‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 3Chapitre 154 sur 187 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

"'scène l: .

SERTORIUS, POMPÉE; suit*."

SERT ORI US

V** V ti V

Seigneurs, qui des mortels eût jamais ose croire Que la trêve à te! point dut rehausser mai gloire -, Qii’uu nom h qui la guerre a fait trop applaudir Dans l’ombre de la paix trouvât à s’agrandir? Certes je doute encor si ma vue est trompe'e , Alors que dans ces murs je vois le grand Pompe'e ; Et , quand il lui plaira , je saurai quel bonheur Comble Sertorrus d’un tèl excès d’houneui*

POMPEE

Deui; raisons. Mais, Seigneur , faites qü’on se TCthe , Aflp qu’en liberté je puisse vous. lc.dire.

'SERTO RItîS etPOMPÉE, assis.- '

*. ; îompïV.

E’inimitié qui règne entre nos deux partis N’y rend pas de l’honneur tous les droits amortis : Comme le vrai mérite a ses prérogatives!,"

Qui prennent le dessus des haines'les plus vives ,

SERTÇrtVtUS. ACTE 1 1 T» ; SCENE. Xi.'. 2Ô1 - *

L’estime et le respect sont de justes tributs Qu’aux plus fiers ennemis arrachent les vertus ' r - Et c’est ce que vient Tendre a la haute vaiDance

t)onl je ne fais ici- que trop d’expérience, . •*

L [ardeur de voir de près un si fameux héros , • • Sans'lui voir en la main piques ni javelots ,

• El le'front désarmé de ce regard terrible *

Qui dans nos escadrons guide un bras inviuciblc.

3e suis jeune , et guerrier, et tant de fois vainqueur , Que mon. trop de fortune a pu m’enfler le cœur ;

Mais , 'et ce franc aveu sied bien aux grands courages > J’apprends plus contre vous par mes désavantages^ Que les plus beaux succès qu’ ailleurs j’aie emportés Ne m’ont encore appris par mes prospérités. > î ^ •

Je vois ce qu’illaut faire , K voir ce que vous faites,

Les sièges , les assauts , les savantes retraites ,.**

Bien camper., bien choisir k chacun son emploi Votre. exemple est partout une étude. pour moi.

Ab .’ si je vous pouvois rendre à la république ,

Que jé crOirois lui faire un présent magnifique !

El que j irpis , Seigneur , à Rome aveç plaisir,

‘Euisquc la ti ève enfin m’en donrte le loisir , 1

St j’y pouv.ois porter quelque •'foiblc espéranco. , D’v'cÇmcluré un accord d’une telle importance !•. Préside l'heureux Sylla ne puisrje rien pour vous ?■

Et près deÿous , Seigneur , ne puis-je rien poiu - tous - /

"* SERT OR IUS. • * *

Vous mêpourriez'sans doute épargner quelque peine, .Si vous youllei 'avoir Taine tonte romaine: ^ • .

Mnis , avant que d’entrer en ces difficultés , * *• ' # ' Souffrez queq e réponde à vos ciyilités, V * . •

• aHi ,*-i/ / ‘ SIKT0R1US. . ,. w *

Vous ne me donnez jien par célte haute estime ( -

- Que vous u’ayez déjà dans le degré sublime. '

La 'victoire attachée à vos premiers exploits , ;

'm lin triomphe avant L’àge où le souffrent nos loi«^ Avant la dignité qui permet d’v prétendre x Font trop voir quels respects l’univers vous doitXpndre. 4?* dans l’occasion je ménage un peu mieux L’assiette du pays etla faveur des lieux ,

Si mon expérience en prend quelque avantage n Le grand art delà guerre attend quelquefois l’àge j Le temps y fait beaucoup : et de mes actions

• S’il vous a plu tirer quelques instructions ,

• Mes exemples un jour ayant fait place aux vôtres ,

• Ce que je vous apprends, vousl’appl eudrez à d’autreS,

-* Etccux qu’aura ma mort saisis de mon emploi S’instruiront contre vous , comme vous contre moi.

