‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 2Chapitre 56 sur 269 · FUIS · texte numérisé non relu

FUIS

Ce zèle de ta foi ne sert qu’à te séduire ,

Si tu cours à la mort plutôt que dc'm’iustruire.

POLYEUCTE

Je vous en parlerois ici hoÉs de saison : •

Elle est un don- du ciel , et noi\do la raison ;

Et c’est là que bientôt, voyant Dieu face à face, Plus aisément pour vous j’obtiendrai*cetle grâce.

FÉLIX. '

Ta perte cependant me va désespérer.

f polyeucte.

Vous avez en vos mains de quoi la réparer.:

En vous ôtant un gendre, on vous en donne un autre Dont la Condition répond mieux à la vôtre ;

Ma perte n’estpour vous qu’un change avantageux.

FÉLIX

Cesse de me tenir ce discours outrageux.

Je t’ai considéré plus que tu ne mérites ;

Mais, malgré ma bonté, qui croît plus tu l’irrites, Cette insolence enfin te reddroit odieux,

Et je me vengerois aussi bien que nos dieux.

POLYEUCTE

Quoi! vous changez bientôt d’humeur et de langage! Le zèle devos dieux rentre en votre courage !

Celui d’être chrétien s’échappe! et par hasard Je vous viens d’obliger à me parler sans fard !

if „ FÉLIX.

Va, ne présume pas que, quoi que je te jure.

De tes nouveaux docteurs je suive l’imposture.

Je flattois ta manie afin de t’arracher Du honteux précipice où tu vas trébucher;

88 POEYE'ÙC’Î'E.

Je voulois gagner temps pour ménager ta vie Après l’éJbignetaènt cl’un flatteur de Déciè : •

Mai? j’ai tropfàit d’injure à nos dieux tout-puissans ; Choisis de leur donner tbn sang, ou de F encens*

OLTECCT E.

Mon choix n’est point douteux. Màiis j’aperçois Pauline. O' ciel! . . ' >'*" - V

SÇ£N#ÏII,' ; ;

PAULINE, FÉLIX, FOLYEUCTÇ, ALBIgi.

EAÎjiçaw-E.. / j, . :

Qui de vous deux aujourd’hui m’assassine’?

Sont-ce tous deux ensemble, on chacun h son tour?

Ne pourrai-je fléchir la nature, ou l’amour?

Et n’obtfendrai-je rien (T un époux, ni d’un père?

* ^> \ * -* * rp

Parlez à votre époux.-

.*'• •• , •■ÏOLYEÜ^CI*'

. • . ... . •Vivez aV*ec Sévère^

PAULINE.'

Tigre , assassine-moi du moins sans m outrager.

POLYEUCTÎ^i ‘ - f

Mon atnpur, par pitié , cherche a vous soulager •

Il voit quelle douleur dans l’amc vous possède ,

Et Sait qu’ün autre amoij^ en est lé s#ul remède. Puisqu’un si grand mérite a pu yoiis enflammer, è Sa présence toujours a droit de vôus clt&rmer :

Vous l’aimiez, il vous aimé'; et sa gloire augmentée

. ’• * •' * ' , ÏAU1IKÏI- . N

Que t’ai-je Fait j^eruel , pour être ainsi traitée, .

•acte, r, scinjE nr. .8tj

Et pour me reprocher, au mépris de ma foi ,

Un amour si puissant que j’ai vaincu pour toi?

Vois, pour te faire vaincre un si fort adversaire,

Quels effortsik îjooi-mème il a fallu me faire ,

Quels combats j’ai donnés pour te donner un cœur Si justement acquis à son premier vainqueur;

Et s! l’ingratitude en ton cœur ne domine,

Fais quelque effort sur toi pour te rendre à Pauline: Apprends d’elle à forcer ton propre sentiment ;

Prends sa vertu pour guide eu ton aveuglement ; Souffre que de loi-même elle obtienne ta vie ,

Pour vivre sous tes lois à jamais asservie.

Si tu peux rejeter de si justes désirs ,

Jfegarde au moins ses pleurs, écoute ses soupirs;

]Ne désespère pas une amè qui t’adore.

POIYEU et Ê.

Je vous l’ai déjà dit, èt vous le dis encore ,

Vivez avec Sévère, ou mourez avec moi.

Je ne méprise point vos pleurs ni votre lob;

Mais, de quoi que pour vousufctre autour m’entretienne, Je ne vous commis plus si vous n’êtes chrétienne.

C’en est assez : Félix , reprenez ce courroux ,

Et sur cet insolent vengez vos dieux et vous.

PAULINE

Ah! mon père * son crime à pçine cstpardonuable;

M aïs s’il est insensé , vous êtes raisonnable :

La nature est trop forte , et ses aimables traits Imprimés dans le sang ne s'eftacent jamftis';

Un père est toujours père, et sur cette assurance J’ose appuyer encore un reste d’espérance.

. '«Ci*

QO POLYEUCTE.

Jetez sur votre fille un regard paternel:

Ma mort suivra la mort de ce cher criminel ;

Et les dieux trouveront sa peine illégitime,

Puisqu’elle confondra l’innocence et le crime,

Et qu’elle changera, par ce redoublement, * J En injuste rigueur un juste châtiment :

Nos destins, par vos mains rendus inséparables,

Nous doivent rendre heureux ensemble, ou misérables; Et vous seriez cruel jusqùcs au dernier point,

Si vous désunissiez ce que vous avez joint.

Un cœur à F autre uni jamais ne se retire;

Et pour l’en séparer il faut qu’on le déchire.

Mais vous êtes sensible à mes justes douleurs,

Et d’un œil paternel vous regardez mes pleurs.

, ' FÉLIX

Oui , ma fille , il est vrai qu’un père est toujours père : 1

Rien n’en peut effacer le sacré caractère ;

Je porte un cœur sensible, et vous l’avez percé.

Je me joins avec vous contre cet insensé.

Malheureux Polyeucte, es-tu seul insensible?

Et veux-tu rendre seul ton crime irrémissible? Peux-tu voir tant de pleurs d’un œil si détaché? Peux-tu voir tant d’aniaur sans en être touché?

Ne reconnois-tu plus ni beau-père, ni femme,

Sans amitié pour l’un, et pour l’autre sans flamme? Pour reprendre les noms et de gendre et d’époux, Veux-tu nous voir tous deux embrasser tes genoux?

POLYEUCTE. -

Que tout cet artifice est de mauvaise grâce !

Après avoir deux fois essayé la menace,

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