‹ Répertoire général du théâtre françaisChapitre 96 sur 280 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Il ne dit pas lui-même une pauvre syllabe.

Oli T j’aimerois autant vivre avec un Arabe.

Cela me fait sécher ; cela me pousse à bout ,

Moi qui dis volontiers mon sentiment sur tout :

Le silence me tue ; et.... Vous riez ?

LISETTE

Achève.

lafleür, en pleurant.

Si je reste céans , il faudra que je crève.

lisette, a Pascjuin .

Que j’aime sa franchise et sa naïveté I

tAFLEUR.

Foi de garçon d’honneur, je dis la vérité.

P AS Q U IN

Notre maître à ses gens fait garder le silence ;

Mais ils sentent l’effet de sa magnificence :

Bien nourris , bien vêtus , et payés largement.

tAFLEUR.

Et tout cela pour mài n’est point contentement.

LISETTE

Enfin , il faut qu’il parle ; et c’est là sa folie.

LAFLEÜR.

Autrement je succombe à la mélancolie.

J’eus un maître autrefois que je regrette fort ,

Et que je ne sers plus , attendu qu’il est mort.

Il ne me faisoit pas de fort gros avantages ; il me nourrissoit> mal , me payoit mal mes gages ; Jamais aucuns profits, et souvent en hiver Il me laissoit aller presque aussi nu qu’un ver :

Mais je Taimois. Pourquoi ? C’est qu’il me faisoit rire, Et que de mon côte' je pouvois tout lui dire.

Théâtre. Coin, en verï. 7.

i3i LE GLORIEUX.

U m’appeloit son cher, son ami, son mignon;

Et nous vivions tous deux de pair à compagnon.

Mais pour monsieur le comte, au diantre si je l'aime.

J1 est toujours gourme' . renfermé dans lui-même; Toujours portant au vent , fier comme un Ëcossois.

Je ne puis le souffrir , à vous parler françois :

Et dut-il m’enrichir, que le diable m’emporte Si je vouiois servir un maître de la sorte.

p ASQUIN.

Patience ; à ta face on s’accoutumera ,

Et lu verras qu’un jour monsieur te parlera.

Mais ne t’écliappe point. Attends l’heure propice. Depuis dix ans au moins jk suis à son service,

Et n’ose lui parler que par occasion.

Lisette, a Pasquin.

Ce pauvre garçon-là me fait compassion.

Faites que l’on lui dise au moins quelques paroles.

L AFLEÜR.

Toncz. j’aimerois mieux deux mots que deux pistoles. p A s<2 u i lï.

J’y ferai de mon mieux.

LAFLEUR

Enfin , point de milieu ;

Il faut , ou qu’on me parle , ou qu’on me chasse. Adieu. Voilà mon dernier mot ; c’est moi qui vous l’annonce ; Et je parlerai, moi, si je n’ai pas réponse.

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