‹ Répertoire général du théâtre françaisChapitre 3 sur 280 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

AniSTE.

Bientôt vous aurez votre tourj*

Et de ce que je. dis vous conviendrez un jour.

Vous verrez qu’un mari , qui s’est fait im système De n’aimer que sa femme , et d’être aimé de même ,

Doit , pour se conserver cette félicité ,

N’avoir plus de raison , ni plus de volonté.

DAM ON

Pourquoi? Quand une femme est douce et raisonnable...

Cent belles qualités rendent la mienne aimable ;

Mais elle ne veut point se contraindre pour moi. DAMON.

Que lui reprochez-vous ? Parlez de bonne foi.

Son indiscrétion , qui me tient en cervelle.

Et me cause à toute heure une frayeur mortelle.

Il semble que ce soit son plaisir favori De laisser entrevoir que je suis son mari.

Chaque jour elle fait nouvelle connoissance.

Et chaque jour aussi nouvelle confidence,

À des femmes , surtout. Jugez si mon secret N’est pas en bonnes mains.

Je prévois à regret

Que votre intention ne sera pas suivie ;

Mais , au fond , pensez-vous que toute votre vie Vous serez marié sans qu’on en sache rien ?

AKISTE.

Et pourquoi?

Plût au ciel !

C est qu’un secret lien , Eormé depuis deux ans, à Tinsu.de mon père. M’expose tôt ou tard à sa juste colère.

DAMON

Deux mots Tapaiserojlf. Son amitié pour vous. .v A R i s T e.

Mais je crains sa douleur bien plus que son courroux. Vous savez à quel point je l’aime et le respecte :

Ma tendresse pour lui lui deviendra suspecte ,

S’il est instruit enfin d’un hymen contracté Sans son consentement , sans l’avoir consulté.

Ce n’est pas seulement cette délicatesse

Qui m’oblige au secret. Entre nous , ma foiblessa

Est de rougir d’un titre et vénérable et doux ,

D’un titre autorisé , du beau titre d’époux ,

Qui me fait tressaillir lorsque je l’articule ,

Et que les mœurs du temps ont rendu ridicule.

Ce motif, je le sens, n’est pas des plus sensé* ;

Mais..,

DAMON

. C'est avec raison que vous vous dispense*

À tout autre qu’à moi d’en faire confidence ÿ Et ce seroit à vous une grande imprudence ,

Si vous n’appuyiez pas sur un autre motif,

Dicté par l’intérêt , et bien plus positif ,

Celui de ménager un oncle fort avare , - Quoique puissamment riche ; assez dur et bizarf# Pour vous déshériter indubitablement,

S’il vous sait marié sans son consentement, ypilà pour votre femme une raison puissante.

Page 1