‹ Repertoire general du theatre francais Th. CorneilleChapitre 19 sur 200 · ACTE I , SCÈ> EVI I r. If · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈ> EVI I r. If

Ce u’eslpas qu’en secret l’ardeur d’un si beau zèle Contre ma dureté n’ait combattu pour elle :

Touché de son amour ■ confus de son éclat ,

Je mfc suis mille fois reproché d’être ingrat;

Mille fois j’ai rougi de ce que j’ose faire.

Mais mon ingratitude est un mal nécessaire.;

Et l’on s’efforce en vain , par d’assidus combats ,

A. disposer d’un cœur qui ne se donne pas.

r 1 r i tu o ü s.

Voire mérite est grand , et peut 1 ayoir charmée , Mais, quand elle vous aime, elle se croit aimée. Ainsi vos vœux d’abord auront flatté sa foi, *

Et vous aurez juré

, . • ' THESEE.

*’• • ^ Qui n’eût fai tcomme moi?

Pour me suivre Ariane abandonnoit son père ,

Je lui devois la vie; efle avoitde quoi plaire;

Mon cœur sans passion me laissoit présumer Qu’il prendroit, à mon choii, l’habitude d’aimer. Par là ce qu’il donnoit à la reconnoissauce De l’amour auprès d’elle eut l’entière apparence. Pour payer ce qu’au sien je voyois être dû,

Mille devoirs..... Hélas ! c’est ce qui m’a perdu.

Je les rendois d’un air à qae tromper moi-même,

A croire que déjà ma flamme étoit extrême, Lorsqu’un trouble secret me (it apercevoir Que souvent, pour aimer, c’est peu que le vouloir. Phèdreàmes yeux surprisà toute heure exposée

.» IMRITHOÜS.

Quoi ! la sœur d’Ariane a fait cliau^br Thésée ?

3 o ARIANE. ' . • . 7

Vous savez son mérite , et le prix qu’il me coûte. Après cela, Scigueur, parlez, je vous écoute.

OE N a r v s.

Thésée a du mérite, et, je l’ai dit cent fois,

Votre amour eût eu peine àlaire un plus beau choix. Partout sa gloire éclate; on l'estime, on l’honore.

Il vous aime, ou plutôt, Madame, il vous adore.; Vous le dire à toute heure est son soin le plus doux : -Et qui pourroit moins taire étdhl aimé de vous? Après cette justice à sa flamme rendue,

La mienne par pitié sera-t-elle entendue ?

Je ne vous. redis point que tçvis mes sens ravis Cédèrent àj’amour sitôt que je vous vis ; ^

Vous l’avez déjà su par l’aveu téméraire Que dp ma passion j’osai d’abord vous faire.

Il fallut , pour cesser de vous être suspect ,

Ne vous eh parler plus; je l’ai fait par respe<*t.«

Pour ne Vous aigrir pas , d’un rigoureux silence Je me suis imposé la dure violeuce ;

Et s’il m'est échappé. d’en soupirer tout bas,

C’étoit bien m’eu punir que ne m’écouter pas.

Tant de rigueur n’a pu diminuer ma flamme.

Pour vous voir sanspitié, je n’ai point changé d’amo. J’ai Souffert , j’ai langui , d’amour tout consumé, Madame, et tout cela sans espoir d’être aimé; •

Par vos seuls intérêts vous m’avez été chère :

J’ai regardé l’amour sans chercher le salaire ;

Et même , en ce funeste et dernier entretien ,

Prêt peut-être à mourir, je ne demande rien.

Rendez Thésée heureux; vous l’aimez, il vous aime : Mûrs songez, en plaignant mon infortune extrême,

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