ACTE I, SJ&ÈNE îllj
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Madame, à dire vrai, pour ne pas abuser...
EL VI re. *
Ah ! que vous savez peu l’art de vous de'guiser î Pour un homme de cour, qui doit, avec étude ^
De feindre , de tromper, avoir pris l’habitude, Demeurer interdit , c’est mal faire valoir La noble effronterie où je vous devrois voir.
Que ne me jurez-vous que vous étés léméme ;
Que vous m’ainjjez toujoursautant que je vous aime ;
Et que la seule mort , dégageant votre foi , *
Rompra l’attachement que vous avez pour moi ?
Que ne me dites-vous qu’une affaire importante A causéde départ dont j’ai pris l’épouvante;
Que, si de son secret j’ai lieu de m’offenser,
V ons avez craint les pleurs qu’ilm’auroit fait verser ; Qu’ici d’un long séjour ne pouvant vous défendre, •
Je n’ai qu’à Vous quitter, et vous $ller attendre;
Que vous me rejoindrez avec l’empréssemeril Qu’a pour ce qu’il adore un véritable amant ;
Et qu’éloigné de moi l’ardeur qui vous enflamme Vous rend ce qu’est un corps séparé de son aine ? «
Voilà par où du moins vous me feriez douter •
D’un oubli que mes feux devroientpeu redouter. d o n j u a n.
Madame, puisqu’il faut parler avec franchise ,
A pprenez ce qu’en vain mou trouble vous déguise.
Je ne vous dirai point que mes empressemens Vous conservent toujours les’mêmes sentimens,
Et que loin de vos yeux, ma juste impatience Pour le plus grand des maux me fait compter l’absence.
Si j’ai pu me résoudre à fuir, à vous quitter,
Je n’ai pris ce dessein que pour vous éviter.
Non que mon cœur encor, trop touché de vos charmes, N’ait le meme penchant à vous rendre les armes j’
Mais un pressant scrupule , à qui j’ai dû céder, M’ouvrant lps yeux de l’ame , a su m’intimider,
Etfait voir qu’avec vous, quelque amour qui m’engage, Je ne puis , saus péché , demeurer davantage.
J’ai fait réflexion que , pour vous épouser,
Moi-même trop long-temps j’ai voulu m’abuser j Que je vous ai forcée à faire au ciel l’injure De rompre en ma faveur une sainte clôture Où par des vœux sacrés vous aviez entrepris De garder pour le monde un éternel mépris.
Sur ces réflexions , un repentir sincère M’a fait appréhender la céleste colère : •
J’ai cru que votre hymen, trop mal autorisé,
N’étoit pour tous les deux qu’un crime déguisé j £t que je ne pouvois en éviter les peines Qu’en tâchant de vous rendre k vos premièreschaînei. N’en doutez point : voilk, quoiqu’avec mille ennuis,
Et pourquoi je m’éloigne, et pourquoi je vous fuis.
Par un frivole amour voudriez-vous, Madame , Combattre les remords qui déchirent mon ame ,
Et qu’en vous retenant j’attirasse sur nous Du ciel toujours vengeur l’implacable courroux ?
ELV 1 RE
Ah ! scélérat, ton cœur aussi lâche que traître , Commence tout entier k se faire connoître ;
Et ce qui me confond dans tout ce que j’entends,
Je le counois enfin , lorsqu’il u’en est plus temps.