" Quant à l’beureux Sylla, je n’ai rien à vous dire,*- Je vous ai montré l’art d’alfoiblir son empire y Et si je .puis jamais y joindre des leçons , •

• Dignes de yous apprendre à repasser les nfonts , '*

Je suivrai d’assçz près votre illustre retraite Pour traiter avec lui sans besoin d’interprcte, * »

, Et sur les bords du Tibre , une pique à la main ,

• Lui demander raison pour le peuple romain.

POMPEE

De -si. hautes leçons , Seigneur, sont difficiles,

Et pourroient vous donner quelques soins inutiles , Si vous faisiez dessein de me les expliquer Jusqu’à m’avoir. appris à les bien pratiquer. •

«qIc

• ACTE X-i I > SCENE II - . x53,

‘ SERTORIUS. • * t* ■

Aussi me pourriez-vous e'pargner quelque peine,

Si Vous vouliez avoir l’ame toute romaine?

Je vous l’ai 'déjà dit.

- . ^ POMPEE

■ .V . - Ce discours rebattu •.*

Lasseroit une austère et farouche vertu : .* 4

Popr moi quivôus honore assez pour me contraindre À fuir obstinément tout sujet de m’en plaindre,

Je ne veux rien comprendre en ces obscurités.

SERTORIUS

Je sais qu’on n’aime point de telles vérités :

Mais, Seigneur, étant seuls, je parle avec franchise; Bannissant les témoins vous me l’avez permise ; lit je garde avec vous la même liberté .»» -

Que si votre Sylla n’avoit jamais été. *,

Est-ce être tout romain qu’être chef d’une guerre Qui Veut tenir aux fers lesmaitres de la terre ?

Ge nom, sans vous et lui, nous seroit encor dû G’estpar lui, c’est par vous que nous l’avons perdu. Ç’çst vous qui sousle joug traînez des coeurs si braves ;

Ils étoientplus que rois, ils sontmoindres qn’ esclaves ; Et la gloire qui suit vos plus nobles travaux ÎJe fait qu’approfondir l’abîme de leurs maux ;

Leur njisère.est le fruit de votre illustre peine.

Et vous pensez avoir l’ame toute romaine l I^Quyavez hérité ce nom de vos aïeux ; ' ' ’ Û

Mais s!il vous étoit cher , vous le rempliriez mieux.

POMPÉE

Je crois le bien remplir quand tout mon cœur, s’applique Aux soins de rétablir un jour la république :

SI

35^*- SEBTORUJS.

Mate vuus jugez, Seigneur, (le l’ame par le bras J Et souvent l’uu paroît ce que l’autre n est pasw ^

’ . Lorsque deux factions divisent un empire ,

Chacun suit au hasard la meilleure ou la pire ,

Suivant l’occasion on la nécessité » » *

’ Qui l’emporte vers l’un ou vers l’autre côté.'

" *Lc plus juste parti, difficile a connoitre, i r Nous laisse en liberté de nous choisir un maître ;

? - Mais quand ce choix est fuit on ne s en dédit plus-.

J’ai servi sous Svlla du temps de Marins,'

' Èt servirai sous lui tant qu’un destin funeste

De nos divisio'ns soutiendra quelque reste. * *

. ' Cbmmc je ne vois pas dans le fond' dé son cœur,

’• 3’ ignore quels projets peut former son bonheur,

S’il les pousse trop loin, moi-même je l’en blâme;

. * Je lui prête mon bras sans engager mon amc ;

Je m’abandonne au cours de sa félicité, •

Tandis que tous mes vœux sont pour la liberté; •

Et c’est ce qui me force à garder une place • . Qu’nsurperoient sans moi l’injustice et 1 audace,

Afin que Sylla‘ mort , ce dangereux pouvoir • * Ne tombe qu’en des mains qui sachent leur devoii . Enfin je sais mon but , et vous savez le vôtre.

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