‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 3Chapitre 54 sur 187 · ACTE V, SCENE II. ' Sy · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II. ' Sy

Et met tout en usage afin- de s’éclaircir.

héraclivs. ✓

Par vous-même en ce trouble il pense réussir!

pulcuerie, ,

Il le pense, Seigneur; et ce brutal espère Mieux qu’il ne trouvcunfils que je découvre un frère: Comme si j’elois fille i ne lui rien celer i

De tout ce que le sang pourroit nîé révéler !

- hériclius. *

Puisse-t-il par un trait de lumière fidèle V ous le mieux révéler qu’il ne me le révèle. Aidez-moi cependant, Madame, à repousser Les indignes frayeurs dont je me sens presser.,.

PU LC H ERIE.

Ab! Prince, il ne fautpointd’assuranceplus claire;

Si vous craignez la mort, vous n’ètes point mon frère : Ces indignes frayeurs vous ont trop découvert.

Moi, la craindre, Madame! Ah! je m’y suis offert.

Qu’il me traite en tyran, qu’il m’envoie au supplice, Je suis Héracjius, je suis fils de Maurice;

Sous ces noms précieux je cours m’ensevelir ,

Et m’étonne si peu que je l’en fais pâlir.

Mais il me traite en père, il me Uatle, il m’embrasse; Je n’en puis arracher une seule menace:

j’ai beau faire et beau dire afin de l’irriter ,

Il m’écoute si peu qu’il me force à douter.

Malgré moi, comme fils, .toujours il me regarde ;

Au lieu d’être en prison, je n’ai pas morne un garde.

Je ne sais qui je suis, et crains de le savoir ; ;

Je veux ce que je dois, et cherche mon devoir : '

go * H EK ACM C S.

Je crains de le haïr, si j’en tiens la naissance ;

Je le plains de m’aimét,si je m'en dois vengeance;

Et mon cœur indigné d’une telle amitié,

Eu frémit de colère, et tremble de pitié.

De tous ses mouvemens mon esprit se défie ;

Il condamne aussitôt tout ce qu’il justifie.

La colère, l’amour, la haine et le respect,

Ne me présentent rien qui ne me soit suspect,

Je erains tout, je fuis tout; et dans cette aventure,

Des deux côtés en vaiu j’écoute la nature.

Secourez donc uu frère en ces perplexités.

rtrtcuÉRiE.

Ah ! vous ne l’êtes point, puisque vous en douiez. Celui qui, comme vous, prétend à cette gloire,

D’un courage plus ferme en croit ce qu’il doit croire: Comme vous on le (latte, il y sait résister;

Rien ne le touche assez pour le faire douter :

Et le sang, par un double et secret artifice,

Parle eu vous pour Phocas, comme en lui pour Maurice

UÉRACLIUS.

À ces marques en lui connoissez Martian,

Il a le coeur plus dur étant fils d’un tyran.

La générosité suit la belle naissance :

La pitié l’accompagne, et la reconuoissance.

Dans cette graudeur d’aine un vrai prince affermi Est sensible aüx malheurs même d’un ennemi;

La haine qu’il lui doit ne sauroit le défendre,

Quand il s’en voit aimé, de s’en laisser surprendre;

Et trouve assez souvent son devoir arrêté Par l’effort naturel de sa propre bon lé.

«j* Acte v,-5cène ii. gi

Cette digue vertu de l’ame la mieux née ,

Madame, ne doit pas souiller ma (feslinéc.

Je doute; et si ce doute a quelq&c crime en soi,

C est assez m en punir que douter comme moi ;

Et mon cœur, qui sans cesse en sa faveur se flatte, '

Cherche qui le soutienne, et non pas qui l’abatte,

Il demande secours pour mes sens étonnés ,

Et non le coup mortel dont vous m’assassinez.

.» PULCHIHIE.

E œ fl I e mieux éclairé sur de telles matières ,

I eut prendre de faux jours pour de vives lumières ;

Et comme notre sexe ose assez promptement Suivre 1 impression d’un premier mouvement,

Peut-ctre qu enfaveur de ma première idée

Ma haine pour Pljocas m’a trop persuadée.

Son amour est pour vous un poison dangereux ;

Et quoique la pitié montre un cœur généreux,

• Celle qu on a pour lui de ce rang dégénère.

\ ous le devez haïr, et fùt-il votre père :

Si ce titre est douteux, son crime ne l’est pas.

Qu’il vous offre sa grâce ou vous livre au trépas,

II n est pas moins tyran quand il vous favorise,

Puisque c’est ce cœur même alors qu’il tyrannise,.

Et que votre devoir, par là mieux combattu, 4 Prince, met en péril jusqu’à votre Vertu.

Doutez, mais haïssez; et quoi qu’il exécute , »

Je douterai du nom qu’un autre vous dispute :

En douter lorsqu’en moi vous cherchez quelque appui,

Si c’est trop peu pour vous, c’est assez contre lui.

E unde Yousestmon frère, etl’autrcy peutprélendre;

Entre tant de vertus mon choix se peut méprendre;

apa e HACLics. w:..

Mais je ne puis faillir, dans votre sort douteux ,

A chérir l’un et l’autre, et vous plaindre tous deux. J’espèr<<enéor pourtaut; on müVmure, on menace; Un tumulte, dit-on, s’élève dans la place :

Exupère esl allé foudre sur ces mutins ;

Et peut-être de là dépendent nosdestins.

Mais Phocas entre.

Page 1