SCÈNE J
NICOMÈDE, L A.ODICE.
UODICE.
Après tant de hauts faits , il m’est bien doux , Seigneur f De voir encor mes yeux regnèr sur votre cœur :
De voir , sous les lauriéts qui vous couvrent la tête , Un si grand conquérant être encor ma conque te T Et de toute la gloire acquise à ses travaux Faire un illustre hommage à ce peu que je vaûx. Quelques biens toutefois que le ciel me renvoie ,
Mon cœur épouvanté se refuse à la joie : '
Je vous vois à regret , tant mon cœur amoureux, Trouve la cour pour vous un séjour dangereux.
"Votre marâtre y règne ; et le roi votre père Ne voit que par ses yeux , seule la considère ,
Pour souveraine loi n’a que sa volonté :
Jugez après cela de votre sûreté. ,
3o8 nicomède. . . .
La haine que peur vous elle a si naturelle,
A mon occasion encor se renouvelle.
Votre frère sou fils , depuis peu de retour-..
•il
N ICO ME DE.
Je le sais , ma Princesse ; et qu’il vous faiLla cour.
Je sais que les Romains , qui l’avoient en otage ,
L’ont enfin renvoyé pour un plus digue ouvrage j Que ce don à sa mère étoit le prix fatal ",
Dont leur Flaminiusmarchandoit Annibal ;
■ Que le roi par son ordre eût livré ce gran^Jiomme t S’il n’eût par le poison lui-même évité-Rame ,
Et rompu par sa mort les spectacles pompeux Où l’effroi de son nom le dcstinoilchcz eux.
Par mon dernier combat je voyois réunie •
La Cappadoce entière avec la Bitliyjnie ,
Lorsqu’à cette nouvelle , enflammé de courroux. D’avoir perdu mon maître, et de craindre pour vous, J’ai laissé mon armée aux mains de Théagènc ,
Pour voler eu ces lieux au.secoiirs de ma reine.
Vous en aviez besoin , Madame , et je le vois , .Puisque Flaminius obsède encor le roi.
Si de son arrivée Annibal fut la cause j
Lui mort, ce long séjour prétend quelque autre chose.
Et je ne vois que vous qui le puisse arrêter ,
Pour aider a mon frèr e à vous persécuter.
- , . ' -^AODJCE. „ .
Je ne veux point douter que sa vertji romaine \ JJ’embrasse avec chaleur l’intérêt do la reine : Annibal., qu’elle vient de lui sacrifier ,
L’engage en sa querêlle , et m’enfuit défier.