ACTE TU, SCÈNE IV
La Crète , pù pour toi seul je me suis fait ha'ir ,
Me plaira mieux que Naxe , où tu m’oses trahir.
THÉSÉE
« Vous remencr en Crète! oubliez-vous, Madame,
Ce qu’est pour vous un père, et quel courroux l’en flamme? Songez-vous quels ennuis vous y sont apprêtés ?
ARIANE
Laisse-lcs-moi souffrir, je les ai mérités ;
Mais de tou faux amour les feintes concertées.
Tes noires trahisons , les ai-je méritées?
Et ce qu’eu ta faveur il m’a plu d’immoler Te rend-il cette foi que tu veux violer ?
Vaincet fausse pitié! quand ma mort peut te plaire,
Tu crains pour moi les maux que j’ai voulu me faire ,
Ces maux qu’ont tant hâtés mes plus tendres souhaits;
El tu ne trembles point de ceux que tu me fais !
N’espère pas pourtant éviter le supplice Que toujours après soi fait suivre l’injustice.
Tu romps ce que l’amour forma de plus beaux noeuds ;
Tu m’arraches le cœur. J’en mourrai; tu le veux ;
Mais, quitte des ennuis où m’enchaîne la vie,
Crois déjà , crois me voir , de ma douleur Suivie ,
Dans le fond de ton ame armer, pour te punir ,
Ce qu’a de plus funeste un fatal souvenir.,
Et te dire d’un ton et d’un regard sévère :
« J’ai tout fait: tout osé pour t’aimer , pour te plaire;
J’ai trahi mon pays ,et mon père, et mon roi :
Cependant vois le prix , ingrat, que j’en reçoi ! »
THÉSÉE
Ah! si mon changement doit causer votre perte,
? * Frappez, prenez ma vie , elle vous est offerte.