‹ Repertoire general du theatre francais Th. CorneilleChapitre 103 sur 200 · SUITE DE LA DUCHESSE · texte numérisé non relu

SUITE DE LA DUCHESSE

LE COMTE D’ESSEX

Quelle gloire, Madame! et combien doit l’envie Se plaindre dubonbeur des restes de ma vie, Puisqu’avant que je meure on me souffre en ce lieu La douceur de vous voir, et de vous dire adieu !

Le destin qui m abat n eut ose me poursuivre,

Si le ciel m’eut pour vous rendu digne do vivfe.

Ce malheur me fait seul mériter le trépas ,

Il en donne l’arrêt , je n’en murmure pas ;

Je cours l’exécuter, quelque dur qu’il puisse être , Trop content si ma mort vous fait assez connoître Que jusques à ce jour jamais cœur enflammé N’avoit eu se donnant si fortement aimé.

LA DUCHESSE

Si cet amour fut tel que je l’ai voulu croire ,

Je le connoitrai mieux quand , tout à votre gloire, Dérobant voire tête à vos persécuteurs ,

Vous vivrez redoutable à d’infâmes flatteurs.

l5a IE C0MTEDES5ÏI.

Afr M W ' v* *

C’est par le souvenir d’une ardeur si parfaite Que, tremblant des périlsoù mon malheur vous jette, J’ose vous demander, dans un si juste effroi,

Que vous sauviez des jours que j’ai comptcsà moi. Douceur trop peu goûtée , et pour jamais finie! », J’en faisois vanité; le ciel nv’cn a punie.

Sa rigueur s’étudie assez à m’accabler,

Sans que la vôtre encor cherche à la redoubler.

LE COMTE d’eSSEÏ.

V’tM

De mes jours , il est vrai , l’excès de ma tendresse En vous les consacrant vous rendit la maîtresse :

Je vous donnai sur eux un pouvoir absolu ,

Et vous l’auriez encor si vous l’aviez voulu.

Mais, dans une disgrâce en mille maux fertile, Qu’ai-je à faire d’un bien qui vous est inutile ? Qu’ai-je a faire d’un bien que le choix d’un époux ». Ne vous laissera plus regarder comme à vous ?

Je l’aimois pour vous seule; et votre hymen fuuesle Pour prolonger ma vie en a détruit le reste.

Ah ! Madame , quel coup ! Si je ne puis souffrir L’injurieux pardon qu’on s’obstine à m’offrir,

Ne dites point , hélas ! que j’ai famé trop fière ; Vous m’avez à la mort condamné la première;

En refusant ma grâce, amant infortuné,

J’exécute l’arrêt que vous avez donné.

LA ftUCH£SSE.

Cruel ! est-ce donc peu qu’à moi-même arrachée,

A vos seuls intérêts je me sois attachée ?

Pour voir jusqu’où sur moi s’étend votre pouvoir, Voulez* vous triompher epcor de mon devoir ?

Page 1