LE DISSIPATEUR. ACTE IV, SCÈNE I
JULIE
Oui ; car pour moi j’opine Que 9 pour se corriger, il faut qu’il se ruine.
Alors , ses faux amis , ses lâches séducteurs Le laisseront en proie aux remords , aux douleurs.
Il ouvrira les yeux , il connoîtra les hommes ;
Et , s’étant convaincu que le siècle où nous sommes N’est que corruption , intérêt , fausseté ,
Lui-même, il blâmera sa prodigalité.
On redoute l’écueil quand on a fait naufrage ,
Et le malheur d’un fou sert à le rendre sage.
&ÉRONTE.
Cette sagcsse-là lui coûtera bien cher.
julie, vivement.
Ses pertes désormais doivent peu vous toucher.
Fl est presque abîmé ; j ’en suis trop avertie ,
Et j’ai de ses débris la meilleure partie.
GÉRONTE
La meilleure partie ?
JULIE
Oui , sa terre est à moi ,
Ses bijoux, son argent; j’ai presque tout.
Ma foi!
J’en suis charmé, ravi.
JULIE
J’ai bien conduit ma barque, Et je la conduirai dans le port.
gér on te.
Je remarque
Qu’une femme prudente et qui se donne au bien Vaut cent fois mieux qu’ua homme.
LE DISSIPATEUR
Avez-vous pu ?.
LE BARON
Oui
GERONTE.
Mais, par quel moyen
julie, l’interrompant .
Tantôt vous saurez notre histoire :
Elle vous surprendra.... Mais, voulez-vous me croire? En cachant à Cléon qu’il est déshérité,
Quand vous le reverrez, traitez-le avec bonté',
Et laissez-lui penser qu’un excès de tendresse Calme votre courroux, excuse sa jeunesse,
Et daigne se prêter à pes égarements.
Vous donnerez matière à des évènements Qui précipiteront ses regrets et sa perte ,
Et qui rendront bientôt cette maison déserte.
GERONTE.
Volontiers.... A mon tour, je m’en vais le berner,
Et c’est un vrai plaisir que je veux me donner.
LE BARON
Je vous seconderai, quoique peu propre à feindre.
Mais il est des moiiients où l’on doit se contraindre,
Et je sens , comme vous , que Julie a raison.