‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 2Chapitre 20 sur 269 · SCÈNE II L · texte numérisé non relu

SCÈNE II L

PAULINE, STEAXONICE.

STRATONICE. k

Jevous ai plains tous deux, j’en verse encor des larmes. Mais du moins votre esprit est hors de ses alarmes : Vous y oyez clairement que v otre songe est vain ,

Sévère ne vient pas la vengeance à la main'.

PAULINE

Laisse-moi respirer du moins si tu m’as plainte,

Au fort de ma douleur tu rappelles ma crainle-r Souffre un peu de relâche à mes esprits troublés,

“El ne m’accable point par des maux redoublés.

STEATONICï.

jQuoi! vous craignez encor?

PAULINE. <

Je tremble, Stratonice :

Et, bien que je m’effraie avec peu de justice,

Cette injuste frayeur sans cesse reproduit L’image des malheurs que j’ai vus celle nuit.

AC TE IJ , SCENE f»V.

" S T R A T O N I C Ei

Sévère est généreux. • •

pa U" L I N E.

Malgré sa retenue,

Polyeucte sanglant frappe toujours ma Vue.

STRATONICE

% ous voyez ce rival faire «les vœux pour lui.

PAULIN E

Je crois même au besoin qu’il scroit son appui Mais soit œtte croyance ou fausse , ou véritable,

Son séjour en ce lieu m’est toujours redoutable;

A quoi que sa vertu puisse le disposer,

• 11 est puissant, il m’aime, et vient pour m'épouser.

POLYEUCTE, NÉAPlQUE, PAULINE,

STRATONICE

/ v POLYEUCTE.

C’est trop verser de pleurs ; il est temps qu’ils tarissent, Que votre douleur cesse, et vos craintes linissent; * Malgré les faux avis par vos dieux envoy«is ,

Je suis vivant, Madame , et vous me revoyez.

' - PA ULINE.

' Le jour est encor long ; ©t ce qui pliis m’effraie , •

La moitié de l’âvis se trouve déjà' vraie : • *

J’ai cru Sévère mort", et je le vois ici. ‘ • polyeucte." -

Je le sais; mais enfin j’en prends^eu de souci.

Je suis dans Mélitène ; et quel que soit Sévère Vofie père y commande, fet m’y considère;

4a , ÏOIVEUÇIE.

Et je ne pense pas qu’on puisse avec raison D'un cœur tel que le sien craindre ilue trahison:

On m’avoit assuré qu’il vous faisoit visite ,

Et je-venois lui rendre un honneur qu’il mérite.

x •* PAULINE.- . . - .

Il vient de me quitter assez triste et confus;

Mais j’ai. gagné sur lui qu’il ne me verra plus. »

l. ' PCX Y E U C T E. 1 ’ .

Quoi ! voÛ6tnc soupçonnez déjà de quelque ombrage?

' pIu.line.

Je ferois à tous trois un trop sensible outrage.

J’assure mon repos que troublent ses regards.' «

La vertu la plus ferme évite les hasards :

Qui s’expose au péril veut bien trouver sa perte :

Et pour yous en parler avec une ame ouverte , Depuis qu’un vrai mérite a pu nous enflammer,

Sa présence toujours a droit de nous charmer» Outrequ’on doit rougir de s’eu laisser surprendre,

On souffre à résister, on souflïe à s’en défendre ;

Et bien que la vertu triomphe de ces feux ,

La victoire est pénible , et le combat honteux.

O vertu trop parfaite, et devoir trop sincère,

Que vous devez coûter de regrets a Sévère !

Qu’aux dépens d’un beaufeu vous me rendez heureux ! Et que vous êtes doux à mon cœur amoureux!

Plus je vois mqs défauts, et plus je vous contemple, Plus j’admire.... ' v ■ ’ ■

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