‹ Repertoire general du theatre francais Th. CorneilleChapitre 3 sur 200 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

: ;-• scèjne i. -* ;

OENARUS, ARCAS.

OENARUS.

Je le confesse , Areas , ma foiblesse redouble ; • Je ne puis voir ici Pirillxoiis sans trouble. Quelques ni&ux oùma flamme ait dû me préparer, C’e'toit toujours beaucoup que les voir différer. La princesse avoit beau m’étaler sa constance ,

Son hymen rbculé flattojt mon espérance; 9 Et si Thésée avoit et son tfœur ét sa foi ,

Contre elle, contre lui, le temps étoit pour moi. De ce foible secours Pftithoüs me prive ;

Par lui de mon malheur l’instant fatal arrive.

Cet ami , si long-temps de Thésée attendu ,

Pour partager sa joie en ces lieux s’est rendu ;

Il vient être témoin du bonheur de sa flamme. Ainsi plus de remise; il faiit m’arracher l’ame ,

Et me soumettre enfin au tourment' sans' égal J De voir tout ce que j’aime atfpouvoir d’un rival.

ARIANE

Ariane vous charme , et sans doute elle est belle ;

Mais , Seigneur, quand l’amour vous a parlé pour elle, Avez-vous ignoré que déjà d’autres leux La mettoient hors d’état de répondre à nos vœux ? Sitôt que dans cette île , où les vents la poussèrent, Aux yeux de votre cour ses beautés éclatèrent;

Vous sûtes que Thésée avoit par son secours Du labyrinthe en Crète évité les détours,

Et que , pour rcconnoîtrc une amour si fidèle , Vainqueur du Minotaure, il fuyoit avec elle.

Quel espoir vouslaissoient des nœuds si bien formes ? Ils étoient l’un de l’autre également charmés : Chacun d’eux l’avouoit; et vous-même en celte île. Contre le fier Minos leur promettant asile,

Vous les pressiez d’abord d’avancer l’heureux jour Qui devoit par l'hymen couronner leur amour.

OENARÏS.

Que n’ont-ils pu me croire ïilsm’auroientvusans peine Consentir à ces nœuds dont l’image me^êne.

Quoiqu’alors Ariane eût les mêmes appas ,

On résiste aisément quand on n’espère pas ;

Et du moins je n’eusse eu , poursauver ma franchise , Qu’à vaincre de mes sens la première surprise.

Mais si mon triste cœur à l’amour s’est rendu,

Thésée en est la cause , et lui seul m’a perdu.

Sans songer quels honneurs l’attendent dans Athènes , Ici depuis trois mois il languit dans ses chaînes; .

Et , quoi que dans l’hymen il dût trouver d’appas ,

Pirithoüs absent , il ne les goûtoit pas. • ,

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