CHAPITRE I
gnation, proposé celte mesure dont rex(;cution d'ailleurs est impossible, un journaliste, ami de l'ordre et de la tranquillité, n'en eût point pai'lé.
10 septembre 1793.
Original signé, A. N„ F' 3688^.
1348. — Rapport de l'observateur Le Harivel, déclarant que : 1° la malveillance continue toujours à rassembler les citoyens à la porte des boulangers, qui donnent alternativement de bon et de mauvais pain, ce qui fait murmurer le peuple; 2° dans la Chaussée-d'Antin, les Faubourgs Saint- Germain et Saint-Hoiioré, aux Tuileries et au Palais-de-l'Egalité, il ne s'est rien passé d'alarmant, à part quelques scènes assez désagréables relativement à la cocarde nationale, qui pourraient devenir dangereuses, si l'on n'y apportait pas un prompt remède, la plupart des femmes ne voulant la porter que lorsque la Convention nationale l'aurait décrété ; 3° le Palais de l'Egalité recèle toujours des marchands d'argent, agioteurs et autres personnages dangereux pour la société; 4° l'Assemblée de la seclion des Piques a passé à l'ordre du jour sur la pétition à elle présentée par celle des Amis-de-la-Patrie, à l'effet d'obtenir la révocation du décret, qui restreint à deux par semaine toutes les assemblées populaires.
19 septembre 1793.
Original signé, A. N., F^ 3G88^
1349. — Rapport de l'observateur Roubaud, donnant les renseignements suivants :
1° Malgré l'abondance du pain, les attroupements continuent chez différents boulangers, en raison de la qualité du pain, souvent détestable.
2° Le rendez-vous actuel des marchands d'argent et agioteurs se tient dans le Café ci-devant dit du Roi, au coin des rues Richelieu et Saint-Honoré, dans une arrière salle, de 11 heures du matin à deux, et lé soir à six.
3° Un rassemblement suspect de gens des deux sexes existe au Palais-Egalité, dans le local qu'occupait le Club de 89 ou de l'abbé Sieyès, on y joue la nuit cl il y
a concert deux fois par semaine ; l'abonnement des affiliés est de 100 livres par année, non compris les repas payés au restaurateur voisin. L'ordonnateur du club est un certain Lagrive, de Lyon, très suspect par ses propos inciviques, plusieurs Lyonnais de la même trempe le fréquentent assidilment.
4° La pétition des Cordeliers du 18, aflichée. cause de la rumeur, en raison des vérités qu'elle contient, que la Convention n'a pas le courage d'avouer, encore moins d'adopter.
19 septembre 1793.
Original signé, A. N., V 36683.
1350. — Observations du citoyen Rolin.
sur ce qui se passe à Paris et à Montrouge ; en' ce qui concerne Paris : 1° dénonçant les professeurs du collège de l'Egalité, rue Saint-Jacques, la plupart très aristocrates et ayant dit au réfectoire que les prisons étaient minées et les prisonniers en danger de mort, également un parfumeur en face de la porte d'entrée du collège, d'une aristocratie avérée et tournant la Révolution en ridicule; 2° mentionnant la condamnation à mort, par le Tribunal révolutionnaire, d'un accapareur de charbon, et l'arrestation, par les blanchisseuses de la seclion du Panthéon-Français, de 5 sacs de charbon, venus de Choisy par eau, qui seront vendus à raison de 6 livres la voie.
Pour Montrouge, Rolin signale des individus suspects, notamment le sieur Adam de Saint-Charles, sans moyens d'existence, qui passe ses journées à Paris et ne rentre que le soir, et le citoyen Duchemin, ancien secrétaire du prince de Condé, qui a acquis une maison à Montrouge, où il reçoit des individus louches; Rolin fait connaître que la municipalité de Montrouge est composée « d'excellents modél'és », le maire est un ancien commis des barrières, et les officiers municipaux deux garde-chasses.
19 seplembie 1793. Originaux non signés (2 pièces), A. N., V 36883.
1331. — Rapport de l'observateur Soulet, déclarant que : l" que les cafés de la Maison^de l'Egalité, notamment ceux de
L'ESPRIT PUItLIC A VMWS I>K JIIIL!,I:T A SRPTEMBHE 1793
r.liarlres, de Foy, Valois et llalien, fourmillent d'aristocrates, surtout le matin jusqu'à 2 heures; le libraire Desennes, iiiônie Maison, est un arislocrale puant, chez lequel se rassemblent un tas de contie-révolulionnaires, le libraire du n" 250, sous les galeries do bois, ne vaut guère mieux, sa boutique est aussi un repaire d'aristocrales ; 2° le peuple ne pouvant entrer au Tribunal révolutionnaire, dont on avait fermé les portes, a murmuré, alors on les a ouvertes ; 3° le nommé Blache, de Rennes, présumé agent de Pitt, a demeuré rue Joquelet, dans un hôtel garni; 4" des femmes, dont quelques-unes sont vraisemblablement soudoyées, refusent de porter la cocarde tricolore et disent qu'il n'y a que les putains qui la portent; a" le pain est toujours rare.
19 septembre 1793.
Original signe, A. N., l" 3088^.
