‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 2Chapitre 168 sur 269 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

RODOGUNE

Quoi! je pourrois descendre à ce lâche artifice

isv.

D’aller de mes amans mendier le service,

Et, sous l’indigne appât d’un coup-d’œil affété; * J’irois jusqu’en leurs cœurs chercher ma sûreté! CHlês de ma naissance ont horreur dés bassesses ; Leur sang tout généreux hait ces molles adresses. Quoique soit le secours qu’ils me puissent offrir , Je. croirai faire assez de le daigner souffrir :

Je verrai leur amour, j’éprouverai sa force.

Sans (latter leurs désirs, sans leur jeter d’auiovcc;

jr? *

254' ROOOGÜNE.

Et, s’il est assez fort "pour me servir d’appui,

Je le ferai régner, mais en régnant sur lui.

Sentimens étouffés de colère et de haine ;

Rallumez vos flambeaux à celles de la reine Et d’un oubli contraint rompez la dure loi’,

Pour rendre enfin justiceaux mines d un grand roi : Rapportez à mes yeux son image sanglante, D’amour et de fureur encore étincelante,

Telle que je le vis, quand tout percé de coups Il me cria : «V engeance 1 Adieu ; je meurs pour vous ! » Chcre-ombre, hélas ! bien loin de l’avoirpoursuivie , J’allois baiser la main qui t’arracha la vie,

Rendro un respect de fdle K qui \j^rsa ton sang ;

Mais pardonne aux devoirs que m impose mou-rang : Plus la haute naissance approche des couronnes,

Plus cette grandeur même asservit nos personnes; Nous n’avons point de cœur pour aimer ni haïr; • Toutes nos passions ne savent qu’obéir.

Après av'oir armé pour venger cet outrage,

D’une paix mal conçueon m’a' faite le gage;

Et moi , fermant les yeux sur ce noir attentat ,

Je suivois mon destin en victime d’Etat;

Mais aujourd'hui qu’on voit cette main parricide, Des restes de ta vie insolemment avide ,

Vouloir encor percer ce sein infortuné ;

Pour v chercher le cœur que tu m’avois donnée De la paix qu’elle rompt je ne suis plus le gag?*;

Je brise avec honneur mon illustre esclavage ;

J’ose reprendre un cœur pour aimer et liair.

Et ce n’est plus qu’il toi que je veux obéir.

DigîTizêd t

^VCTE IIÏ, SC UNE IV.

Le eonsentiras-tu cet effort sur ma (lamine ,- - •

Toi, son vivant portrait, que j’adore dans l’aime, Cher prince , dont je n’ose en mes plus doux squliaiU Fier encore le nom aux murs de ce palais?

Je sais quelles seront tes douleurs et tes craintes^

Je vois déjà tes maux, j’entends déjà tes plaintes : Mais pardonne aux devoirs qu’exige enfin un roi A qui tu dois le jour qu’il a perdn pour moi.

J’aurai mêmes douleurs, j’aurai mêmes alarmes ;

"S’il t’en coûte un soupir, j’en verserai des larmes. Mais, dieux! que je me t rouble eu les v oyant tous deux! Amour , qui me confonds, cache du moins tes feux; Et, content de mon cœur dont je te fais le maître, Dans mes regards surpris garde-toi de paroitre. -

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