‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 3Chapitre 155 sur 187 · SE R T OR I US · texte numérisé non relu

SE R T OR I US

Maiscependanl, Seigneur, vous servez Comme un autre :

- Etnous-qui jugeons tout sur la loi de nos yeux,

'.'Et laissons le dedans à pénétrer aux dieux, • *»'

Nous craignons votre exemple, et doutons si dans Rome

Il n’instruit point lepcuple àprendre loi d’un homme,

. Et si votfc valeur sous le pouvoir d’autrui

^e sème point pour vous lorsqu’elle agit pour Jui.

. A>CTB II I, SC-KKE fl.' • . . a'55

Comme je vous estime, il m’est aisé de croire Que de la liberté vous feriez votre gloire ,

Qpe.votre aroe en sccretlui donnetous ses vœux;,. Mais si je m’eu rapporte aux esprits soupçonneux,

• Vous ‘aidez aux Romains à faire essai d’un maîtrej Sous ce flatteur espoir qu’un jour vous pourrez F être. La main qui les opprime, et que vous soutenez, '

Les accoutume au joug que vous leur destinez ; t En doutant s’ils voudront se faire à l’esclavage, • . Ayrs périls de Sylla vous tâtez leifr courage. %

POMPÉE

Le temps détrompera ceux qui parlent ainsi ;

Mais fnstif îra-t-il ce que l’on Voit ici ? •

. Permettez qu’à mon tour je parle avec franchise; Votre exemple à la fois m’instruit et m’autorise'.'*

Je juge, comme vous, “sur la foi de mes yeux,

Et laisse le dedans à pénétrer aux dièux.

Ve vit-orî pas ici sous les ordres d'un homme ?'

N’y commandez-vous pas comme Sylla dans Rome? Du nom de dictateur; du nom de général , Qu’importe si des deux le pouvoir est égal? * . Lés titres différons ne font rien à la chose ; , •

Vous imposez des lois ainsi qu’il un impose ;

Et s’il est périlleux de s’en faire hâir,

Il ne sfe roi t pas sûr de vous désobéir.

Pour moi - , si quelque jour je suis ce que vous ctes* J’en userai peut être alors comme vous faites : • Jusque-là...

“ sertorius. «

Vous pourriez cil douter jusque-là, . ,* Et me faire’ un peu moins ressembler à Sylla.

a5S . . • V5IURT0R1US.

Si je commande ici, le sénat me l’ordonne, , Mes ordres n’ont encore assassiné personne.

. Je- n’ai pour ennemis que ceux dti bien commun : Je leur fais bonne guerre et n’en proscris pas un. C’est un asile ouvert que mon pouvoir suprême ; ,E!i si F on m’obéit, ce n’est qu’autaut qu’ou m’aime. POMPEE; *

Et votre empire en est d’autant plus dangereux, Qu’il vend de vos vertus les peuples amoureux, . Qu’eri assujettissant vous avez l’art de plaire, , QU’on croit n’être en vos fers qu’esclavé volontaire, Et que la liberté trouvera peu de jour

• A détruire un pouvoir que l'ait régner l’amour. Ainsi parlent, Seigneur, les âmes soupçonneuses. • Mais n’examinons point ces questions fâcheuses ,

Ni si c’est un sénat qu’un amas de bannis

Que cet asile ouvert sous vous a réunis.

Une seconde fois, n’esl-il aucune voie

Par où je ptiisse à Rome emporter quelque joie ?

Ellé seroit extrême à trouver les moyeus

De rendre un si grand homme à ses concitoyens.

Il e$t doux de revoir les murs de la patrie :

C’est elle par rqa voix, Seigneur, qui vous eu prie; C’est Rome...

• Le séjour de votre potentat,

Qui n’a que ses fureurs pour maximes d’Etat!

Je n’appelle plus Rome un enclos de murailles »

Que ses proscriptions comblent de funérailles ;

* Ces murs dont le destin fut autrefois si beau ,

N’cn sont <jue la prison, ou plutôt le tombeau;

Page 1