ACTE I, SCÈNË I
Pour en choisir le jour il a fallu l’attendre:
C’est beaucoup d’amitié pour un amour si- tendre. Ces délais démentoient un cœur bien enflammé.
Et qui n’auroit pas cru qu’il n’auroit point aimé? Voilà sur quoi mon ame à l’espoir enhardie - ^ S’est peut-être en secret un peu trop applaudie.
Les plus charmans objets qui brillent dans raacour Sembloient chercher Thésée, et briguer son amour. Il rendoit quelques soins à Mégistc, à Cyane.
Tout cela me flattoit dujcôté d’Ariane ;
Et j’allois quelquefois jusqu’à m’imaginer Qu’il dédaignoit un bien qu’il n’osoit me donner.
A R ca s.
Dans l’étroite amitié qui depuis tant d’années De deux amis si chers uuit les destinées,
Il n’est pas surprenant que , malgré de beaux feux , Thésée ait jusqu’ici refusé d’être heureux :
C’est de quoi mieux goûter le fruit de sa victoire Qu’avoir Pirithoüs pour témoin de sa gloire.
Mais , Seigneur , Ariane a-t-elle en son amant Blâmé pour un ami ce trop d’empressement?
En avez-vous trouvé plus d’accès auprès d’elle
OE N A R ü S.
C’est là ma peine, Areas; Ariane est fidèle.
Mes languissans regards, mes inquiets soupirs,
N’ont que trop de ma flamme expliqué les désirs. C’étoit peu; j’ai parlé.Mais pour l’heureux Théséç D’un feu si violent sonatine est embrasée,
Qu’elle a toujours depuis appliqué tous ses soins A fuir l’occasion de me voir sans témoins.
1 4 ARIANE
Phèdre , sa sœur , qui sait les peines que j’endure, Soulage en m’écoutant ma funeste aventure ;
El comme il ne faut rien pour flatter un amant ,
Je m’obstine par elle , et chéris mon tourment.
Avec un tel secours vous êtes moins k plaindre.
Mais Phèdre est sans amour ,et d’un mérite k craindre j Vousla voyez souvent ; et j’admire , Scigueur ,
Que sa beauté n’ait rien qui touche votre cœur.