ACTE- III, SCCXE II. 34o
Souffrez que Rome cnfiu vous parle par ma voi^j Recevoir ambassade est encor de vos droits :
Ou si ce nom vous choque ailleurs qu’en Arménie, Comme simple romain souffrez que je vous die Qu’être allié de Rome, et s’en faire un appui C’est l’unique moyen de régner aujourd’hui ;
Que 'c’est par là qu’on tient ses voisins en contrainte, Ses peuples en repos, ses ennemis en crainte;
Qu’un prince est dans son trône à jamais affermi, . Qyartd il est honoré du nom dé son ami ;
Qu’Attale avec ce titre est plus roi, plus monarque, Que tous ceux dont le front ose en porter la marque; Et qu’enfin...
LAODICE
Il suffit ; je vois bien ce que c’est :
Tous les rois ne sont rois qu’autant comme il vous plaît: Mais si de leurs Etats Rome à sou gré dispose,
Certes, pour son Attale elle fait peu de chose;
Et qui tient en sa main tant de quoi lui donner,
A mendier pour lui devroit moins s’obstiner.
Pouf un prince si cher sa réserve m’étonne :
Que ne me l’oflrc-t-elle avec une couronne?
C’est troprm’imporluner en faveur d’un sujet,
Moi qui tiendrois un roi pour un indigne objet,
S’il venoit par votre ordre, et si votre alliance Souilloit entre ses mains la suprême puissance.
Ce sont des sçnlimeus que je ne puis trahir :
•Je 11e veux point de rois qui sachent obéir;
Et puisque vous voyez mon ame tonte entière, Seigneur, ne perdez plus menace ni prière.
346 , NIOOMÈDE.
F L A MINI i; s.
Puis-je ne pas vous plaindre en ccl aveuglement?
♦ Madame, encore un coup, pensez-y mûrement': Songez mieux ce qu’est Rome, et ce.qu’ellé peut faire; Et si vous vous aimez, craignez île lui déplaire. Carthage étant détruite, Antioclms délait,
Rien de nos volontés ne peut troubler l'effet, #
‘Tout fléchit sur la terre, et tout tremble sur fondé;
Et Rome est aujourd’hui la maîtresse du monde.
CAO DI CE.
La maî tresse du monde ! Ali! vous mq feriez peur S’il ne s’en falloit pas l’Arménie et mon cœur,
Si le grand Annibal u’avoil qui lui succède,
S’il ne revivoit pas au prince Nicomède,'
Et s’il n’avoit laissé dans de si digues mains -•L’infaillible secret de vaincre les Romains.
Un si vaillant disciple aura bien le courage D’en mettre jusqu’au bout les leçons en usage :
L’Asie en fait l’épreuve, oii trois sceptres conquis Font voir en quelle école il en a tant appris.
Ce sont des coups d’essai, mais si grands que peut-être Le Capitole a droit d’en craindre un coup de maître,
Et qu’il ne puisse un jour...
Ce jour est encor loin,
Madame, et quelques-uns vous diront au besoin .
Quels dieux du haut en bas renversent les profanes}
Et que même au sortir de Trébie et de Cannes , ^
Son ombre épouvanta votre grand Annibal.
Mais le voici ce bras à Rome si fatal. \ ' Y*
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