SCÈNE IV
JULIE , FINETTE
FINETTE
Comment prétendez-vous user de la victoire ?
JULIE
Je n’en sais rien encor.
FINETTE
Ma foi ! j’ai peine à croire Qu’il reste à votre amant d’autres amis que vous.
JULIE
Et c’est ce qui rendra mon triomphe plus doux.
FINETTE
Plus doux? Vous me semblez bien âpre h. la vengeance. Voulez-vous de Cléon augmenter la souffrance ?
Il vous doit , tout au moins , faire compassion ,
Et vous ne me marquez aucune émotion.
JULIE
Le temps amène tout.
F ISETTE.
Tout franc, je vous admire:
Se peut-il que sur vous voua ayez tant d’empire ? Pouvez-vous d’un amant savourer le malheur?
JULIE
Je veux voir quel effet il fera sur son cœur.
Son sort va désormais dépendre de lui-mème :
S’il est digne de moi , tu verras si je l’aime.
FINETTE
il est assez puni , madame , en vérité.
JULIE, en souriant.
Il ne sait pas encor qu’il est déshérité ;•
Et, pour leprouver mieux, je prétends qu’il l’apprenne. Théâtre. Co*n. en vers. r- . 3i
LE DISSIPATEUR
FINETTE
De votre bouche ?
Non , Finette , de la tienne.
Saisis l'occasion de l’informer du fait,
Et devant Cidalise. On verra, par l’effet,
Que, loin qu’à son égard je sois dure , insensible, J’use pour le guérir d’un secret infaillible.
FINETTE
Je commence , madame , à penser comme vous. Employer pour cela des remèdes trop doux ,
Ce seroit tout gâter. U faut. , d’une main sûre , Tailler , couper , percer , pour achever la cure.
Je vais armer mon cœur d’un peu de dureté ,
Et tâcher d’opérer avec dextérité.
Pour éloigner d’ici la troupe qui nous lasse.
Je veux à votre amant donner le coup de grâce... Laissez-moi faire ; il vient.