ACTE I, SC E ÿ E II
J’ai vu ce qui l’abuse, et me fait mépriser,
Et t’aime encore assez pour te désabuser.
N’estime plus mon sceptre usurpé sur ton père,
Ni que pour l’appuyer ta main soit nécessaire. Depuis vingt ans je règne , et je règne sans toi ;
Et j’en eus tout le droit du choix, qu’on fit de moi. Le trône où je me sieds n’est pas un bien de race : L’armée a ses raisons pour remplir cette plaoe;
Son choix en est le titre ; et tel est notre sort, Qu’une autre élection nous condamueà la mort. Celle qu’on fit de moi fut l’arrêt de Maurice ;
J’en vis avec regret le triste sacrifice :
Au repos de l'État il fallut l’accorder;
Mon cœur, qui résistoit, fut contraint de céder. Mais pour remettre un jour l’empire en sa famille Jg fis ce que je pus, je conservai sa fille,
Et, sans avoir besoin de titres ni d’appui ,
Je te fais part d’un bien qui n’éloit plus à lui. ■
PU L CHERIE
Un chétif centenier des troupes de Mysie, • ; V. Qu’un gros de mutinés élut par fantaisie, * Oser arrogamment se vanter à mes- yeux ; .
D’être juste seigneur du bien de mes aïeux !
Lui qui n’a pour l’empire autre droit que ses crimes, Lui qui de tous les miens fit autant de victimes, Croire s’être lavé d’un si noir attentat En imputant leur perte au repos de l’Etat! Jfc, 11 fait plus, il me croit digne de cette excuse! Souffre, souffre à ton tour que je te désabuse : Apprends que si jadis quelques séditions Usurpèrent le droit de ces élections,
REPERTOIRE. Tomti III* 3
3q ' UEHACL1US*
L’empire étoit chez nous un bien héréditaire ; Maurice ne l’obtint qu’en gendre de Tibère;
■Et l’on voit depuis lui remonter mon destin Jusqu’au grand Thëodose , et jusqu’à Constantin. Et je pourrois avoir lame assez abattue....
EU bien, si tu le veux, je te le restitue,
Cet empire, et consens encor que ta fierté Impute à nies remords l’efTet de ma bonté.
Dis que je te le rends et te fais des caresses'
Pour appaiscr des tiens les ombres vengeresses, Et tout ce qui pourra sous quelque autre couleur Autoriser ta haine et flatter ta douleur :
Pour un dernier effort je veux souffrir la rage Ou’allumc dans ton cœur cette sanglante image. Mais que l’a fait mon fils? étoit-il , au berceau , Des.tiens que je perdis le juge ou le bourreau? Tant de vertus qu’en lui le monde entier admire Ne l’ont?ellcs pas fait trop digne de l’empire?
En ai-je eu quelque espoir qu’il n’ait assez rempli ? ,Et voit-on sous le ciel prince plus accompli?
Un cœur comme le tien > si grand , si magnanime...
PULCUERIt.
Va, je ne confonds point ses vertus et ton crime ; Comme ma haine est juste , et fie m’aveugle pas , J’en vois assez en lui pour les plus grands Etats : J’admire chaque jour les preuves qu’il en donne ; J’honore sa Valeur^ j’estime sa personne, Etpenche d’autant plus à lui vouloir du bien , Que s’en voyant indigne il ne demande rifen,
• JT-