ACTE 1 , 9CEK E l II. IQ
Cen’estpas qu’cn secret l’ardeur d’un si beau zèle Contre ma dureté n’ait combattu pour elle :
Touché de son amour , confus de. son éclat ,
Je nre suis mille fois reproché d’être ingrat;
Mille fois j’ai rougi de ce que j’ose faire.
Mais mon ingratitude est un mal nécessaire.;
Et l’on s'efforce en vain , par d’assidus combats ,
A disposer d’un cœur qui ne se donne pas.
Votre mérite est grand , et peut l’avoir charmée , Mais, quand elle vous aime , elle se croit aimée. Ainsi vos vœux d’abord auront flatté sa foi, »
Et vous aurez juré
, < THtSÜK.
T > Qui n’eût fait comme moi ?, Pour me suivre Ariane abandonnoit son père ,
Je lui devois la vie ; eîle avoit de quoi plaire ;
Mon cœur sans passion me laissoit présumer Qu’il prendroi t , k mon choii , l’habitude d’aimer. Par là ce qu’il donnoit k la reconnoissance De l’amour auprès d’elle eut l’entière apparence. Pour payer ce qu’au sien je voyois être dû ,
Mille devoirs..... Hélas ! c’est ce qui m’a perdu.
Je les rendois d’un air ki ipe tromper moi -même , A croire tjue déjà ma flamme étoit extrême, Lorsqu’un trouble secret me fit apercevoir Que souvent , pour aimer, c’est peu que le vouloir.
Phèdrekmes yeux surprisk toute heure èxposéé
Quoi ! la sœur d’Ariane a fait chauffer Thésée ?
ARIANE
THESEE. •
Oui , je l’aime j et telle est cette brAlante ardeur,
Qu’il n’est ricu qui la puisse arracher de mpu cœur.
Sa beauté , pour qui seule en secret je soupire ,
M’a fait voir de l’amour jusqu’où s’étend l’empire j Je l’ai connu par elle , et ne m’en sens charmé Que depuis que je l’aime , et que j’en suis aimé.
PI R i t h o ü s.
Elle vous aime?
' /THÉSÉE. '
Autant que je le puis attendre Dàns l’intérêt du sang qu’une sœur lui fait prendre. Comme depuis long-temps l’amitié qui les joint F orme entr’ellcs des nœuds que l’amour ne rompt point Elle a quelquefois peine à contraindre son ame De laisser sans scrupule agir toute sa flamme' j Et voudroit , pour montrer ce qu’elle sent pour moi^ Qu’ Ariane eût cessé de prétendre à ma foi.
Cependant , pour ôter toute la défiance Qu’auroit donné le cours de notre intelligence,
Naxe a peu de beautés pour qui des soins rendus Ne me semblent coûter quelques soupirs perdus: Cyane , Eglé , Mégiste , ont part à cet hommage. Ariane le voit , et n’en prend point d’ombrage j Bien n’alarme son cœur : tant ce que je lui doi Contre ma trahison lui répond de ma Soil p I R I T h o ü s.
Ces devoirs partagés ont trop d’indifférence Pour vous faire aisément soupçonner d’inconstance. Mais , quand depuis trois mois vous m’avez attendu, Ne vous déclarant point, qu’avez-vous prétendu?
T. TTTv-