‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 3Chapitre 26 sur 187 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MARTIAN, PULCHËRIE.

MA RT IA N. '

Je veux bien l’avouer, Madame , car mon cœur A de la peine encore à vous nommer mà sœur, Quand, malgré ma fortune à vos pieds abaissée, J’osai jusques à vous élever ma pensée,

Plus plein d’étonnement que de timidité, J’interrogeois ce cœur sur «a témérité;

Et dans ses mouvcmens, pour secrète réponse.

Je sentois quelque chose au-dessus de Léonce, Dont, malgré ma raison, l’impérieux effort Emportoit mes désirs au-delà de mon sort.

■ ' P U L CHERIE. ’

Moi-même assez souvent j’ai senti dans mon ame Ma naissance en secret me reprocher ma flamme. Mais quoi! l’impératrice, 'i qui je dois le jour, Ayoit innocemment fait naître cet amour.

J’approchois dé quinze ans, alors qu’empoisofinée Pour avoir contredit mon indigne hyménée Elle mêla ces mots à ses derniers soupirs.:

« Le tyran veut surprendre ou forcer vos désirs , Ma fille; et sa fureur V son fils vous destine :

Mais prenez un époux des mains de Léontine;

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Elle garde un trésor qui vous sera bien cher. »

Cet ordre en sa faveur me sut si bien toucher,

Qu’au lieu de la haïr d’avoir livré mon frère ,

J’en tins le bruit pour faux, elle me devint chère ;

Et confondant ces mots de trésor et d’époux ,

Je crus les bien entendre, expliquant tout de vous. J’opposois de la sorte à ma fière naissance Les favorables lois de mon obéissance;

Et je m’imputois même à trop de vanité De trouver entre nous quelque inégalité.

La race de Léonce étant patricienne,

• L’éclat de vos vertus l’égaloil à la mienne ;

Et je me laissois dire en mes douces erreurs :

« C’est de pareils héros qu’on fait les empereurs;

Tu peux bien sans rougir aimer un grand courage A qui lemonde entier peut rendre uu juste hommage. « J’écoutois sans dédain ce qui m’autorisoit :

L’amour pensoit le dire, et le sang le disoit ;

Et de ma passion la flatteuse imposture S’emparoit dans mon cœur des droits de la nature.

MARTI AN

Ali! ma sœur, puisqu’en fin mon destin éclairci Veut que je m’accoutume à vous nommer ainsi, Qu’aisément l’amitié jusqu’à l’amour nous mène! C’est un penchant si doux qu’on y tombe sans peine; Mais quand il faut changer l’amour en amitié,

Que l’ame qui s’y force est digne de pitié !

Et qu’on doit plaindre un cœur qui, n'osant s’en défendre^ Se laisse déchirer avant que de se rendre!

Ainsi donc la nature à l’espoir le plus doux Fait succéder l’horreur, et l’horreur d’être à vous !

tàjjny, xi ■ • 'v.-./,

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