaient que Rabaut-Saint-Etienne, l'un des membres de cette Commission des 12, ferait son rapport avant de prononcer la suppression, mais un certain côté, fortement secondé des tribunes, opposa une telle résistance, par des

(1) Ce député apparlenait sans aucun doute à la région de l'Ouest, il parle de son intervention en faveur de Lanjuinais aux eûtes de Pilastre (député de Maine-et-Loire), de Duchatel (des Deux- Sèvre.s). Il est permis de conjecturer qu'il s'agit de Pierre-Marie Dclaunay, jeuno, député de Maineet-Loire, car sa lettre est accompagnée d'une enveloppe portant l'adresse de la citoyenne épouse du citoyen Delaunay, le jeune, député à la Convention nationale, rue des Forges, à Ailgers.

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vociférations et des menaces continuelles, qu'ils arrachèrent un décret, malgré les réclamations de l'appel nominal, qui aurait peut- être décidé autrement; tout se faisait dans le tumulte. Héraut de Sechelles, qui tenait le fauteuil, mettait aux voix, prononçait les décrets, et la plupart des membres ignoraient ce qui se passait, même dans l'Assemblée. Ce fut aussi dans le tumulte que l'on rapporta le décret qui réservait aux députés quelques tribunes. Le nombre des étrangers pétitionnaires des différentes sections était immense; il était au moins très difficile de connaître la majorité par assis et levé; les réclamations faites à ce sujet ayant été vaines, plusieurs membres déclarèrent qu'ils ne pouvaient prendre part aux délibérations.

Le lendemain, la tranquillité régna dans cette ville jusqu'à six heures du soir; la Convention avait levé la séance, lorsque les sections de Beauconseil et de la Butte vinrent entourer la Convention avec des canons et des armes; plusieurs députés de la Montagne, instruits de ce mouvement et de son objet, se rendirent à la salle de la Convention, mais très peu de députés du côté droit se trouvèrent à cette séance qui n'avait pas été indiquée ; une députation se présenta et demanda, de la manière dont on ordonne, le décret d'accusation contre les 12 membres de la Commission et contre 24 autres membres de la Convention, auxquels on joignait les ministres Clavière et Lebrun, néantmoins la Convention ordonna le renvoi de la pétition au Comité de salut public, pour lui faire le rapport de la dénonciation dans trois jours' et ordonna que les pièces de conviction y seraient déposées dans 24 heures.

Je passe plusieurs détails, quoique intéressants, mais qui me mèneraient trop loin. La séance fut levée à minuit, la force armée, venue pour appuyer la pétition, se retira.

Tout ce qui s'est passé jusqu'au dimanche 2 juin, quoique très alarmant pour la liberté, n'est rien en le comparant avec ce qui a eu lieu ce jour; que les dmes républiquaines et les vrais amis de la Liberté ont souffert dans celte malheureuse journée!.... • A l'ouverture de la séance, une députation des corps constitués de Paris se présenta à la barre, et malgré le décret de la veille qui avait renvoyé au Comité de salut public la pétition contre les membres accusés, cette députation dit qu'elle venait pour la dernière fois demander le décret d'accusation contre les 12 et les 24, qu'elle l'attendait sur-le-champ, sinon annonça que la vengeance du peuple serait terrible. — Nous fûmes encore assez forts pour maintenir la dignité de la Convention, en passant à l'ordre du jour motivé sur le décret de la veille. — Alors les membres de la députation se retirèrent furieux, menaçant du poing les députés du côté droit et en disant que les têtes des députés proscrits se promèneraient le soir dans Paris. — Lanjuinais eut le courage de monter à la tribune pour dévoiler tous les complots liberticides, il fut menacé, hué et insulté par les tribunes et des députés d'un certain côté. Drouet osa menacer un député, homme d'Etat, qui réclamait la parole pour Lanjuinais, de lui brûler la cervelle ; de la tribune où il était monté, il voulait sortir son pistolet de la poche, il en fut empêché. Legendre se jetta sur Lanjuinais et voulut le précipiter de la tribune. Pilastre, Duchàtcl, moi et quelques autres volèrent à son secours, les mouvements de la Montagne nous annonçaient la scène douloureuse dont nous devions être témoin.

A trois heures, toutes les issues de la Convention, de la cour et du jardin furent exactement gardées et entourées par une force armée immense; des canons étaient tournés contre elle, un était placé dans la porte d'entrée, la bouche tournée du côté de la Convention; les portes les plus près d'elle furent gardées par 3 à 4,000 volontaires engagés pour la Vendée, qu'on venait de faire revenir de Ruel et de Courbevoye, où ils étaient restés sans doute à dessein. Dès lors, il ne fut plus possible de sortir de la salle de notre séance pour ses plus pressants besoins; plusieurs députés, ayant voulu prendre l'air aux fenêtres, furent mis en joue, notamment Fonfrède,qui était venu à la Convention en bonnet de nuit et la tête embouréc. Boissy d'Anglas fut maltraité, sa chemise déchirée. Les réclamations faites par plusieurs hommes d'Etat contre cette tyrannie

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furent sans effet, mais le gros Lacroix ayant été lui-même insulté, sa voix fut entendue, on décréta qu'attendu le défaut de liberté, le temple des lois serait fermé et que la Convention sortirait en masse, son président en tête; nous parvînmes jusque dans la cour, toute remplie d'hommes armés, le président (Héraut de Séchelles, par intérim) parla au commandant au nom de la Convention, rendit compte du décret; le commandant osa répondre du ton le plus menaçant, il dit qu'on sortirait aux conditions qu'on lui livrerait les 12 et les 24 dénoncés par les autorités constituées; sur la réponse qu'on ne pouvait prendre cet engagement, il cria aux armes, mit le sabre à la main, ainsi que la cavalerie qui l'accompagnait, fit prendre la mèche aux canonniers, et les représentants du peuple furent couchés enjoué La Convention se retira, se présenta à l'autre issue de la cour, aux quatre issues du jardin, par aucune il lui fut possible de sortir, à toutes il y avait des canons et des fusils dirigés contre elle. Le jardin était entouré en dedans et au dehors par une triple ligne de gens armés. Dans cet état de liberté la Convention rentra, prononça l'arrestation des membres dénoncés, en excepta trois sur la proposition de Marat (1). Je vous observe que très peu de membres prirent part à cette délibération, que la pluspart déclarèrent ne pouvoir délibérer, attendu le défaut de liberté, mais ceux qui délibéraient disaient qu'ils étaient parfaitement libres.

Depuis cette malheureuse journée, je suis malade avec la fièvre, obligé de garder la chambre, ce récit se sent de mon état, vous aurés de la peine à me lire.

Quis talia fando, Temperet a lacrymis.

Les dénonciateurs n'ont rien pu remettre jusqu'à ce jour au Comité de salut public contre ceux qu'il leur a plu de dénoncer et qui sont pour la plupart détenus. D'autres, à ce que j'ai oui dire, ont trouvé le secret de s'échapper, malgré la clôture des barrières, et de porter des nouvelles de cette horrible tyrannie dans les départements, plusieurs députés en ont fait autant. Portés-vous bien, mon ami, donnés-moi des nouvelles du païs.

Arch. nat., BB^ 77, 3« liasse, pièce 84.

ALEXANDRE TUETEY

(1) Le fait est exact, les trois députés en question étaient Dusaulx, Ducos et Lanthenas.

REPERTOIKE GENERAL

DE

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