septembre
Original signé, A. N., F^ 3688'.
1325. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, portant que les capitaines de canonnicrs présenteront à l'Elat-major général, sous 48 heures, l'état des citoyens destinés à l'armée révolutionnaire; les adjudants généraux des lé-
gions feront l'inspection des barrières avec exactitude et rendront compte des événements au Commandant généraL
De bons citoyens s'étant plaint de ce que quelques femmes passaient aux barrières du pain, sous leurs jupons, le Commandant général invite ses frères d'armes, qui y sont de garde, à surveiller ces intrigantes.
A compter du 12 courant, les réserves ne sont plus payées.
Toujours la môme exactitude, mêmes patrouilles et réserves de 100 hommes.
D'après les rapports de la force armée, la nuit précédente, l'on avait sonné le tocsin à Bercy, à cause des prisonniers qui voulaient se révolter contre la garde, la section des Gravilliors y a envoyé du renfort.
17 septembre 179,'i.
Copies conformes, signées de Clément, secrétaire de l'Elat-major général (2 pièces), A. N., AF'V 1470, BB3 7G.
1326. — Rapport de l'observateur Le Harivel : 1° déclarant que les portes des boulangers sont moins assiégées que de coutume ; 2° conslalanl que, dans toute la Chaussée-d'Anlin,danslesFaubourgsMontmarlre et SaintHonoré et sur partie des boulevards, il ne s'est rien passé de contraire à l'ordre et à la tranquillité publics ; 3" signalant un particulier qui, au pied môme de la statue de la Liberté, place de la Révolution , cherchait à endoctriner quelques citoyennes, avec force propos inciviques, jusqu'à vouloir môme persuader que ceux que l'on guillotinait là allaient droit en paradis; parmi les assistants se trouvait David, député à la Convention nationale, qui, de concert avec Le Harivel, interpella ce citoyen, lequel exhiba une carte à lui délivrée par la section du Contrat (sans le mot Social) et fut invité à s'y rendre pour se faire reconnaître. Cette invitation parut le contrarier; il sortit néanmoins du groupe en priant ironiquement David d'être son défenseur officieux, mais celui-ci lui répondit fort énergiquemenl qu'il ne se chargeait jamais des mauvaises causes. Ce particulier fut conduit à la section de 1702, au lieu de
celle du Contrat ; il est estropié et a toute la tournure d'un prêtre.
17 septembre 1793.
Original signé, A. N., V 3088'.
1327. Rapport de l'observateur La Tour-La Montagne, faisant connaître que les atlroupcmenls continuent aux portes des boulangers, mais ne sont plus aussi nombreux, ni aussi agités, que Paris jouit d'une Iranquillilé qui désole les malveillants, tranquillité apparente, s'il faut les en croire, et servant de voile aux plus sinistres projets. La Tour-La Montagne ayant entendu un particulier, qui osait dire qu'il ne comprenait pas l'empressement avec lequel les jeunes gens courent se ranger sous le drapeau de la République, lui reprocha vertement son incivisme et invita les citoyens à s'assurer de sa personne, mais ce quidam s'empressa de disparaître dans la foule. Tous ces propos contre-révolutionnaires ne font pas la plus légère impression sur les esprits, et le peuple continue à jouir sans crainte de la tranquillité que ses magistrats lui procurent cl se repose sur eux avec confiance du soin de la maintenir.
Les maisons de jeu et de débauche, qui se multiplient chaque jour d'une manière effrayante, inspirent toujours les plus vives alarmes aux bons citoyens; ce sont des points de ralliement pour tous les ennemis de la chose publique, il s'y lient des propos aflreux sur le gouvernement actuel, on y colporte même des feuilles incendiaires, et l'on ne saurait trop se hâter de détruire tous ces vils repaires de l'agiotage et de l'aristocratie.
17 septembre 1793.
Original signé, A. N., F^ 3088».
1328. — Rapport de l'observateur Rolin, révélant les faits suivants :
1° Les grottes et cafés souterrains du Palais de l'Egalité paraissent remplis d'à' ristocralcs et 'de filous, qui profitent du bruit des instruments de musique, les una pour entretenir des conversations anliciviques, les autres pour commettre leurs vols ou escroqueries.
