‹ Repertoire general du theatre francais Th. CorneilleChapitre 101 sur 200 · ACTE IV, SCfrNE Ml. 1 4Q · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCfrNE Ml. 1 4Q

Maisla mort m'étant plus à souhaiter qu’âcraindre,

Sa rigueur me fait grâce, etj’aitortdem’en plaindre. Après avoir perdu ce que j'aimois le mieux,

Confus, désespéré, le jour m’est odieux,

A quoi me serviroit cette vie importune,

Qu’à m’en faire toujours mieux sentir l’infortune?' Pour la seule duchesse il m’auroit été doux De passer.... Mais , hélas ! un autre est son époux , Unautre dontl’amour, moins tendre, moins fidèle.... Mais elle doit savoir mon malheur : qu-en dit-elle? Me flatté-je en croyant qu’un reste d’amitié Lui fera de mon sort prendre quelque pitié?

, Privé de son amour pour moi si plein de charmes,

Je voudrois bien du moins avoir part à ses larmes. •Cette austère vertu qui soutient son devoir i Semble à mes tristes vœux en défendre l’espoir : Cependant , contre moi quoi qu’elle ose entreprendre. Je les paie assez cher pour y pouvoir prétendre;

Et l’on peut , sans se faire unlrop honteux effort, Pleurer un malheureux dont on cause la mort.

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Quoi! ce parfait amour, cette pure tendresse Qui vous fit si long-temps vivre pour la duchesse. Quand vous pouvez prévoir ce qu’ellcen doit souffrir, Ne vous arrache point ce dessein de mourir!

Pour vous avoir aimé, voyez ce que lui coûte Le cruel sacrifice v

LE COMTE D’ESSEX

Elle m’aima , sans doute;

Et sans la reine , hélas ! j’ai lieu de présumer Qu’elle eût fait à jamais son bonheur de m’aimer. répertoire. Tome iv. * '• 1 3

Tout ce qu’au bel objet d’un cœur vraiment fidèle Peut attendre d’amour, je le sentis pour elle;

Et peut-être mes soins, ma constance, ma foi, Méritaient les soupirs qu’elle a perdus pour moi. Nulle félicité n’eùt égalé la nôtre :

Le ciel y met obstacle, elle-vit pour un autre ; •

Un autre a tout le bien que je dus acquérir; L’hymen le rend heureux; c’est à moi de mourir.

SALSBURY.

Ah! si pour satisfaire à cette injuste envie, 4

11 vous doit être doux d’abandonner la vie Pcrdez-là : mais au moins que ce soit en héros :

Allez de votre sang faire rougir les Ilots, • -,

Allez dans les combats où l’honneur vous appelle; Cherchez, suivez la gloire, et périssez pour ellê. C’est la qu’a vos pareils il est beau d’affronter Ce qu’ailleurs le plus ferme a lieu de redouter.

LE COMTE d’esS EX.

Quand contre un monde entier armé pour ma défaite J’irois seul défier la mort que je souhaite,

Vers elle j’aurois beau m’avancer sans effroi,

Je suis si malheureux qu’elle fuiroit de moi. Puisqu’ici sûremèutelle m’offre sou aide ,

Pourquoi de mes malheurs différer le reincde? Pourquoi, lâche et timide, arrêtant le courroux.... ,,

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