‹ Repertoire general du theatre francais Th. CorneilleChapitre 106 sur 200 · ELISABETH, TILNEY · texte numérisé non relu

ELISABETH, TILNEY

ELIS A BETH

L’apï»rocdf. de la mort n’a rien qui l’intimide !

Prêt à sentir le coup il demeure intrépide !

Et l’ingrat , dédaignant mes bontés pour appui , . Peut ne s’étonner pas , quand je trefrible pour lui !

Ciel! Mais, en lui parlant as-tu bien su lui peindre

Et tout ce que je puis, et tout ce qu’il doit craindre 'Â Sait-il quels durs ennuis mon triste cœur ressent? Que dit-il ? ' > »

T I L N Et.

Que toujours il vécut innocent ,

Et que , si'l’imposture a pu se faire croire ,

Il aime mieux périr que de trahir sa gloire.

ELISABETH

Aux dépens de la mienne, il veut , le lâche , il veut

Montrer que sur sa reine il connoîtce qu’il peut.

De cent crimes nouveaux fût sa fierté suivie,

Il sait que mon amour prendra soin de sa vie.

1 Pour vaincre son orgueil prompteàtont employer, Jusque sur l’échafaud je voulois l’envoyer ,

Pour dernière espérance essayer ce remède :

Maïs la honte est trop forte ; il vaut mieux que jecède ,

tE COMTE D’eSSF.’x. ACTE^V , SCENE II. i 5-j Que sur moi , sur ma gloire , un changement si prompt D’uu arrêt mal donné lasse tomber l'affront,. Cependant, quaud pour lui j’agis contre moi-meme*, Pour qui le conserver? pour la duchesse ? 11 l’aime. ti t ne y.

La duchesse? ' * . .

ELISABETH

Oui , Suffolk fut un nom emprunté Pour cacher un amour qui n’a point éclaté. ;

La duchesse l’aima , mais sans m’être infidèle ;

Son hymen l’a fait voir : je ne me plains point d’ellc. # Ce fut pour l’empêcher que, courant a.u palais, Jusques à la révolte il poussa ses projets.

Quoique l’emportement ne fût pas légitime, L’ardeur de s’élever n’eut point de part au crime ; ,, Et l’Irlandoispar lui, dit-on, favorisé,

L’a pu rendre suspect d’un accord supposé.

Il a, des ennemis, l’imposture a ses ruses;

Et quelquefois l’envie... Ah! foible , tu l’excuses ! Quand aucun attentat n’auroit noirci sa foi ,

Qu’il seroit innocent , peut-il l’être pbur toi ?

K’est-il pas , n’est-il pas ce sujet téméraire Qui , faisant son malheur d’avoir trop su te plaire , S’obstine à préférer une. honteuse fin Àuxlionneursdontta flamme eût combléson destin? C’en est trop; puisqu’il aime à périr, qu’il périsse.

Page 1