SCÈNE VI
CÉLIANTE, DAMON, FINETTE.
CELI ANTE
L’état ou je les vois me fait compassion.
Maigre' moi je prends part à leur affliction.
Il faut que je sois folle. Oh ! oui , je suis trop bonne.
Moi, trembler pour ma sœur?
DAMON
Quoi ! cela yous ëtonne ?
CÉliànte.
Pourquoi non? Songez- vous aux tours quelle m’a faits?
DAMON
Quels tours?
CELIANTE.
Ceux qu’une sœur ne pardonne jamais.
DAMON
Mais encore , en quoi donc ?
CÉLI ANTE
D’avoir eu l’art de plaire A des gens dont rhommage eût pu me satisfaire.
Je vous suis obligé de ce doux compliment :
Mais, puisque vous m’aimez, je ne vois pas comment Vous lui voulez du mal d’avoir su plaire à d’autres. FINETTE.
C’est que vos sentiments sont différents des nôtres. CÉLI ANTE.
Quoi ! vous croyez encor que je vous aime , moi ? DAMON.
La question me charme ! Eh ! parbleu , je le croi , Puisque vous me l’avez cent fois juré vous-même.
Th 'Titre. C >m. on vers. 7. IO
CELI ANTE
/1i ! quelle vision î Moi , Finette, je l’aime ?
Fst-il vra': ?
Quelquefois , selon le temps qu’il fait.
DAMON
Du caprice souvent j’ai ressenti l’effet.
Mais, malgré vous, je lis jusqu’au fond de votre âme Ft je vous réponds , moi , que vous serez ma femme. C ELI A N TE.
Moi , je serai sa femme î Ah ! je voudrois le voir. dAmon.
Oui , oui , vous le verrez.
cé liante.
Quand cela ?
dAmon.
Dès ce soir.
cÊliAnte, a Finette.
Ne le croiroit-on pas, de l’air dont il l’assure ?
finette.
On croiroit qu’il vous dit votre bonne aventure.
CÉLIANTE.
Ma mauvaise, plutôt.
DAMO N.
Oui , vos yeux , malgré vous.
M’annoncent que ce soir je serai votre époux.
C ELI AN TE
Mes yeux en ont menti. Mais voyez l’impudence !
Qui ? moi, j’épou-erois un homme sans naissance!
DAMON