LISETTE, PASQUIN, LAFLEUR
PA S QU IN
A h ! te voilà , Lafleur ? Que fait monsieurle comte ? LAFLEUR.
Il joue ; et, qui plus est, il y fait bien son compte ; Car il va mettre à sec un franc provincial ,
Au moins aussi nigaud qu’il me paroît brutal :
Notre maître, tandis qu’il jure et se désole, Embourse son argent , sans dire une parole.
PASQUIN
Pourquoi viens-tu sitôt ?
LAFLEUR
Pour un dessein que j’ai.
PASQUIN
Quel dessein ?
LAFLEUR
Je vous viens demander mon congé.
PASQUIN
A moi?
LAFLEUR
Sans doute. Autant que je puis m’y connoître , Vous ête6 factotum de monsieur notre maître
Î32 le glorieux.
On n’ose lui parler sans le mettre en courroux.
Il faut par conséquent que l’on s’adresse à vous.
PAS qui N,
Tu me surprends, Lafleur; je te croyois plus sage. Servir monsieur le comte est un grand avantage. Pourquoi donc le quitter? éclairci s- moi ce point.
LAFLEUR
C’est que vous parlez trop, et qu’il ne parle point.
LISETTE
Le trait est singulier, et la plainte est nouvelle.
LA FLEUR
Tel que vous me voyez, ma chère demoiselle ,
Vous ne le croiriez pas , c 1 me prend pour un sot;
Et mon maître , eu trois mois, ne m’a pas d’.t un mot. PASQUIN.
Que t’importe cela ?
LAFLEUR.'
Comment donc , que m’importe ?
Peut-il avec ses gens en user de la sorte î Que je sois tout un jour dans son appartement.
Il ne daignera pas me gronder seulement^
Et j’ai quitte' pour lui la meilleure maîtresse —
Qui vouloit qu’on parlât, et qui parloit sans cesse.
On ne s’ennuyoit point. Tous les jours tour à tour Elle nous chantoit pouiile avant le point du jour. C’étoit un vrai plaisir.
LISETTE
Tu veux donc qu’on te gronde ? LAFLEUR.
Je ne hais point cela , pourvu que je réponde. Répondre, c’est parler. Encor vit-on. Mais bon ,
Avec monsieur le comte on ne dit oui , ni non.