‹ Repertoire general du theatre francais Th. CorneilleChapitre 196 sur 200 · ACTE V, SCÈNE TI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE TI

L’a porté Je lui-même à se vouloir charger Des Jettes dont par lui je vais me dégager.

SG ANAR ELLE.

Mais, n’étant point dévot, par quelle effronterie » De la dévotion faire une momerie ?

DON JUAN. . *

II est des gens de bien , et vraiment vertueux^ ' '

Tout méchant que je suis, j’ai du respect pour eux : Maij, si l’on n’en peut trop élever les mérites , Parmr-ccs gens de bien il est mille hypocrites Qui ne se contrefont que pour en profiter ’ r * l Et pour mes intérêts je yeux les imiter.

SGANARELLE

Ah! quel homme! quel ljommel - ' *

DON JUAN

U n\:st rieii si commode , Vois- tu ? L’hypocrisie est un vice à la mode ;

* Et quand de ses couleurs un vice eSt xevêtu ,

Sous l’appui de la* mode il passe pour vertu.

Sur tout ce qu’à jouer il est do personnage».

Celui d’homme e dc bien a de grands avantages :

C’est un art grimacier, dontles détours flatteur^ Cachent sous un be%u voile un amas d’imposteurs. ' On a beau découvrir que ce n’est qu’un faux zèle , L’imposture est reçue, on ne peut rien contre elle: i La censure voudroit y mordre vainement.

Contre tout autre vice on parle hautement.,.

Chacun a liberté d’en faire voir le piège :

Mais, pour l’hypocrisie ,’ elle a son privilège,

Qui , sous le masque adroitd’un v isage emprunté ,

Lui fait tout entreprendre avec impunité.

Flattant ceux du parti , plus qu’aucun redoütable.

On se fait d’un grand corps le membre inséparable : .

C’est alors qu’on est sur de ne succomber pas. Quiconque en blesse l’un , les a tous sur les bras j Et ceux même qu’on sait que le ciel seul occupe,

Des singes de leurs mœurs'sont l’ordinaire dupe :

À quoi que leur malice ait pu se dispenser,

Leur appui leur est sûr, ils ont Vu grimacer.

Ah! “combien j’en connois qui , par ce stratagème, Apres avoir vécu dans un désordre extrême ,* - S’armant du bouclier de la religion ,

‘.Ont rhabillé sans bruit leur dépravation , .

Et pris droit, au milieu de tout ce que nous sommes, D’être sous ce manteau les plus médians deshommes! On a beau les connoître, et savoir ce qu’ils sont , Trouver lieu de scandale aux intrigues qu’ils ont, Toujours même crédit : un maintien doux, bonne te, Quelques roulemcns d’veux, desbaissemensde tête, Trois ou quatre soupirs mêlés dans un discours ,

Sont , pour tout rajuster, d’un merveilleux secours. C’est sous un tel abri qu’assurant mes afl aires

Je veux de mes censeurs duper les plus sévères :

Je ne quitterai point mes pratiques d’amour, . .

g J’aurai soin seulement d’éviter le grand jour ;

Et saurai, ne voyant en public que des prudes , Garder à petit bruit mes douces habitudes. ►

Si je suis découvert dans mes plaisirs secrets,

Tout le corps en chaleur prendra mes intérêts ;

Et sans me remuer, je verrai la cabale ~ ' Me mettre hautement à couvert du scandale.

C’est là le vrai moyen d’oser impunément Permettre K me» désirs un plein emportement :

A ÛT E* V , S C £ H E 1 1 . 'J& l

Des actions d’autrui je ferai le critique,

Médirai saintement , et ; d’un ton pacifique Applaudissant à tout ce qui sera blâmé - - Ne Croirai que moi seul digne d’être estimé.

S’il faut que d’intérêt quelque affaire se-pa^se,'

Fût-ce veuve , orphelin , point-d’ accord , point de grâce; Et pour peu qu’on me choqué , ardent à me venger , Jamais rien au pardonne pourra m’obliger.

J’aurai tout doucement le zèle charitable De nourrir une haine irréconciliable ; ,

Et , quand on me viendra porter a la douceur ,

Des intérêts du ciel je ferai le vengeur :

Le prenant pour garant du soin de sa querelle, J’appuîrai de mon cœur la malice infidèle ;

Et, selon qu’on ip’aura plus ou-moins respecté,

Je damnerai les gens, de mon autorité. • . -

G’-fistainsi que l’on peut, dans le siècle où nou s sommes , Profiter sagement dcrfoiblesscs des hommes ,

Et qu’un esprit bien fait , s’il craint les mécontens,

Se doit accommoder aux viees.de sou temps.

SQÂN A H ELUE. • y

Qu’entends-je? C’en est fait, Monsieur, eye le quitte; Il ne vous manquoit plus que vous faire hypocrite : Vuusf-tes de tout point achevé, je le voi.

Assommez-moi de coups, percçfc-moi , tuez-moi,

Il faut que je vous parle , il faut que je vous dise :

« Tant*va la cruche à Peau , qu’enfin el ! e se brise : »

Et , comme dit fort bien , en moindre ou pâreil cas ,

Un auteur- renommé que je ne coimois pas ,

Un oiseau’sur la branche est proprement l’exemple De l’homme qu’en pécheur ici-bas je contemple.

LE FESTIN DEdPIERRE.' '

La branche est attachée à l’arbre , qui produit , Selon qu’il est plauté, de bon ou mauvais fruit.

Le fruit, s’il est mauvais, nuit plus qu’il ne proüte ; Ce qui nuit , vers la mort nous fait aller plus, vite : La mort est une loi d’un usage important ;

Qui peut vivre sans loi vit en, brute 5 et partant . Ramassez^ ce sont là preuves indubitables Qui l’dnt que vous irez , Monsieur, à tous les diables. don J v An. ' '

Le beau raisonnement ! . * '

sganjprelle.

Ne vous rendez donc pas ; Soyez damné tout seul , car , pour moi , je suis las....

>'- SCÈNE III

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