2° Les salles de vente du même Palais sont remplies de marchands d'argent, qui se font remarquer par leurs discussions, lorsqu'on expose en vente un objet d'or ou d'argenl; des commissaires devraient s'y trouver de 7 heures et demie du soir jusqu'à 10.
3" On dénonce comme aristocrate avérée la citoyenne Bourjot, marchande cirière, cour du Commerce, qui entretient correspondance avec les religieuses de la rue Cassette, où viennent aussi des prêtres réfractaires confesser les femmes du genre de la citoyenne Bourjot; on y ferait de bonnes captures dans l'après-midi.
4° On signale également la citoyenne Mauri, blanchisseuse aux Carrières, près Charenton , comme ayant accaparé une quantité prodigieuse de savon.
Rolin recommande, pour le poste d'observateur, le citoyen Charmoiid, actif, probe, ayant des connaissances sur la Commune, le Département et les tribunaux.
17 septembre 1793.
Original non signé, A. N., F'' 3688'.
1329. — Rapport de l'observateur Roubaud, donnant des renseignements : 1» sur la disette du charbon, qui cause de la rumeur dans plusieurs quartiers, et qui est enlevé de force par les malveillants au prix qui leur convient; 2° rendant compte d'une conversation qu'il a eue avec le nommé Mounié, ancien agent de change à Lyon, lié avec tous les aristocrates agioteurs de cette ville, résidant à Paris, et fréquentant assidûment le café de Chartres, Palais Egalité, au sujet de la situation de Lyon, lequel piqué d'entendre l'observateur Roubaud traiter les Lyonnais de scélérats, s'échauffa et finit par dire qu'il n'était pas possible de vivre plus longtemps dans une telle anarchie, qu'il n'y avait d'autre remède qu'un roi, devraiton le choisir parmi les brigands de la Convention. Roubaud déclare que, s'il ne l'a pas fait arrêter, c'est afin de surveiller de près les Lyonnais, qui fomentent quelque projet contre-révolutionnaire; 3° témoignant sa surprise de voir dans les promenoirs publics le ci-devant duc de Créqui, connu
par son incivisme, vêtu de haillons et toujours accompagné de gens suspects.
17 septembre 1793.
Oiiginal signé, A. N., F' 3688=.
1330. — Rapport de l'observateur Rousseville, signalant les faits suivants :
1» Les murs de Paris sont couverts d'affiches qui attirent l'attention des patriotes, notamment un arrêté de la section du Luxembourg, relatif aux signataires des pétitions et à la taxe des choses de première nécessité.
2° Au Jardin national, les groupes ont presque été aussi nombreux que dans les temps d'insurrection, mais celte affluence n'était que l'effet de la joie qu'excitent les décrets vraiment populaires que la Convention vient de rendre, on parlait aussi des subsistances, de la punition des traîtres et de l'incarcération des suspects répandus autour de Paris dans les maisons de campagne.
3° Au jardin d'Egalité, l'on a arrêté et conduit à la caserne de la Courtille l'un de ces officiers oisifs et tapageurs, qui s'y promènent sans cesse, au lieu d'être à l'armée.
4" Au Tribunal révolutionnaire, l'on a condamné à la déportation une femme d'émigré, convaincue de correspondance et de propos contre-révolutionnaires lors de la prise de Valenciennes.
5° Les ouvriers, qui se trouvent en grand nombre sur la place de la Maison commune, à l'heure des repas, se réjouissent de la diminution du prix des denrées, de l'ardeur de la jeunesse à partir et du prochain triomphe de la République.
6» Une femme Gaspard, Faubourg du Roule, ayant acheté chez un fermier de l'endroit 4 boisseaux de seigle et les ayant payés en assignats, le fermier les jeta sur le fumier, la femme saisit le sac de seigle, et le vida sur le môme fumier, le juge de paix fit incarcérer le fermier et donner à la femme 4 autres boisseaux de seigle gratis.
7° Dix-sept suspects ont été arrêtés à Suresnes et envoyés au Comité de salut public du Département.
8° On s'est plaint aux Jacobins du premier commis des Subsistances, qui entre-
L'ESIMUT PUBLIC A PARIS DE JUILLET A SEPTEMIJUE 1793
tient l'inquiétude en disant qu'elles vont
manquer.
