‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 2Chapitre 169 sur 269 · ANTIOCHUS, SÉLEUCUS, RODOGUNE. A · texte numérisé non relu

ANTIOCHUS, SÉLEUCUS, RODOGUNE. A

• ANTIOCHUS

Ne vous offensez pas, Princesse, de nous voir

De vos yeux à vous-même expliquer le pouvoir.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que nos cœurs en soupirent A vos premiers regards tous deux ils se rendirent: Mais un profond respect nous fit taire, et brûler J Et ce même respect nous fofee de parler.

L’heureux moment approche où votre destinée Semble être aucunement à la nôtre enchaînée, Puisque d’un droit d’aînesse incertain parmi nous , • La nôtre attend un sceptre, et la vôtre un époux. C’est trop d’indignité que notre souveraine De l’un de ses captifs tienne le nom de reine;

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Notre amour s’en offense, et, changeant celte lo>, Remet à notre reine à nous choisir un roi.

- Ne vous abaissez plus à suivre la couronne;

Donuez-Ja, sans souffrir qu’avec elle ou vous donne ; Réglez notre destin qu’ont mal réglé les dieux; Notre seul droit d’aîucsSe est de plaire a vqs jeux : L’ardeur qu’allume en nous une ilammc si pure Préfère votre choix au choix de la nature,

Et vient sacrifier à votre élection Toute notre espérance et notre ambition.

Prononcez donc, Madame, cl faites un monarque* Nous céderons sans houle à celte illustre marque;

Et celui qui perdra votre divin objet,

Demeurera du moins votre premier sujet;

Son amour immortel Saura toujours lui dire • Que ce rang prèsde vous vaut ailleurs un empire;

' • ' Tl- y mettra sa gloire, et, dans un tel malheur, , .

, - L’hcur de vous obéir flattera sa douleur.

RODOGUNE

Princes, je dois beaucoup à cette déférence ' Do votre ambition et de votre espéiance;

Et j’en recevrois l’offre aveè quelque plaisir ,

Si celles de mon rang avoient droit de choisir. Comme sans leurs avis les rois disposent d’elles Pour affermir leur trône ou finir leurs querelles,. Le destin des États est arbitre du leur , — .

Et l’ordre des traités règle tout dans leur cœur. C’est, lui que suit le mien, et non pas la couronne J’aimerai, l’un de vous, parce qu’il me l’ordonne;

Du secret révélé j’en prendrai le pouvoir ;

Et mon amour pour uaitre attendra mon devoir.

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- • ‘ACTE JII r SC^NE IV. 2 $*]'. *

N’attendez rien déplus, ou votre attente est vaine.

Le choix que vous m’offrez appartient à la reine; J’entreprendrois. sur elle à l’accepter de vous. Peut-être on vous a tu jusqu’où va son courroux ;

Mais je dois par épreuve assez bien le connaître Pour fuir l’occasion de le faire renaître. . *

Que n’eu ai-je souffert! et que u’a-t-elle osé ! ' -

Je veux croire avec vous que tout est appaisé j Mais Craignez avec moi que ce choix ne ranipic Cette haine mourante à quelque nouveau crime:

Par donnez-moi ce mot qui viole un oubli Que la paix entre nous doit avoir établi.

Le feu qui semble éteint souvent dortsousla cendre; Qui l’os^ réveiller peut s’en laisser surprendre ;

Et je mériterois qu’il me pût consumer, ...

Si je lui fournissois de quoi se rallumer. ;

“ SÈLEUCUS.

Pouvez- vous redouter sa haine renaissante,

S’il est en votre main de la rendre impuissante ? Faites un roi, Madame, et régnez avec lui ;

Son courroux désarmé demeure sans appui, J Et toutes ses fureurs sans effet rallumées

Ne pousseront en l’air que de. vaines lumees. . '

Mais a-t-elle intérêt au choix que vous ferez.

Pour en craindre les maux que vous vous figurez?

La couronne est à nous, et sans lui faire injure,

Sans manquer de respect aux droits de la nature, ; ' Chacun de nous à l’autre en peut céder sa part Et rendre à votre choix ce qu’il doit au hasard. Qu’uu si foible scrupule en notre faveur cessé: Vôtre inclination vaut bien un droit d’aînesse,

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Dont vous seriez traitée avec trop de rigueur, . - S’il se trouvoit contraire aux vœux de votre cœur. On vous applaudiroit, quand vous seriez à plaindre; Pour vous faire régner ce seroil vous contraindre, Vous donner la couronne en" vous tyrannisant, « Et verser du poison sur ce noble présent.

Au nom de ce beau feu qui tous deux nous consume. Princesse, à notre espoir ôtez cette amertume;

Et permettez que l’heur qui suivra votre époux Se-puisse redoubler à le tenir de vous.

bodûgvne.

Ce beau feu vous aveugle autant comme il y ous br ùle ; Et lâchant d’avaucer, son effort vous recule.

Vous croyez que ce choix que l’un et 1 autre attend Pourra faire un heureux sans faire un mécontent;

Et moi, quelque vertu que votre cœur préparé,

Je crains d’en faire deux si le mien se déclare.

Won que de l’un et l’autre il dédaigne les vœux;

Je tiondrois à bonheur d’être à l’un de vous deux.: Maissouffrezque jesuiveenfin cequ’on m’ordonne:

Je me mettrai trop haut s’il faut que je me donne; Quoiqu’aisément je cède aux ordres de mon roi,

11 n’est pas bien aisé de m’obtenir de moi.

Savez-vous quels devoirs, quels travaux, quels services, Voudront de mon orgueil exiger les caprices;

Par quels degrés de gloire on me peut mériter;

En quels affreux périls il faudra vous jeter ?

Ce cœur vous est acquis après le diadème,

Princes; mais gardez-vous de le rendre à liii-mêmc. Vous" y renoncerez peut-être pour jamais Quand je vous aurai dit à quel prix je le mets. •

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