‹ Répertoire général du théâtre françaisChapitre 49 sur 280 · DAMON, CE LIANTE · texte numérisé non relu

DAMON, CE LIANTE

DAMOÏ.

Il Vous a démêlée.

CÉLIÀNTE.

Eh bien I que vous importe ?

De quel droit osez-vous m’épier de la sorte ?

Je vous ai commandé, si je m’en souviens bien, D’éviter ma présence , et vous n’en faites rien. Même avec le marquis vous osez me surprendre; Et lorsque je m’efforce h lui faire comprendre Que c’est le brusque effet d’un amour en courroux , Vous vous donnez les airs de n’être point jaloux?

DAMON

Non, je ne le suis point, je vous le dis encore.

céli ante, en colère .

Comment î

DAMON

Quand le marquis jure qu’il vous adore , Il vous trompe à coup sûr. Quand vous juriez ici De répondre à ses vœux , vous le trompiez aussi. Dcvo.is-je'être Jaloux de cette comédie ?

céliante.

Et comment savez- vous tout cela, je vous prie Êtes-vous donc le seul que je puisse charmer ?

DAMON

Non pas : mais le marquis ne sauroit vous aimer.

Da raison ?

damon.

La raison ?

JLCTK III, SCÈNE YI1L 6g

Oui

damqn.

Votre caractère

Ne peut lui convenir. Le sien ne peut vous plaire.

C j£lL I A N T EJ

Et moi , je vous soutiens qu’il m’aime à la fureur.

DAM ON

Je vous dirai bien plus. C'est qu’une autre a soa eœnr. CÉLI AN.TE.

Et qui donc, s’il vous plaît?

DAMON

* V otre soeur elle-même^ .

Ma sœur? Quel conte !

DAMON

Non ; je vous jure qu’il laitue.

CÉLI ANTE

Je ne le saurois croire, et vous jurez en vain.

DAMON

Tout comme il vous plaira ; mais le fait est certain. CÉLIANTE.

Et pourquoi vient-il donc me dire qu’il m’adore ?

Me presser de l’aimer ?

DAMON

Pour ce point, je l’ignore.

A moins que le dépit de se voir rebuté ,

À vous offrir son cœur ne l’ait enfin porté.

De ce mystère-ci voulez- vous être instruite ?

Allez . sur ce sujet , interroger Mélite ;

Elle confirmera ce que je vous ai dit.

CÉLIANTE.

Le marquis m’aimeroit seulement par dépit ?

51 m’offriroit un cœur rebuté par une autre ?

Est-ce son sentiment > seroit-ce aussi le vôtre,

Qu’on ne puisse m’aimer qu’au refus de ma sœur ? d a ai o N.

Eh î déiibère-t-on , quand on donne sou cœur ?

Il se donne lui-même , et nous fait violence.

Ài-je fait à vos yeux la moindre résistance?

Jïfi m’onî-ils pas charmé dès le premier moment ? CÉLIANTE.

Pour vous , si vous m’aimez , c'est inutilement,

Je ne puis vous souffrir.

damod.

Votre bouche l’assure ;

Mais votre cœur vous dit que c’est une imposture. CÉLIANTE.

Et ma bouche et taon cœur sont d'accord là-dessus.

DAM ON

Vous Pavez dit cent fois, mais je ne le crois plus, CÉLIANTE.

Peut-on à cet excès pousser la confiance ?

DAMON

Mais consultez-vous bien. Vous gardez le silence ? c É i. ï A N T E.

Vous n’avez plus le don de me persuader» N’avons-nous pas rompu ?

DAMON

Pour nous raccommoder, CÉLIANTE.

Pour nous raccommoder? Je n’en ai point d'envie.

Page 1