17 septembre 1793.
Original signé, A. N., 1" 3G883.
1331. — Rapport de l'observateur Réraud : 1» annonçant un grand attroupement, qui a dé,a:én('!ré en rixe, la veille au soir, devant la porte Saint-Martin, au sujet de la prise du Quesnoy, annoncée par les uns, démentie par les autres, et des nouvelles dans les journaux ; 2» signalant la femme Pingenet, tenant le Café politique, près de la porte Saint-Martin, qui a vécu dix ans avec le marquis d'Hazecourt, secrétaire général de l'infanterie française, comme recevant des suspects, entretenant une correspondance émigrative, et ne dissimulant pas ses opinions royalistes; 3" indiquant sur le boulevard, près de la rue Grange-Batelière, un hôtel rempli d'étrangers, à la porte duquel sont conlinuellement des domestiques, qui insultent les volontaires estropiés à leur
passage.
17 seplcmbrc 1703.
Original signé, A. .V., F' 3G883.
1332. — Rapport de l'observateur Soulet, déclarant : 1° que l'ex ministre La Tour-du-Pin se fuit apporter à manger par son gardien, avec lequel il communique, dans une chambre en particulier; 2° qu'on a toujours de la peine à se procurer du pain; 3° qu'un tas d'individus, soudoyés ou aristocrates, voudraient occasionner un mouvement, en engageant adroitement le peuple à se porter aux prisons, surtout
au Palais.
17 septembre 1793.
Original signé, A. N., V 3G88'.
1333. — Rapport d'un observateur anonyme, déclarant que l'on n'a point manqué de pain, la veille, dans le Faubourg Suint- Germain, et que, cependant, ce matin, il y a eu des attroupemenls aux portes des boulangers, allroupcmenls à la vérité peu nombreux et peu bruyants.
La vue des jeunes citoyens de la section de l'Unité, mis en réquisition, qui ont traversé, la veille, une partie du Faubourg Saint-Germain, pour aller se présenter à
la Convention nationale, leur air gai, leurs chants joyeux, leur nombre, car ils paraissaient èlre au moins 500, ont produit très bon effet; ces dispositions guerrières et les préparatifs faits dans le môme Faubourg pour rétablissement de forges destinées à la fabrication des armes, raniment et encouragent les jeunes gens, en particulier ceux de la section de la Fontainede-Grenelle. Les propos de plusieurs individus de cette section qui, par imprudence ou à dessein derapôcher ces jeunes gens de marcher, se montraient publiquement contraires à cette levée, et l'arrestation de ces individus avaient produit une espèce de dégoût et d'attiédissement dans l'esprit de cette jeunesse. La résolution manifeste des jeunes gens des autres seclions, qui se montrent tous prêts à partir pour les frontières, active le courage de ceux-là, qui sont aujourd'hui en quelque sorte honteux d'avoir fait paraître de la tiédeur pour défendre la patrie.
La plupart des denrées, telles que les œufs, le beurre, la viande, sont au même prix que les jours précédents, mais les haricots verts et les pommes de terre ont diminué à peu près de moitié, ce qui est un soulagement pour le peuple.
17 septembre 1793.
Original signé, A. N., V 36883.
