‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 2Chapitre 153 sur 269 · ACTE I, SCE5E VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCE5E VI

Mais la fortune enfin se tourna contre nous ,

Si bien qu’Antiochus, perce' de mille coups y * Près de tomber aux mains d’tine troupe ennemie, Eui voulut dérober les restes de sa vie,

Et préférant aux fers la gloire de périr , -

Lui-même par sa main acheva de mourir.

Ea reine ayant appris cette triste nouvelle ,

En' reçut tôt après une autre plus cruelle ;

Que Nicanor vivoit; que sur un faulc rapport , ‘ De ce premier époux elle avoit crû la mort; * Que, piqué jusqu’au vif contre son hyméuée’

Son aine à l’imiter s’etoit déterminée;

Et que, pour s'affranchir des fers de son vainqueur 11 alloit épouser la princesse sa sœur.

C’est cette Rodogune .où l’un et l’autre frère i. Trouve encor les appas qu’a voi t trouvés leur père. La reine envoie en vain pour se justifier;

On a beau la défendre, on a beau le prier,

O 11 ne rencontre en lui qu’un juge inexorable;

Et son amour nouveau la veut croire coupable:

J Son erreur est un crime; et ponr l’en punir mieux, Il veut même épouser Rodoguneà ses yeux , Arracher de son front le sacré diadème - • :

Pour ceindre une autre tète en sa présence même; Soit qu’ainsi sa vengeance eût plus d’indignité , Soit qu’ainsi cet hymen eut plus d'autorité,

El qu’il assurât mieux par cette barbarie,

Aux eufans qui naîtroient le trône de Syrie.

Mais tandis qu’animé de colère et d’amour Il vient déshériter ses fils par -6on retour,'

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?.3o RODOCCNE.

Et qu’un gros escadron de parthes pleins de joie Gonduit ces deux amans, et court comme à la proie, La veine, au désespoir de n’en rien obtenir,

Se ré§out de se perdre , ou de le prévenir.

Elle oublie un mari qui veut cesser de l’être.

Qui ne veut plus la voir qu’en implacable maître ; Et changeant à regret son amour en horreur.

Elle abandonne tout à sa juste fureur.

Elle-même leur dresse une embûche au passage; Se mêle dans les coups, porte partout sa rage,

En pousse jusqu’au bout les furieux effets.

Que vous dirai-je enfin? les Parthes sont défaits j Le foi meurt, et dit-ou, par la main de la rciue : Rodogune captive est livrée à sa haine.

Tous les maux qu’un esclave endure dans les fers. Alors sans moi, mon frère, elle les eût soufferts.

La reine, à la gêner prenant mille délices,

Ne comracltoit qu’à moi l’ordre de ses supplices; Mais, quoi que m’ordonnât cette ame toute en feiï, Je promettois beaucoup, et j’exéculois pou.

Le Parthe cependant en jure la vengeance;

Sur nous à main armée il fond en diligence ,

Nous surprend, nous assiège, et fait un tel effort, Que, la ville aux abois, on lui parle d’accord.

Il veut fermer l’oreille, enflé de l’avantage ;

Mais voyant parmi nous Rodogune en otage,

Enfin il craint pour elle, et nous daigne écouter*

Et c’est ce qu’aujourd’hui l’on doit exécuter.

La reine de l’Egypte a rappelé nos princes Pour remettre à l’aîné son trône et ses provinces.

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Rodogune a paru, sortant de sa prison ,

Comme un soleil levant dessus notre liorison.

Le Par [lie a décampé, pressé par d’autres guerres Contre l’Arménien qui j’avage ses terres j D’un ennemi cruel il s’est fait notre appui.

La paix finit la haine, et pour comble aujourd’hui, Dois-je dire de bonne ou mauvaise fortuue?

Nos deux princes tous deux adorent Rodogune.'

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