ACTE I, SCENE IV
El, dût-il ra’én coûter un éternel martyre,
Le destin l’a voulu, c’est à moi d’y souscrire.
J’aime donc; mais, malgré l’appât ilatteur et doux Des tendres sentimens qui me parlent pour vous,
Je ne puis oublier qu’ Ariane exilée S’est, pour vos intérêts, elle-même immolée : Qu’aucun amour jamais n’eut tant de fermeté ; Qu’ayant tout fait pour vous elle a tout mérité;
Et plus l’instant approche où cette infortunée,
Après un long espoir, doit être abandonnée ,
Plus un secret remords trouve à me reprocher Que je lui vole un bien qui lui coûte si cher.
Vous lui devez ce cœur dont vous m’offrez l’hommage ; Vous lui devez la foi que votre amour m’engage; Vous lui devez ces vœux que déjà tant de fois
» TUÉSÉE.
Ah ! ne me parlez plus de ce que je lui dois.
Pour elle contre vous qu’ai-je oublié de taire ?
Quels efforts! J’ai tâché de l’aimer pour vous plaire; C’est mon crime , et peut-être il m’en faudroit haïr; Mais vous m’en donniez l’ordre, il falloit obéir.
Il falloit me la peindre aimable , jeune , belle ,
Voir son pays quitté , mes jours sauvés par elle : C’étoit de quoi sans doute assujettir mes vœux A n’aimer qu’à lui plaire, à m’en tenir heureux. Mais son mérite en vain sembloit fixer ma flamme; Un tendre souvenir frappoit soudain mon ame :
Dès le moindre retour vers un charme si doux,
Je cédois au penchant qui m’entraîne vers vous.
Et sentois dissiper par cette ardeur nouvelle Tous les projets d’amour que j’avois faits pour elle.