‹ Repertoire general du theatre francais Th. CorneilleChapitre 120 sur 200 · ACTE I, SÇENE H. I · texte numérisé non relu

ACTE I, SÇENE H. I

• SGANARELLE. »

• ' * <*. Oui.

Ma foi ! ta crois juste ; et mon cœur Pour un objet nouveau sent la plus forte ardeur. ► 5 CANARIM.E.

Et mon dieu ! j'entrevois d’abord ce qui s'y passe. "Votre cœur n’aime point à demeure* en place;

Et , sans lui faire tort sur la fidélité ,

C’est le plus grand coureur qui jamais ait été.

Tout est de votre goût; brune ou blonde, n’impoi le.

DON JCAS.

Et n’ai-je pas raison d’en user de la sorte ?

SGANARELEE.

Eh! Monsieur....

DON JUAN

• Quoi ?

. S GAN ARELLE. . '

Saus doute , il est aisé de voir Que vous avez raison, si vous voulez l’avoir;

Mais si , comme on n’est pas bon juge élans sa cause , Vous ne le vouliez pas , ce seroit autre chose.

DON JUAN

Hé bien, je te permets^de parler librement»

SGANARELLE

En ce cas, je vous dis très-sérieusement Qu’on trouve fort vilain qu’allant de belle en belle Vous fassiez vanité partout d’être infidèle.

Quoi ! si d’un bel objet je suis d’abord touché,

Tu veux que pour toujours j’y demeure attaché;

T.E FESTIN DF V JE R It E.

Qu'un éternel amour de ma foi lui reponde,

Et me laisse sans yeux pour le reste du monde !

Le rare et doux plaisir qui se trouve en aimant,

S’il faut s’ensevelir dans un attachement , >

Renoncer pour lui seul ù toute autre tendresse ,

Et vouloir sottement mourir dès sa jeunesse !

Va , croîs-moi , la constance étoit bonne jadis ,

Où les leçons d’aimer venoient des Amadis ;

Mais K présent on suit des lois plus naturelles;

On aime sans façon tout ce qu’on voit de belles ;

Et l’amour qu’en nos coeurs la première a produit , jVôtc rien aux appas de celle qui la suit.

Pour moi , qui ne saurois faire l’inexorable,

Je'nic donne partout où je trouve l’aimable;

Et tout ce qu’une belle a sur moi de pouvoir , *

Ne me reud point ailleurs incapable «le voir.

Sans me. vouloir piquer du nom d’amant fidèle ,

J’ai des yeux pour une autre aussi bien que pour elle; Et «lès qu’un beau visage a demandé mon coeur ,

•le ne puis me résoudre à l’armer de rigueur.

Ravi de voif qu’il cède à la douce contrainte Qui «l’abord laisse en lui toute autre flamme éteinte, Je l'abandonne aux traits dont il aime les coups;

Et si j'en avois cent , je les donnerois tous.

SGANARELLE

Vous, êtes libéral.

fiow JUAm * . * ».

Que de douceurs charmantes ^ Font goûter aux amans les passions naissantes î Si pour chaqae beauté je m’enflamme aisément,

Le vrai plaisir d’aimer est dans le changement :

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