‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 2Chapitre 223 sur 269 · FLAMINIUS, LAODICE · texte numérisé non relu

FLAMINIUS, LAODICE

» . . - FLAMI NI US.

- , •; Madame , enfin une vertu parfaite...

LAODICE

Suivez le roi, Seigneur, votre ambassade est faite;

Et je vous dis encor, pour ne vous point flatter, Qu’ici je ne la dois ni la veux écouter.

FLAMINIUS

E| je vous parle aussi, dans ce péril extrême,

• . Moins en ambassadeur qu’en homme qui vous aime,

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« A*C3t III, SCENE II. 343

Et qui, louché du sort que vous vous préparez,

Tâche à rompre le cours des maux où vous courez.

J’ose doue comme ami vous dire .en confidence Qu’une vertu parfaite a besoin de prudence,

Et doit considérer, pour son propre intérêt, è*

Et les temps où l’on vit, et les lieux où l’on est.

La grandeur de courage en une amc royale,

N’est sans cette vertu qu’une vertu brutale,

Queson mérite aveugle, et qu’un faux jour d’honneur Jette en un tel divorce avec le vrai bonheur, Qu’elle-même se livre à ce qu elle doit craindre,

Ne se fait admirer que pour se faire plaindre,

Que pour nous pouvoir dire, après un grand soupir, - « J’avois droit de régner, et n’ai su m’en servir! » ''

Vous irritez un roi dont vous voyez l’armée Nombreuse, obéissante, à vaincre accoutumée :

Vous êtes eu ses mains, vous vivez dans sa cour,

laodice. t

Je ne sais si l’hoimeur eut jamais un faux jour, Seigneur; mais je veux bien vous répondre eu amie. 1 Ma prudence n’est pas tout ù fait endormie; à

Et sans examiner par quel destin jaloux La grandeur de courage est si mal avec vous,

Je veux vous faire voir que celle que j’étale

N’est pas tant qu’il vous semble une vertu brutale; <

Que, si j’ai droit au trône, elle s’eu veut servir.

Et sait bien repousser qui me le veut ravir.

Je vois sur la frontière une puissante armée,

Comme vous l’avez dit, à vaincre accoutumée ;

Mais par quelle conduite , et sous quel général ? j

Le roi, s’il s’eu fait fort, pourrait s’en trouver mal; ,

Digiti 2

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344 JflCOMLDB. !..

' Et s’il vouloit passer de sou pays au nôtre ,

Je- lui couseillerois de s’assurer d’un autre.

Mais je vis dan* sa cour, je suis dans ses Etats, .

Et j’ai peu de raison de ne le craindre pas!

Seigneur, dans sa cour même, et hors de l’Arménie, La vertu trouve appui contre la tyrannie.

Tout son peuple a des yeux pour voir quel attentat Font sur le bien public les maximes d’Etat :

Il connpît Nicomcde, il connoit sa marâtre j Il en sait, il en voit la haine opiniâtre ;

Il voit la servitude où le roi s’est soumis , ' '

Et connoît d’autant mieux les dangereux amis.

Pour moi, que vous croyez au bord du précipice, Bien loin de mépriser Àttale par caprice,

J’évite les mépris qu’il rccevroit de moi S’il teuoit de ma main la qualité de roi.

Je le regarde rois comme uneame commune, Gomme un homme mieux né pour une autre fortune. Plus mon sujet qu’époux; et le nœud conjugal Ne le tireroit pas de ce rang inégal.

Mon peuple à mon exemple en feroit peu d’estime. Ce séroit trop, Seigneur, pour un cœur magnanime : Mon refus lui fait grâce , et malgré ses désirs. J’épargne à sa vertu d’éternels déplaisirs.

FL A MINIUS.

Si, vous me dites vrai, vous Otes ici reine :

Sur l’armée et la cour je vous vois souveraine}

Le roi n’est qu’une idée , et n’a de son pouvoir Que ce que par pitié vous lui laissez avoir.

Quoi! même vous allez jusques à faire grâce! • Après cela, Madame, excusez mon audace}

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