ACTE r, SCENE II
Il consiste à pouvoir, par d’empressés liommagesf Forcer d’un jeune cœur les scrupuleux ombrages; A désarmer sa crainte ; à voir, de jour en jour,
Par cent petits progrès avancer notre amour;
A vaincre doucement la pudeur innocente Qu’oppose à nos désirs une ame chancelante ,
Et la réduire enfin , K force de parler, .
A se laisser conduire où nous voulons aller.
„ Mais quand on a vaincu, la passion expi^'
Ne souhaitant plus rien, on n’a plus rien adiré;
A l’amour satisfait tout son charme est ôté;
Et nous nous endormons dans sa tranquillité ,
Si quelque objet nouveau , par sa conquête a faire, Ne réveille en nos cœurs l’ambition de plaire. Enfin, j’aime en amour les exploits diff'érens;
Et j’ai sur ce sujet l’ardeur des eonquérâns,
Qui, sans cesse courant de victoire en victoire,
Ne peuvent se résoudre à voir borner leur gloire. De mes vastes désirs le vol précipité J*
Par cent objets vaincus ne peut être arrêtés Je sens mon cœur plus loin capable de s’étendre; Et je souhaitcrois, comme fit Alexandre-,
Qu’il fût un autre monde encore à découvrir,
Où je pusse en amour chercher à conquérir; ’ SGANARELLE.
Comme vous débitez ! Ma foi , je vous admire Votre langue....-
Qu’as- lu là-dessus à me dire?
SGANAREEL E.
A vous dire , moi J’ai..., Mais, quedirois-jc? Rien Car, quoi que vousdisiez, vous' le tournez si bien,
l80 tï FESTIN DE PIERRE.
<^ué sans avoir raison , il semble, h vous entendre, Qu’on soit, quand vous parlez , obligé de se rendre.
' J’aVois , pour disputer, des raisons dans l’esprit...»
Je veux une autre fois les mettre par écrit :
Avec vous , sans cela , je n’aurois qu’à me taire j Tous me brouilleriez tout.
DON JUAN
Tu ne saurois mieux faire.
- W SGANARELLE
Mais, Monsieur, par hasard, me seroit-il permis De vous dire qu’à moi, comme à tous vos amis, " Votre genre de vie un tant soit peu fait peine?
DON JUAN
Le fat ! Et quelle vie est-ce donc que je mène ?
SGANARELLE
For t bonne assurément ; mais enfin... quelquefois.. . Par exemple, vous voir marier tous les mois!
. -îDON JUAN.
• Est-il rien de plus doux , rien qui spit plus capable....
SGANARELLE
Il est vrai , je conçois cela fort agréable j Et c’cst , si sans péché j’en avois le pouvoir, l n divertissement que je voudrois avoir j Mais sans aucun respect pour les plus saints mystères.
DON JUAN
# Ne t’embarrasse point , ce sont là mes affaires.
SGANARELLE
On doit craindre le ciel ; et jamais libertin N’a fait encor, dit-on, qu’une méchante fin. ••