1334. — Délibération du Comité de salut public du Déparlement de Paris : 1° constatant la remise du procès-verbal de la visite, par le citoyen Franchet, de la maison des Chartreux, soupçonnée de renfermer un magasin considérable de farines dans des tonneaux destinés à l'ennemi, et où il ne s'est rien trouvé ; 2° décidant la mise en liberté de FlotarJ et de Beaumarin, envoyés le lii à l'Abbaye; 3° autorisant, dans les cas urgents ou l'on pourrait craindre l'évasion subite d'un grand coupable dénoncé, trois des membres du Comité à signer et à mettre à exécution un mandat d'arrêt, à charge d'en rendre compte ; 4° sur la demande par La Tourdu-Pin-Gouvernet, détenu aux Madelonnettes, de nomination d'un administrateur à la place du sieur Marniot, qui a apposé les scellés à la maison dite de la
CHAPITIIE 1". — JOLfllNÉES IIISTOIUQUES DE lA UÉVOLUTION
Tuilerie, décidant d'écrire au Comité de sflrelé générale pour qu'il soit fait droit à cette requête, afin de pouvoir distinguer les innocents d'avec les coupables qui sont aux Madelonnettes; S° recevant la déclaration des citoyens Guignes et Nicolas, chargés de procéder à l'arrestation do la citoyenne Adeline, ci-devant actrice du Tliéûtre-llalion, portant que, ne l'ayant pas trouvé chez elle et instruils qu'elle était à Ecouen, ils ont sollicité du Comité de salut public de la Convention un pouvoir qu'ils n'ont pas obtenu; G° arrêtant l'envoi aux Comités de salut public et de sûreté générale d'une dénonciation du Comité de surveillance de la section de Bon-Conseil contre le nommé Noé Makketros, ex-marchand épicier, rue Quincampoix, n" 3j, » A la Ville d'Amsterdam », hollandais, réru.!*ié en France, actuellement colonel de la légion Ifatave, signalé comme 1res suspect.
Esli'ail Ju registre des dOliliéralions du Comité de surveillance du Déparlement de Paris, A. iV., LDï 81* (anc' DU'* 20), fol. 320, 321.
133a. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, rappelant que le concours des canonniersest toujours pour le lendemain, à 9 heures, annonçant le départ d'un convoi d'artillerie pour Arras.
Par cet ordre, le Commandant général invite les commandants de sections à se faire rendre compte des sommes reçues dans leur arronilissement pour les citoyens de garde aux barrières, afin de prévenir les plaintes et réclamations, prescrit d'envoyer ces étals au secrétariat de l'Etat-major, ces gardes ne devant, à l'avenir, être payées que sur des états bien au net, où le nom des citoyens, celui des rues et le numéro des maisons seront inscrits.
D'après les rapports de la force armée, les commissaires aux accaparements ont fait arrêter, dans la section du Temple, une voilure chargée de cuirs; plusieurs voilures de charbons ont passé la barrière Saint-André avec un certificat du Déparlement de Paris, les quatre grilles du bord de l'eau du quai Pelletier se trouvent ou-
vertes, ce qui peut faciliter l'évasion des voleurs ou malveillants.
18 septembre 1703.
Copies conformes signées de Clément, scciélaiic de rEtat-ni.ijor général (2 pièces'*, A. A'., AF'v 1470, BB3 76.
1330. — Arrêté du Comité de sûreté générale, décidant, par mesure de sûreté générale, que le citoyen Varlet sera conduii, sur-le-champ aux prisons des Madelonnettes pour avoir tenu dans un groupe des propos contre-révolutionnaires, et y sera détenu jusqu'à nouvel ordre.
18 seplemlire 179.1.
Extrait du registre des arrêtés généraux du Comité de sûreté générale, A. N., AF'il 28C.
1337. — Rapport de l'observateur Soulet, relatant les faits suivants :
1° Dans l'hôtel de Washington, rue du Cliantre-Sainl-Honoré, il se rassemble depuis longtemps un tas d'aristocrates.
2° Dans la Société révolutionnaire des femmes, séante aux charniers de l'église Saint-Eustache, il s'est fourré une foule d'intrigantes, dont Tune, nommée Uicombe, a dit hier dans cette Société que les membres du Comité de sûreté générale de la Convention étaient des intrigants, noUunment Chabot et Basire, qui avaient l'infamie de faire incarcérer les meilleurs citoyens, auprès desquels ils envoyaient des moutons pour les rançonner adroitement et les faire sortir aussitôt après.
3° L'esprit est, dit-on, tout à fait perverti au Havre-de-Giàce, on y joue les pièces les plus aristocratiques, on y embarque le blé, même en gerbe pour les îles de Jersey et Guernesey, et des individus se permettent de dire qu'ils viennent de l'armée catholique.
4° On a toujours de la peine à se procurer du pain et le peuple murmure; la plupart des jeunes gens en réquisition sont contents de partir.
18 septembre 1793.
