‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 2Chapitre 51 sur 269 · FA B I A N · texte numérisé non relu

FA B I A N

Sans accuser le sort ni le ciel d’injustice,

Prenez garde au péril qui suit un tel service ; Vous hasardez beaucoup , Seigneur, pensez-y bien Quoi! vousPéntreprenez de sauver un chrétien I Pouvez-vous ignorer pour cette secte impfe Quelle est et fut touLaurQa haige de Décie?

C’est un crime vers lui si grand, si capital ,

Qu’à votre faveur même il peut être fatal.

• SÉVÈRE

Cet avis seroit bon pour quelque ame commune. S’il tient entre ses mains ma vie et ma fortune»

Je suis encor Sévère; et tout ce grand pouvoir Ne peut rien sur çSa gloire et rien sué mon devoir. Ici l’honneur m’oWjjjei et j’ÿ yeux^Sirfsîee : *

Qu r aprèsle sort Contraire,

-Comme son naturel est touy>i^^fhe<mstant' ; ' , Périssant glorieux , je périrai content.

Je tç dirai bien plus, mais avec confidence.

La secte 'des chrétiens n’est pas ce que l’on pense :*

8o • T'OlïEüCfB.

On les hait; la raison , je ne la connois point;

Et je ne vois Décie injuste qu’en ce point.

Par curiosité j’ai voulu les connoître ;

Orties tient pour sorciers dont l’enfer est le maître;

Et sur cette croyance ori punit du trépas

Des mystères secrets que nous n^en tentions pas.

Mais Cérès, Eleusine, et la bonne déesse,

Ont leurs secrets comme eux à Rome et dans la Grèce, Encore impunément nous souffrons en tous lieux, Leur Dieu seul excepté, toute sorte de dieux;

Touslcs monstres d'Egypte on tleurs temples dans Rome Nos aicuxJi leur gré laisoicnt un dieu d’un homme;

Et, leur sang parmi nous conservant leurs erreurs, Nous remplissons le ciel de tous nos empereurs:

Mais à parler sans fard de tant d’apothéoses,

L’effet est bien douteux de ces métamorphoses.

Les chrétiens n’ont qu’un Dieu, maître absolu de tout, De qui le seul vouloir fait tout ce qu’il résout:

Mais, si j’ose entre nous dire ce qui me semble,

Les rlôtres bien souvent s’accordent mal ensefhble;

Et , me dût leur colère écraser à tes yeux , *

Nous eh avons beaucoup pour être de vrais dieux. Peut-être qu’après tout ces croyances publiques Ne sont qu’inveutions de sages politiques,

Pour contenir un peuple ou bien pour l’émouvoir,

Et dessus sa foiblessc affermir leur pouvoir.

Enfin chezles chrétiens les mœurs sont innocentes,

Les vices détestés, les vertus florissantes ;

Ils font des vœux pour nous qui les persécutons;

El depuis lapt de temps que nous les tourmentons,

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