‹ Repertoire general du theatre francais Th. CorneilleChapitre 29 sur 200 · AU I AN E · texte numérisé non relu

AU I AN E

Ji a ! ma sœur,savéz-vous'ce qu’on vientde m’apprendre? Vous avez cru Thésée un héros tout pariait ;

Vous l’estüniez, sans doute ; et qui ne l’eùt pas fait? îf attendez plusse foi, plus d’hdnneur : tout chancelle, Tout doit être suspect j Thésée e&t infidèle, , \

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Quoi - ! Thésée..,..

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Oui , nuééœnr, après ce qu’il me doit , Me quitte^est le prix que ma flamme en reçoit }

Il me trahit au point que sa foi vioîée Doit avoir irrité mon ame désoléq.

J’ailiontp, en vous contarit l’excès de mes malheur», Que mon ressentiment s’exhale par mes pleurs.

Son sang devroit payer la douleur tfffi me presse, C’est là, ma sonar, c’est là, saus pitié, sans tendresse, Comme après un forfait si noir, si peu commun ,

Qu traite les ingrats; et Thésée èn est un.

Mais quoi qtt’à ma vengeance un fier dépit suggère , Mon amour est encor plus fort que nia côlère.

Ma main tremble; et, malgré. son parjure odieux ,

Je vois toujours en lui ce qu§ j’aime le mieux. PlfèBRE,

Un revers si cruel vousrend sans doute à plaindre ;

Et,’ vous voyant souffrir ce qu’on if a jlas dtberaindre,

4 ACTE IT, SCÈxE vit. 4,

On conçoit aisément jusqu’oule désespoir

• ahi a ni. , .

AJi ! qu on est éloigne' de le bien concevoir !

Pour pénétrer l’horreur du tourment demion ame , Il faudrait qu on sentit même ardeur, même flamme, Qu a\ ec meme tendresse on eût. donné sa foi: lit personne jamais n’a tant aimé que moi.

Se peut-il qu’un héros d’une vertu sublime

Souille ainsi Quelquefois le remords suit le crime.

Si le sien lui faisoit sentir ces. durs combat»

Ma sœur, au nom des dieux, ne m’abandonnez pas. Je sais que vous m’aimez , et vous le devez faire.

\ ous m avez des 1 enfânee été toujours si chère,

Que cette inébranlable ctfidele amitié Mérité bien de vous au moins quelque pitié.

Allez trou\ er hélas ! dirai-je mou parjure?

Peignez-lui bienl’excès du tourment que j’çndure : Prenez, pour l’arracher à sou nouveau penchant,

Ce que les plus grands maux oifrent déplus touchant. Pites-lui qu a son leu j’immolerois ma vie ,

' S’il pouvoit vivre heureux après m’a voir trahie."- D’ûn juste et long remords avancez-lui les coups. Enfin, ma sœur, enfin , je n’espère qu’en vous.

Le ciel m’inspira bien, quand par l’amour séduite Je vous fis malgré vous accompagner ma fuite :

Il semble que dès-lors il me faisoit prévoir Le funeste besoin que j’en devois avoir.

Sans vous, à mes malheurs où chercher du rémède ?

,'ï HEURE. »

Je vais mander Thésée; ©t si son cœur ne cède ,

t\1 ARIANE. ACTE II, SCENE VU.

Madame , en lui parlant , vous devez présumer...:.

ARIANE

Iïélas ! et plût au ciel que yous sussiez aimer ,

Que vous pussiez savoir, par votre expérience, Jusqu’où d’un fort amour s’étend la violence !

Pour émouvoir l’ingrat , pour fléchir sa rigueur, Vous trouveriez bien mieux le chemin de son cœur; Vous auriez plus d’adressb à lui faire l’image De mes confus transports de douleur et de rage : Toüsjes traits en seroient plus vivemeut tracés. M'importe; essayez tout; parlez , priez, pressez.

Au défaut de l’amour, puisqu’il n'a pu vous plaire, Votre amitié pour moi fera ce qu’il faut faire:

Allez , ma sœur , courez empêcher mon trépas,

Toi, viens, suis-moi, Néfjpfe, et ne me quitte pas.

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