Original signé, A. N., F' 3G88».
raud, faisant connaître que c'est la maison Galchor, de Rordeaux, qui envoie des émissaires à Paris pour recevoir les paquets
des députés perfides; qu'il se forme un parti à Cliarlres pour empêcher les farines et grains de venir à Paris et qu'un conducteur de subsistances a failli y être tué.
Béraud étant entré au Palais -Royal, dans une maison de jeu, un homme le toisant est venu lui demander sa carte et, quoiqu'il ait pu dire, l'a repoussé, il y a aperçu des jeunes gens qui lui ont paru assez embarrassés.
18 septembre 1793.
Original signé, A. N.,Fi 36883.
1339. Rapport de l'observateur Bigeot, signalant les faits suivants :
i' Le Tribunal révolutionnaire jusreait 4 particuliers de Rouen, pour avoir signe une pétition anticivique, brûlé l'arbre de la Liberté et crié Vive le Roi ! il est à remarquer que toutes les fois que quelqu'un déposait contre les accusés, il y avait force tousseurs, ce qui pourrait bien être une manœuvre.
2» A une heure après-midi, à l'apport Paris, une quarantaine de femmes de la Halle se sont disputées au sujet de la cocarde, la plupart n'en voulant pas, l'observateur n'a rien vu de semblable dans les marchés voisins.
3» Un boulanger de la rue de Grenelle, au coin de la rue Saint-Guillaume, donne du mauvais pain, plusieurs individus à l'air inquiet se tenaient à sa porte, un autre, dans la rue de l'Université, se trouve dans le même cas.
4° Aux Tuileries, les groupes ne parlaient que de bonnes espérances, toutefois, un petit homme de !iO ans cherchait à faire dévier l'esprit public et demandait le renouvellement de la Convention, parce que, d'après lui, les lois ne marchaient
pas assez. .„„
18 septembre 1793.
Original signé, A. N., V 3088'.
1340. — Rapport de l'observateur La Tour-La MonUigne, annonçant que la situation de Paris est toujours la même, les allroupements continuent à la porte des boulangers, mais sans trouble ; les jeunes gens en réquisition témoignent le plus vif empressement à marcher contre l'ennemi,
les femmes se plaignent vivement au sujet de la distribution de l'ouvrage et demandent qu'elle ait lieu dans chaque section. La Tour-La Montagne rend compte de la représentation de Balhilde ou le Duo, comédie en un acte, à laquelle il a assisté, et déclare qu'il ne comprend pas qu'on ose représenter sur l'un des premiers théâtres nationaux une pièce remplie des plus sales équivoques, où la pudeur est à chaque instant outragée et qu'on supporterait à peine sur les plus vils tréteaux de la République; les mœurs étant la base fondamentale d'un gouvernement républicain, on ne saurait surveiller trop scrupuleusement tout ce qui peut y porter la plus légère atteinte. Cette pièce éUit précédée du Père de famille, ouvrage d'un philosophe célèbre, l'un des meilleurs que le gouvernement monarchique ait vu éclore, mais La Tour-La Montagne insiste sur le danger qu'offrent presque tous les ouvrages dramatiques composant le répertoire des théâtres. Ils retracent, sous les couleurs les plus flatteuses, les antiques abus du régime féodal, des costumes odieux blessent les regards, le langage de la tyrannie retentit et la contre-révolution s'opère chaque jour dans les théâtres. La Tour-La Montagne réclame Brutus et dit qu'on ne doit jamais se lasser d'entendre le fier langage de la liberté. Il est temps, ajoute-t-il, qu'une loi sage fasse taire tous ces échos de la tyrannie et que la voix de la Liberté ail seule le droit de se faire entendre.
18 septembre 1793.
Original signé, A. N., Pi 3688=.
1341. Observations du citoyen Rolin, signalant la réapparition du journal l'Observateur, dont le débit fut si prompt, la veille, qu'à 9 heures un quart il n'en restait plus au Palais-Royal , dénonçant comme
suspecte la maison du ci-devant président Roland, rue Montmartre, en face de Saint- Joseph qui est tenue par des aristocrates de premier ordre, il serait utile d'y faire une descente nocturne.
18 septembre 1793.
Original signé, A. N^V 3688».
