ACTE V, SCÈNE IV
<^)uc malgré son amour, que malgré mon courroux,
Il a fait ses efforts pour me donner à vous;
Et qu’à moins qu’il vous plût lui rendre sa parole , Tout mon dessein n’étoit qu’une atteinte frivole; Qu’il s’obslinoitpour vous au refus de ma main.
ARISTIÏ.
Et tu peux lui plonger un poignard dans le sein î Et ton bras
viriate.
Permettez , Madame , que j’estime La grandeur dei’ amour par la grandeur du crhn e. Chez lui-même, à sa table, au milieu d’un festin, D’un si parfait ami devenir l’assassin,
Et de son général se faire un sacrifice,
Lorsque son amitié lui rend un tel service; Renoncer à la gloire , accepter pour jamais L’infamie et l'horreur qui suit les grands forfaits ; Jusqu’en mon cabinet porter sa violence,
Pour obtenir ma main m’y tenir sans défense;
Tout cela d’autant plus fait voir ce que je doi A cet excès d’amour qu’il daigne avoir pour moi; Tout cela montre une ame au dernier point charmée. Il seroit moins coupable à m’avoir moins aimée : Et comme je n’ai point les seutimens ingrats,
Je lui veux conseiller de ne m’épouser pas.
Ce seroit en son lit mettre son ennemie,
Pour être à tous momens maîtresse de sa vie ;
Et je me résoudrais à cet excès d’honneur,
Pour mieux chpisir la place à lui percer le cœur; SeignettryvoUà l’effet de ma reconnoissance. *
Du reste, ma personne est en votrepuissance;
RÉPERTOIRE. Tome III. 25
294 SfiRTOiUÜS,
Vous êtes maître ici, commandez, disposez,
Et recevez enfin ma main, si vous l’osez. '
PERPENNA
Moi! si je l’oserai ? Vos conseils magnanimes Pouvoient perdre moins d’art à m’étaler mes crimes: J’en connois mieux que vous toute l’énormité ,
Et pour la bien connoître ils m’ont assez coûté.
On ne s’attache point sans un remords bien rude A tant de perfidie et tant d’ingratitude :
Pour vous je l’ai domté, pour vous je l’ai détruit ; J’en ai l’ignominie, et j’en aurai le fruit.
Menacez mes forfaits, et proscrivez ma tête;
De ces mêmes forfaits vous serez la conquête ;
Et n’eût tout mon bonheur que deux jours à durer, Vous n’avez dès demain qu’à vous y préparer.
J'accepte votre haine, et l’ai bien méritée;
J’en ai prévu la suite, et j’en sais la portée.
Mon triomphe....