SCÈNE vil
LYCANDRE, LE COMTE.
LYC ANDRE
Que veut dire ceci?
LE COMTE
J’ai mes raisons.
Pourquoi
Marquez- vous tant d’ardeur à leloigner de moi ?
LE COMTE
Aux regards d’un valet dois-je exposer mofi père? LYCANDRE.
Vous craignez bien plutôt d’exposer ma misère ;
Voilà votre motif : et loin d’être charmé De me voir près de vous , votre orgueil alarmé Rougit de ma présence ; il se sent au supplice.
De sa confusion votre cœur est complice ;
Et tout bouffi de gloire , il n’ose se prêter Aux tendres mouvements qui devroient l’agiter.
Ah ! je ne vois que trop en cette con1’ 3ncture ,
Qu’une mauvaise honte étouffe 1* ..iture.
225 ' le glorieux.
C’est en vain qu'un billet vous avoit pre'veuu;
Et je me suis trompé , croyant qu’un inconnu Vous corrigeroit mieux qu’un père misérable Qu’à vos yeux la fortune, a rendu méprisable.
LE COMTE
Qui ? moi , je vous méprise? Osez-vous le penser? Qu’un soupçon si cruel a droit de m’offenser !
Croyez que votre fils vous respecte , vous aime.
LYCÀffDRE.
Vous? Prouvez-le moi donc, et dans ce moment même.
LE COMTE
Vous pouvez disposeï de tout ce que je puis- Parlez ; qu’exigez- vous ?
LYCANDRE.
Qu’en l’état où je suis ,
Vous vous fassiez honneur de bannir tout mystère.
Et de me reconnoître en qualité de père Dans cette maison-ci. Voyons si vous l’osez.
LE COMTE
Songez-vous au péril où vous vous exposez?
LYCANDRE.
Dois-je me défier d'une honnête famille?
Allons voir Lisimon. Menez-moi chez sa fille.
LE COMTE
De grâce, à vous montrer ne soyez pas si prompt %
Vous les exposerez à vous faire un affront.
Vous ne savez donc pas jusqu’où va larrogancç D’un bourgeois anobli, fier de son opulence?
Si le faste et l’éclat ne soutiennent le rang,
Il traite avec dédain le plus illustre sang.
Mesurant ses égards aux dons de la fortune,
Lfi mérite indigent le choque, l’importune.