1342. — Rapport de l'observateur Roubaud : t» signalant le renchérissement progressif des denrées de première nécessité, cause d'inquiétude pour le peuple, qui néanmoins reste calme dans tous les <iuartiers ; 2° rendant compte d'une opération dont il a été chargé dans le quartier dit de l'Etoile, entre le bois de Roulogne et les barrières, où un rassemblement avait été annoncé, il a parcouru, avec un de ses collègues, tous les lieux publics depuis les Champs-Elysées jusqu'au bois, et n'a vu que des gens paisibles, et une patrouille conduisant un voleur ; 3° dénonçant un certain Rebour, qui ne fréquente que des suspects et répand continuellement de mauvaises nouvelles dans tous les cafés du Palais-Egalité, cet individu a été le premier à faire courir le bruit qu'il existait une guillotine à Bicêtre, pour expédier les prisonniers, à mesure qu'ils y entraient.
18 septembre 1793.
Original signé, A. iV., F' 3G883.
1343. — Rapport de l'observateur Rousseville, donnant les renseignements suivants :
1° Le pain a encore manqué chez les boulangers et la foule a continué d'investir leurs maisons, manœuvre qui n'a pas produit l'effet qu'en attendaient les aristocrates.
2" Dans plusieurs cafés, on discutait sur l'afllche de Vincent, qui demande d'expulser des bureaux tous ceux qui n'auront pas un bon certificat de sansculoltisme. Ceux qui parlaient étaient patriotes, mais on voyait bien des mines allongées trahissant l'embavras de gens fort en peine de se procurer de tels certificats.
3" Le ci-devant Palais Marchand, la Grève, le Palais d'Egalité, les groupes des Tuileries n'oll'raienl rien d'intéressant.
4° L'on a arrêté le colleur d'un placard invitant les Français à secourir les rois et à écraser les Jacobins; l'alfaire est au Comité de salut pulilic.
5°Rousseville signale coiiiino devanl être l'objet d'une surveillance parliculièio tîeux femmes, l'une au Gros-Caillou, l'autre, rue
de Bourgogne, en raison de leurs relations avec des prêtres réfractaires, un marchand d'avoines de la même rue, dénoncé comme accapareur, enlîn un sieur Blache, ancien huissier à Rennes, faussaire, réfugié depuis 4 mois à Paris et insérant quelquefois des articles dans le Journal du noir de Sablier, qu'il signe le publiciste B.; on le soupçonne d'être l'agent de Pitt, et on peut se renseigner sur son compte auprès des députés Montagnards d'Ille-et-Vilaine. 6° La jeunesse de la section des Gravilliers, au nombre de 700, est partie hier et lui a paru pleine d'ardeur.
18 septembre 1793.
Original signé, A. N.,V 3088'.
1344. — Délibération du Comité de salut public du Département de Paris :
i° constatant la venue de la citoyenne Lottin, femme de Walsli, irlandaise, demeurant à Vitry-sur-Seine, pour répondre aux interpellalions qui lui seront faites relativement à des cœurs de Jésus couronnés trouvés chez elle; 2° décidant d'écrire au ministre de la guerre et de lui envoyer une culotte et une paire de guêtres de la plus mauvaise qualité, pour le service des troupes de la République, apportées par le citoyen Berger, de la section de l'Indivisibilité ; 3° chargeant le Comité de surveillance de la section du Mont-Blanc de mettre en état d'arreslalion, après perquisitions domiciliaires, les nommés Fielval et Lhuisier, dénoncés verbalement comme aristocrates gangrenés et individus très suspects ; 4° envoyant à Sainte-Pélagie le nommé La Ventric, ex-juge au Tribunal criminel de Bellênie, traduit au Comité par le Comité révolutionnaire de la section de la Halle-au-Blé, d'après une dénoncialion envoyée par la Société républicaine du Mans.
18 septembre 1793.
Extrait du registre des drlibéralion.s du Comité de surveillance du Département de Paris, a. N., BU» 81* (am.tBB'* 20), fol. 322.
1345. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, par lequel le Commandant géiiér;il reiioiivello l'invitation aux membres des Comités révolutionnaires d'envoyer, le plus tôt qu'ils pourront, les
l.'KSPIUï PUBMC A PARIS DE JUILLET A SEPTEMBRE 1793
noms des citoyens destinés à l'armée révolutionnaire. Il invite aussi les Assemblées des sections à soumettre à la censure les compagnie^ de canonniers, ces états seront certifiés par les présidents et commandants de sections, afin de les envoyer à la censure du Conseil général.
