ACTE I V,,- SC È\\ E. I II. G
Dans l’ardeur do- venger tant de droits violés r C’est donc cette rivale à qui vous en voulez ?
Ariane.*.
Pour portet sur l’ingrat un coup vraimîertt terrible, Il faut Frapper par là ; c’’cst son endroit sensible. •Vons-meme , jifgei-en. Elle me fait trahir';
Par elle je perds tout : la puis-je assez haïr ?
Ptiis-je assez consentir a tout ce que la rage M’o fifre de plus sanglaïifpouf venger ^jion outrage? Rien , après ce 'fûrfidt ne rite doit ret,eftir ; * **
Ma sœur , il est de cetix qu’on rie peut trop punir.
. Si Thésée, oubliant un amour ordinaire,
M’avoit manqué de foi dans là cotir. de mon père, Quoi que pût le dépit en secret riï’ôrdouncr Cette infidélité seroit à pardonner.
Ma rivale , dîrois-je , a pu sans injustice D’un- cœur qui Fut à moi chérir le sacrifice ;
Lit douceur d’être aimée ayant touché le sicri^
Elle à du préférer son intérêt au mien.
Mais étrangère ici, pour 'l’avoir osé. croire, j J’ai salifié tout’, jusqu’à q-sriSt de ma gloire,; - Et pour ce qu’a c/édule foi..
Je h’avois que cè cœur que je croyois à moi. ,
Je le perds , on me Tote : il n’est rien que n’aisaie La fureur qui m’anime, afin qu’on me le paie.
Peu riiettfai haut le.prix , c’est à lui d’y penser.
PHÈDRE
Ce revers est sensible , il faut le confesser :
Mais , quaud vous connoitrez celle qu.’il vous préfère Pour venger votre amour que préteudcz-voüs faire?
66 JIRUNÉ. v
ARIA p E.
L’aller trouver , la voir , et do ma propre main Lyi mettre, lui plonger un poignard dans le sein. Mais , pour mieux adoucir les peines que j’endure , Je yeux porter le coup aux yeux de mon parjure,
Et qu’en son cœur les miens pénètrent à loisir Ce qu’aura de mortel son affreux déplaisir.
Alors ma passion trouvera de doux charmes A jouir de ses pleurs comme il fait de mes larmes j Alors il me dira si se voir lâchement Arracher ce qu’on aime , est un léger tourment.
PHEDRE
Mais , sans l'autoriser h vous être infidèle ,
Cette rivale a pu le voir brûler pour elle ;
Elle a peine à scs voeux peut-être à consentir.
ARIANE
•Point de pardon , ma saur ; il fallait m’avertir :
Son silence fait voir qu’elle a part au parjure.
Enfin il faut du sang pour laver mon injure.
De Tliéscc , il est vrai , je puis percer le cœur; Mais, si je m’y résous, vous n’avez plus , de. sœur. Vous aurez beau vouloir que mon bras seTe tienne ; Tout perfide qu’il est , ma mort suivra la sienne ; EtxnÉ mon propre sang l’ardour'de nous unir Me le fera venger aussitôt que punir.
Non , non; un sort trop doux suivroît sa perfidie , Si mes ressentimens se bornoient à sa vie :
Portons, portons plus loin l’ardeur de l’accabler, Et donnons , s’il se peut, aux ingrats à trembler. Vous figurez-vous bien son désespoir extrême , Quand , dégouttante encor du sang de ce qu’il aime ,