‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 3Chapitre 90 sur 187 · J 46 /BON S ANCHE · texte numérisé non relu

J 46 /BON S ANCHE

Baisser soudain la vue, et rentrer en moi-même z. Maisque je laisse aller d’ambitieux soupirs, ^

Un ridicule espoir, de criminels désirs !...

Je vous aime, Madame, et vous estime en reine;

Et quand j’aurois des feux dignes de votre Laine,

Si votre ame, sensible aces indignes feux,

Se pouvoit oublier jusqu’à souffrir mes vœux;

Si, par quelque malheur que je ne puis comprendre, Du trône jusqu’à moi je la Yoyois descendre ; Commençant aussitôt à vous moins estimer,

Je cesserois sans doute aussi de vous aimer.

L’amour que j’ai pourvousest toutà votre gloire:

Je ne vous prétends point pour fruit de ma victoire; Je combats vos amans sans dessein d’acquérir Que l’heur d’enfaire voirie plus digne et mourir, t. Et tiendrois mon destin assez digne d’envie,

S’il le fuisoit connoître aux dépens de ma vie. -, Seroit-ce à vos faveurs répondre pleinement Que hasarder ce choix à mon seul jugement?

Il vous doit un époux, à la Castille un maître :

Je puis en mal juger, je puis les mal connoître.

Je sais qu’ainsi que moi le démon des combats Peut donner au moins digne et vous et vos Etatsr Mais du moins si le sort des armes journalières En laisse par ma mort de mauvaises lumières,

Elle m’en ôtera la honte et le regret;

Et même si votre ame en aime un en secret,

Et que ce triste choix rencontre mal le vôtre ,

Je ne vous verrai point, entre les bras d’un autre, Reprocher à Carlos par de muets soupirs Qu’il est l’uuique auteur de tous vos déplaisirs.

»*•*»*• ai.-., &

Ncchorcliczpointd’excuseàdouter de ma flamme , Marquis; je puisaimer,puisqu’enfiujesuis femme : Mais, si j’aime, c’est mal me faire votre cour Qu’exposer au trépas l’objet de mon amour ;

Et toute votre ardeur se seroit modérée •' , •

A m’avoir dans ce doute assez considérée :

Je le veux éclaircir , et vous mieux éclairer ,

Afin de vous apprendre à me considérer.

Je ne le cèle point, j’aime, Carlos, oui, j’aime;

Mais Pamour de l’État , plus fort que de moi-même, Cherche, au lieu de l’objet le plus doux à mes yeux, Le plus digne héros de régner en ces lieux;

Et, craignant que mes feux osassent me séduire,

J’ai voulu m’en remettre à vous pour m’en instruire Mais je crois qu’il suffit que cet objet d’amour Perde le trône et moi, sans perdre encor le jour;

Et mon coeur qu’on lui vole en souffre assez d’alarmes, Sans que sa mort pour moi me demande des larmes.

CARLOS

Ah! si le ciel tantôt me daignoit inspirer En quel heureux amant je vous dois révérer, • Que par une facile et soudaine victoire....

DOUA ISABELLE

Ne pensez qu’à défendre et vous et votre gloire : Quel qu’il soit, les respects qui l’auroient épargné ' Lui donneroient un prix qu’il auroit mal gagné;

Et céder à mes feux plutôt qu’à son mérite f Ne, seroit que me rendre au juge que j’évite.

Je n’abuserai point du pouvoir absolu Pour défendre un combat entre vous résolu;

4&# t»0» sakche. V

Je blesserois par là l’honneur de tous les quatre :

Les lois vous l’ont permis, je vous verrai combattre:

C’est à moi, comme reine, à nommer le vainqueur. Dites-moi cependant, qui montre plus de cœur?- „ Qui des trois le premier éprouve la fortune ?

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CARLOS

Don Alvar

DON A ISABELLE

Don Alvar !

; CARLOS. V

• " . Oui , don Alvar de Lune.

DONA ISABELLE. ~^j-

On dit qu’il aime ailleurs.

CARLOS

On le dit; mais enfin

Lui seul jusqu’ici tente un si noble destin.

DONA ISABELLE

Jé devine à peu près quel intérêt l’engage ; .

Et nous verrons demain quel sera son courage.

CARLOS

Vous ne m’avez donné que ce jour pour ce choix.

DONA ISABELLE

J’aime mieux au lieu d’un vous en accorder trois.

CARLOS

Madame, son cartel marque cette journée.

DONA ISABELLE. '

C’est peu que son cartel, si je ne l’ai donnée.

Qu’on le lasse venir pour la voir différer.

’ . Je vais pour vos combats faire tout préparer. „ #

Adieu.' Souvenez-vous surtout de ma défense;

Et vous aurez demain l’honneur de ma présent^.

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