Les réserves seront de 100 hommes, les patrouilles et le service de l'intérieur et des barrières à l'ordinaire.
Extraits conTormes, signés de Clément, secrétaire de l'Etat-major général [1 pièces), A. A'., Al''v 1470, BB3 70.
1340. — Rapport de l'observateur Réraud : 1» dénonçant l'administration chargée de la confection de l'habillement des troupes, remplie d'hommes vicieux, qui non seulement refusent de l'ouvrage aux femmes, mais encore les insultent, suivant qu'elles appartiennent à telle ou telle seclion, leur langage est ordurier et des plus incivique; 2° déclarant qu'il serait très impolitique et même très dangereux de ne pas diviser les muscadins, qui figurent parmi les jeunes gens en réquisition, dont l'iiitenlion est de passer à l'ennemi, et qu'il conviendiait do les fondre parmi les républicains des autres seclions,allciulu «lue si la garde d'un poste important était confiée à un bataillon composé dune horde de cette espèce, sa désertion pourrait faire surprendre et périr les braves Sans-culottes, (jui se reposeraient sur sa vigilance; 3» appelant l'attention sur les Lyonnais, arrivés depuis six semaines ou deux mois à Paris et qui doivent entretenir des correspondances secrètes avec leur ville, à en juger par les lambeaux de conversation à voix basse qu'on a siu'pris,où revenaient le nom do Kellermann, les mots : ils feront une sortie, il est ici, ils le payeront très cher, etc., et, à propos de l'arrestation et de l'envoi à la Force du sieur Vincent, président de l'Assemblée générale de la section du Temple, faisant connaître que, dans une lettre pour Lyon à sa femme, qui a été intorceptée, il disait qu'il fallait assassiner les Jacobins, pour que les choses allassent bien ; 4» demandant la visite, par les patrouilles, des fiacres dès
11 heures du soir, attendu que c'est le moment où les escrocs et les filous se retirent avec leur proie, et que, d'ailleurs, beaucoup de suspects y passent souvent des nuits entières.
19 septembre 1793.
Original signé, A. N., V 36883.
Dauban, dans La Démagogie en il93 à l'uris, ]>. 39!, donne, sous la date du 19 septembre, des extraits de rapports de divers observateurs, des 19 et 20 septembre, notamment de Béraud, Houbaud, La Tour-l.a Montagne, etc.
1347. — Rapport de l'observaleur La Tour-La Montagne, signalant les faits suivants :
1° La physionomie de Paris a un peu changé depuis la veille. La tranquillité y règne toujours, mais triste et morne, plus de groupes dans les places publiques, on se fuit, on a l'air de se défier les uns des autres, et chacun semble dans l'attente d'un grand événement. Tel est le fruit des manœuvres perfides à l'effet de décourager le peuple, les femmes surtout sont fortement travaillées, il se tient dans les marchés des propos affreux, on y parle hautement le langage de la contre-révolution. Des hommes payés, sans doute, pour exciter des mouvements dans Paris, se promenaient, la veille, dans les rues Saint-Denis et environnantes et ont fouetté plusieurs femmes, les unes, parce qu'elles n'avaient point de cocardes, les autres, parce qu'elles la portaient sur le sein, ils prétendaient que c'était là un signe de ralliement.
2° On ne surveille pas assez les prisons, on en permet trop facilement l'entrée, et il est à craindre qu'on n'y introduise des papiers, des armes et autres objets également dangereux. On sèmo les bruits les plus horribles sur le sort des prisonniers, et les journaux anticiviques se hâtent de les propager. On lisait dans le Courrier Fi-ançais, n° 216, qu'à la suite d'une discussion sur les gens suspects, Collotd'Herbois avait dit que la seule mesure à prendre contre eux, c'o.ait de les détruire en les rassemblant dans divers édifices minés et de les faire sauter. Ce discours at-il été tenu ? Quand môme Collot-d'llerbois aurait, dans un mouvement d'indi-