SCÈNE X. v
LE MARQUIS, CLÉOJNf, LE COMTE.
le marquis, a Cleo u j en courant tf embrasser .
B os jour, mon cher Cléon.
clé a 5.
Bon jour , mon cher marquis,...
( Examinant la mise du marquis, )
Te voilà Lien brillant?
LE.MABQÜIS,
• Tu vois... A ton avis,
Penses-tu qu’à mon âge, avec cette figure r Cette taille, ces traits, cet air, cette encolure,
On n’ait pas des secours toujours prêts au besoin ?
Me montrer, m’étaler est mon unique soin ;
L’Amour fait tout le reste : il me nourrit, m’habille,
Me fournit de l’argent : c’est par lui que je brille,
A la cour, à la ville, aux spectacles, aux cours.
Riche, sans aucun fonds, je pa,se d’heureux jours.
Va, mon cher, on a tout quand on a du mérite.
CLÉ05, en riant.
I e tien rend à merveille , et je t’eu félicite.
CE MARQUIS
Je suis sec, abîmé, ruiné; mais, parbleu!
J'ai deux bons appuis.
CLÉON
Quels ?
LE MARQUIS
Les femmes et le jeu.
Depuis que je suis gueux, je vis dans l’abondance.
Si, comme toi, jetois au sein de l’opulence.
282 LE DISSIPATEUR
Je me déliv rerois dun si sot embarras.
Ruine-toi donc vite, et tu m'imiteras....
Que me donneras-tu pour la bonne nouvelle Que je t’apporte ici ?
clé o N.
Nous verrons. Quelle est- elle?
LE MARQUIS
Tu vas être cliarmé.
cl}éon.
De quoi donc? Dls-le moi.
LE MAIIQUIS.
Premièrement... je viens m’enivrer avec toi.
De plus, j’amène ici nombreuse compagnie; \
Mais moins nombreuse encor que finement choisie.
( Au comte. )
Votre cousine en est.
LE COMTE
Cidalise ?
LE MARQUIS
Oui... Parbleu!
C’est un friand morceau !... Quel enjouement ! quel feu! J’en suis fou.
LE COMTE
( A Ctéon. )
Je le crois... Je vous répomfs, d’avance, Que vous’ serez ravi de cette connoissance.
CLÉ ON
Je la connois. Ce sont les plus piquants attraits.
LE MARQUIS
Son esprit est encor plus brillant que ses traits.
Du reste, cher ami , chacun de nous se flatte De faire ici grand’chère , et chère délicate.