1352. — Rapport d'un observateur anonyme : 1° annonçant que, ce matin, à la pointe Saint-Eustache, il s'est produit une dispule, occasionnée par la cocarde que les femmes portent au bonnet, et qu'au parvis iSolre-Uame, un jeune homme a arraché la cocarde et l'a foulée aux pieds, mais a été arrêté ; 2° signalant, rue de la Vieille-Draperie, dans la Cité, un café, en face de l'ancienne église, recevant des gens très suspects, et, rue Saint-Denis, un petit café où il se tient des propos inciviques ; 3° dénonçant, comme espion de Cobourg et du ci-devant Monsieur, le nommé Larcher, ancien commandant de la robe courle, du Parlement, qui fréquente les cafés, mais sans y rester longtemps.
19 septembre 1793.
Original signé, A.N., 1" 3088».
135J. — Délibéralioij du Comité de salut public du Département de Paris : 1° ordonnant l'envoi aux Madelonnettcs du nommé Fielval, comme contre-révolutionnaire décidé, chassé de sa section et de toutes les places qu'il occupait ; 2° sur la déclaration faite au Comité par le citoyen Chéry, l'un de ses membres, que la section du Contrat-Social l'a déclaré indigne de sa confiance, considérant que chacun
de ses membres doit être exempt de tout blâme, que sa conduite doit être tellement claire, tellement droite, qu'on ne puisse, dans aucune occasion, lui rien reprocher, et qu'il ait à opposer à la calomnie, si elle pouvait se permettre de l'attaquer, le tableau précis des services qu'il a rendus à la chose publique ; considérant que l'arrêté de la section ne tend à rien moins qu'à arracher au citoyen Chéry l'estime de ses concitoyens et attirer sur lui l'ignominie et le mépris, et par suite des vexations tyranniques; considérant qu'un arrêté de cette nature demande à être mûrement examiné, afin de juger si l'intrigue, les haines personnelles n'y ont eu aucune part, pour, d'après cet examen, se prononcer définitivement et en dernier ressort; considérant, enfin, que cet examen sévère est une justice due à l'homme et au fonctionnaire public, qui doit être justifié aulhentiquement, si son innocence triomphe, qui doit être publiquement condamné cl destitué, s'il est coupable; arrêtant que ces considérations seront présentées à l'Assemblée générale de la section du Conlrat-Social, et qu'elle sera invitée à entendre de nouveau, ce jour, le citoyen Chéry, pour ensuite confirmer ou rapporter son arrêté; 3° décidant de demander au Comité de sûreté générale un pouvoir pour arrêter, à Corheil, le sieur Lambert, chef du Conseil du ci-devant prince de Condé, compromis dans l'affaire du sieur Saint- Venant , commissaire de police de la section delà Halle-au-Blé, convaincu d'avoir surpris la religion des Comités de sa section, à l'effet d'obtenir un pouvoir en vue de lever les scellés chez le citoyen Bruyère, très suspect, partisan avéré de La Fayette ; 4° après examen de la brochure intitulée : La Constitution de la Lune, déclarant qu'il n'y a pas lieu de lui donner un libre cours.
19 septembre 1793.
Extrait du registre des délibérations du Comité de surveillance du Défartemcnt de Paris, A.N., BB3 81* (anc' BB" 20), fol. 323-325.
1354. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, suivant lequel le Commandant général invile tous ses ca-
marades, commandants de sections, à presser l'organisation des compagnies de leur arrondissement, aussitôt que les jeunes gens en réquisition seront casernes; il engage encore tous les bons citoyens à dissiper les attroupements aux portes des boulangers. « C'est, observe Hanriot, une manie aristocratique dont il faut se méfier plus que jamais, mes amis, du courage et de la persévérance, tous les tyrans seront détruits, et la Liberté et l'Egalité existeront d'un pôle à l'autre. »
Toujours la même surveillance aux barrières, les réserves de 100 hommes et les patrouilles avec beaucoup d'exactitude.
20 septembre 1793.
Copie conforme, sit:iiéo de Clément, secrétaire de l'Etat-major général, A.N., AF'^' 1470.
1353. — Rapport de l'observateur Béraud, déclarant : 1° que l'esprit du peuple est monté à un diapason extraordinaire.
Si l'on ne supprime pas les cocardes, ou, si l'on n'ordonne pas à toutes les femmes d'en porter, il arrivera de fâcheux événements. Des quartiers la foulent aux pieds, d'autres la respectent plus que jamais.
Tandis qu'aux portes Saint-Denis et Saint- Martin on fustige les femmes qui en portent, à la Halle on menace de poignarder celles qui n'en ont pas. Le peuple, surtout les femmes, disent mille horreurs de la Convention, on crie contre elle, à raison de l'augmentation croissante du prix des denrées; le côté du Marais est le meilleur, dit-on, il faut la purger; 2° qu'une cohorte de femmes a passé, vers 7 heures du soir, sur le boulevard Poissonnière, vomissant d s chansons abominables contre les Jacobins, dont le refrain était : <> Vivent les muscadins! » elles voulaient arracher les yeux à tous ceux qui les approchaient ; 3" «lue des jeunes gens se sont promenés toute la soirée, par bandes de 6 à 8, pestantcontrc le décret qui les oblige à partir, et assurant que, s'il n'y avait pas tant de Sans-culottes, ils reslei-aient en dépit de la Convention, qui n'aurait pas beau jeu; 4° qu'il arrive un nombre infini de soldats de la troupe de ligne, qui insultent et blessent les volontaires, notamment en se battant dans les marais de la section du
Temple ; S° que, sur le boulevard Poissonnière, vis-à-vis la rue Saint-Etienne, il se vend tous les jours des selles de chevaux, même de cavalerie.