ACTE IV, SCENE V
Il chancelle , et je sens qu’en ses rudes alarmes Il ne peut mettre obstacle à de honteuses larmes ,
Qui de mes tristes yeux s’apprêtant à ccmler, Auront pour vous fléchir plus de force à parler. Quoiqu’elles soient l’eü'et d’un sentiment trop tendre, Si vous en profitez, je veux bien les répandre.
Par ces pleurs, que peut-être en ce funeste jour- Je donne à la pitié beaucoup moins qu’à l’amour,
Par ce cœur pénétré de tout ce que la crainte Pour l’objet le plus cher y peut porter d’alteinte, Enfin, par ces sennens tant de fois répétés De suivre aveuglément toutes mes volontés , Sauvez-vous, sauvez -moi du coup qui me menace.
SI vous êtes soumis, la reine vous fait grâce ;
Sa bonté, qu’elle est prête à vous faire éprouver,
Ne veut.,..
- ' LE COMTE d’eSSEX.
Ah ! qui»vous perd n’a rien à conserver.
Si vous*aviez flatté l’espoir qui m’abandonne ,
Si , n’étant point à moi , vous n’étiez à personne,
Et qu’aumoins votre amour moins crueï&'mes feux M’eùt épargné l’horreur de voir un autre heureux. Pour vous ga rder ce cœur.où vous seule avez place H Cent fois, quoiqu’innocent, f aurois demandé grâce. Mais vivre, et voir sans cesse un rival odieux..,.
Ali ! Madame , à ce nom je deviens furieux : ■ t De quelque emportement si ma rage est suivie ,
Il peut être permis à qui sort de la vie.
1a duchesse. ,
Vous sortez de la vie ! Ah! si ce n’est pour vous , Vivez pour vos^ amis, pour la reine , pour toua -,
LE COMTE DES SET
■ Vivez pour m’affranchir d’uh péril quim’étoàne;
§i c’est peuple prier, je lé veux , je l’ordonne.
LE COMTE d’ïSSEX.
i ” ^ ' fc. •^'5’ V ■ ^ , '•'A* ■ * j» 1 - * >t iV' i 1 . ^
Cessez en l’orddiinant , cessez de vol ' *
v VoqsûS^siimeÿièz lÊioinsj fij’osois obéir. - '» ' - JeVai pas mérité fe revers «^.jjaVcable ;
, Màis je meurs ilipôcént7«t je vivrois coupable. Touj^^rsplein d’unafbourdont sans Cesse entons lieux LeHriste accablement paroîtroit à vos yeux ,
Je tâcherois d’ôter votre cœur, vos tendresses , Arheureüx....Maispourquoices indignes faiblesses ?
* " V oyons , voyons , Madame , accomplir sans effroi Les ordres que le ciel a donnés contre moi :
S’il souffre qu’ônnf immole aux fureurs de l’envie,
-• Dû moins il ne peut Voif de taches dans ma via:
Tout le temps qu’à mes jours il avoit destiné,
C’est vous et mon pays à qui je l’ai donné.
V otre hymen, des malheurs pour moi le plusinsigne, M’a fait £oir que de vous je n’ai pas été digne,
Que j’eus tort quand j’osai prétendre à votre foi:
Et mon ingrat pays est indigne de moi.
J’ai prodigué pour lui cette vie, il me l’ôte ;
*Un jour, peut-être, un jour ilçQnrtoîtrasa faute $
11 verra par les maux qu’on lui fera souffrir....
5 Jp ; v - SCÈNE V i LA DUCHESSE, LE COMTE D’ESSÈX,