‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 3Chapitre 9 sur 187 · ACTE?!) .SCENE U · texte numérisé non relu

ACTE?!) .SCENE U

Que ses longues froideurs témoignent qu’il s’irrite De ce qu’on veut de moi par-delà sou mérite,

Et que de tes projets son cœur triste et côufus Pour m’eu faire justice approuve mes refus.

Ce fds si vertueux d’un père si coupable,

S’il ne devoit régner, me pourroit être aimable; Et cette grandeur même où tu le veux porter Est l’unique motif qui m’y fait résister.

Ap rès l’assassinat de ma famille entière ,

Quand lu ne m’as laissé père, mère, ni frère. Que j’en fasse ton fds légitime héritier !

Que j’assure par là leur trône au meurtrier î Non, non ; si tu me crois le cœur si magnanime Qu’il ose séparer ses vertus de ton crime,

Sépare tes présens, et ne m’offre aujourd’hui Que ton fils sans le sceptre , ou le sceptre sans lui. Avise; et si tu crains qu’il te fût trop infâme De remettre l’empire en la maiu d’une femme,

Tu peux dès aujourd’hui le voir mieux occupé :

Le ciel me rend un frère à ta rage échappé;

On dit qu’Héraclius est tout près de paroitre : ïy ran, descends du trône, et fais place à ton maître.

A ce compte, arrogante, un fantôme nouveau, Qu’un murmure confus fait sortir du tombeau, , Te donne cette audace et cette confiance; '

Ce bruit s’est fait déjà digne de ta croyance :

Mais....

. PU L en É RIE.

Je sais qu’il est faux ; pour t’assurer ce rang Ta rage eut trop de soin dé verser tout mon sang r

3î HERACLIÛS.

Mais la soif de ta perte en cette conjoncture Me fait aimer l’auteur d’une belle imposture. # '

Au seul nom de Maurice il te fera trembler : ■ Puisqu’il se dit son fils, il veut lui ressembler;

Et cette ressemblance où son courage aspire Mérite mieux que toi de gouverner l’empire.

J’irai par mon suffrage affermir cette erreur; L’avouer pour mon frète et pour mon empereur,

Et dedans son parti jeter tout l’avantage Du peuple convaincu par mon premier hommage. • Toi, si quelque remords te donne un juste eflroi, Sors du trône, et te laisse abuser comme moi ,

Prends cette occasion de te faire justice.

PHOC AS.

Oui , je me la ferai bientôt par ton supplice :

Ma bonté ne peut plus arrêter mon devoir;

Ma patience a fait par-delà sou pouvoir.

Oui se laisse outrager mérite qu’on l’outrage ;

Et l’audace impunie enfle trop un courage.

Tonne, menace, brave, espère en de faux bruits; Fortifie , affermis ceux qu’ils auront séduits ;

Dans ton ame à ton gré change ma destinée : »

Mais choisis pour demain la mort ou l’hyménée.

PULCHERIE

Il n’est pas pour ce choix besoin d’un grand effort A qui hait l’hyménée et ne craint point la mort. * PllOCAS.

Dis, si tu veux encor, que ton cœur la souhaite. .

( Dans les deux scènes suivantes , lié radius passe pour Marlian , et Marlian pour Léonce. Héraclius se connoit , mais Martian ne se connoîlpas.)

* v .. SCÈNE I II.

PHOCAS, PULCHÈRIE, HÉRAGLIUS cru Martian , et sachant qu'il est HéracliuS ; CRISPE.

phocas, à Héraclius.

, Approche, Martian, que je te le répète :

Cette ingrate furie, après tant de mépris ,

Conspire encor la perte et du père et du fils ; Ell^même a semé cette erreur populaire D’un fâux- Héraclius qu’elle accepte pour frère :

Mais, quoi qu’à ces mutins elle puisse imposer, Demain ils la verront mourir ou t’ épouser.

T * 'héraclius,' cru Martian.

Seigneur... ; •. v •

‘ phocas. . ' .

Garde suc toi d^tlirer ma colère.

n' héraclius , cru Martian. •>

Dussé-je mal user de cet amour de pcre,

Etant ce que je suis, je me dois quelque effor t Pour vous dire, Seigneur, que c’est vous faire tort, Et queVest trop montrer d’injuste défiance De ne pouvoir régner que par sou alliance :

Sansprendreun nouveau droit dunom de son époux, Ma naissance suffît pour régner après vous.

J’ai du «ceur et tiçndrois l’empire mèmeinfàme N S’il falloit le tenir de la main d’une femme.

PHOCAS

Eli bien, elle mourra; tu n’en a pas besoin.

héraclius, cru Marlia h. .

De vous-mème, Soigneur, daignez mieux prendre poin,

34 HÉBACLIU9.

Le peuple aime Maurice; en perdre ce rjni reste Nous rendroit ce tumulte au dernier point funeste. Au nom d’Héraclius à demi soulevé, *

Vous verriez par sa mort le désordre achevé.

Il vaut mieux la priver du rang qu’elle rejette,

Faire régner une autre, et la laisser sujette;

Et d!un parti plus bas punissant son orgueil...

IMIOCAS.

Quand Maurice peut tout du creux de son cercueil,

A çe fils supposé, dont il me faut défendre,

Tu parles d’ajouter un véritable gendre !

* u CH a ci. ius.

Seigneur , j’ai des amis chez qui cette moitié...

V II oc a s. “

A l’épreuve d’un sceptre il n’est point d’amitié,

Point quihe s’éblouisse h l’éclat de sa pompe, "

Point qu’après son hymen sa haine ne corrompe. . .

Elle mourra, te dis-je.

FÜLCHÉBIE.

Ah! ne m’empêchez pas

De rejoindre les ftiiens par un heureux trépas. ,

La vapeur de mon sang ira grossir la foudre Que Dieu tient déjà prête à le réduire en poudre :

Et, ma mort, en servant de comble à tant d’horreurs.... p u q c a s.

Par sesremercîmens juge do ses fureurs. »

J’ai prononcé l’arrêt, il faut que l’effet suive.' Résons-la de t’aimer, sj tu veux qu’elle vive: *

Sinon, j’en jure encorê et ne t’écoute plus, <•;

Son trépas dès demaih punira se9 refus.

TF

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