ACTE II, SCÈNE
céliante.
Je me sens aujourd’hui d’une humeur
À le désespérer.
TINETTE
Quelque bonne vapeur Vous seroit 'à présent d’un secours admirable.
Quand vous extravaguez , vous êtes raisonnable.
CÉLIANTE.
Je ne me suis jamais trouvé tant de raison.
FINETTE
Que Damon ne vient-il ! Mais vous ferez l’oison ,
Sitôt qu’il paroîtra.
CÉLIANTE.
J’excite mon courage
A lui faire au plus tôt quelque sensible outrage. Prête-moi ton secours pour m’y déterminer.
Traitons quelque sujet propre à me chagriner. Parle-moi de ma sœur.
Eh bien donc ! ma maîtresse De notre philosophe a lassé la tendresse.
Il s’est abandonné, pour la première fois,
À des vivacités, qui, comme je prévois,
Pourront dégénérer en aigreur très fâcheuse ,
Et rendre , quelque jour, votre sœur moins heureuse* Cela vous déplaît-il ?
CÉLIANTE,
Non : tu me fais plaisir.
Un doux ravissement est prêt â me saisir.
Le bonheur de ma sœur excitoit mon envie,
Et fait , depuis deux ans , le malheur de ma v!«.
FINETTE
Enragez donc, madame, et pestez bravement;
Leur querelle a produit un raccommodement Si tendre, si touchant, et si rempli de charmes,
Que notre philosophe en a verse' des larmes.
Et moi qui parle , moi , je ne puis y penser ,
Sans sentir que mes yeux sont tout prêts d'en verser.
(Elle pleure, J
CÉLIANTE.
Ils s’aiment donc toujours ?
FINETTE
Plus que jamais, mada;
Mon maître est à présent l’esclave de sa femme.
céliante.
Le sot !
finette.
Plus elle prend le ton d autorité ,
Et plus , depuis une heure, il en est enchanté.
CÉLIANTE.
Je n’y puis plus tenir. Par quel charme Mélite Triomphe-t-elle ainsi d’un homme de mérite ?
S’il étoit mon rnari, comme je le voudrois,
Plus il seroit soumis , plus je l’approuyerois.
Mais avoir pour ma sœur une telle foiblesse !
C’est un aveuglement qui me choque et me blesse ; J’en crève de dépit, et j’en suis en fureur.
FINETTE
Ferme. Comment Damon est-il dans votre cœur? CÉLIANTE.
Comme un monstre.