‹ Repertoire general du theatre francais Th. CorneilleChapitre 67 sur 200 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Je me les fais pour vous. Vous m’aimiez, et jamais

I n si beau feu n’eut ih oit de remplir mes souhaits : Tout ne que peut l’amour avoir de fort , de tendre,

Je 1 ai vii dans les soins qu’il vous a fait me rendre. ' .

Votre cœur tout à moi méritoit que le mien Du plaïsir'd’être à vous fît son unique bien;

C’est à quoi son penchant l’auroit porte' sans peine. Mais vous vous êtes fait trop aimer de la reine : lant de biens répandus sur vous jusqu’à ce jour, Payantce qu’on vous doit, déclarent son amour.

Cet amour est jaloux; qui le blesse est coupable; C’est un crime qui rend sa perte inévitable :

La vôtre aurait suivi. Trop aveugle pour moi,

Du précipice ouvert vous n’aviez point d’e%oi.

II a fallu prêter une aide à la foiblesse

Qui de vos sens charmés se reudoil la maîtresse : Tantque vous m’eussiez vue en pouvoir d’ètrcàvotfs. Vous auriez dédaigné ce qu’eut pu son courrouît. Mille ennemis secrets qui cherchent à vous nuire, Attaqqantvotre gloire, auroient pu vous détruire;

Et d’un crime d’amour leur indigne attèntat*.

Vous eût dans son esprit fait un crime d’Etat. / Pour ôter contre vous tout prétexte à l’envie, • *

J’ai dô vents immoler le repos de ma vie. v, .

A votre sûreté mon hymen importoit.

Il falloit vous trahir; mon cœur y résistait v

J’ai déchiré ce cœur, afin del’y contraindre. . Plaignez-vous là-dessus , si vous osez vous plaindre.

1 LE COMTE d’esSEX.

Oui, je me plains, Madame ; et vous croyez en vain Pouvoir justifier ce barbare dessein. ... . .

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Aj

10 ,/ le comte p’essex.

Si VOUS m’aviez *imé, vous auriez par vous-même Connu que l’on perd tout quand on perd ce qu’on aime, J£t nue l’affreux supplice ou vous me condamniez Surpassoit tQus les maux dont vous^ous étonniez.

Votre dure pitié., par le coup qui m’accable.

Pour craindre un faux malheur, m’en lait un yen table* Et que peut me servir le destiu le plus doux?

Avois-je à souhaiter un autre bien que vous ?

Je môrilois peut-être , en dépit de la reine ,

Qn’à me le conserver vous prissiez quelque peine.

• Une autre eût refusé d’immoler un aritant;

Vous avez cru devoir en user autrement.

Mon cœur veut révérer la main qui le déclare;

Mas, encore une lois, j’oserai vous le dire, ,

Pour moi contre ce cœur votre bras s’est armé.

Vous uc f auriez pas* fait , si vous m’aviez, aimé..

* . ' LA DUC HESS E.

Ab! Comte, plut au ciel, pour finir mon supplice.

Qu’un semblable reproche eût un peu de justice .

Je ne sentirois pas avec tant de rigueur ; .

Toîit mon repôscéder aux troubles de mou cœur.

Pour vous au pl us liant poiu t ma 11 anime étoi t mon tee ; , Je n’en dois pojnt roûgir, vous l’aviez -rtierüce;

Elle comte d’Essex, si grand, si reiiotnme,

M’aimant avec excès , pouvoit bien cire aimé.

Ccst dire peu : ÿai beau n’êtrc plus a. moi-lneme ;

' 'Avec la même ardeur je sens que je vous aime,

Ft que le changement oii m’eugage un époux , ‘Malgré ce que je dois ; ne peut rien contre Vous.

'Jugez combien mou .sort est plus dur que le v otre :

Vous n’êtes point forcé (le brûler pour une au Are ;

A r.T f i , sc-iWé ii. „ up

Et quart# vmis me perdez, si c’est perdre un grand bien , Du moins, 'en m’oubliant, vouspouvèz n’aimerrieu. Mais c’est peu que mon cœur, dans madisgrice extr ême, Poùr.suivre son devoir s’arrache à ce qu’il aime ;

Il faut , jrar un effort pire que le trépas,

Qu’il tâche à se donner li ce qu’il n’aime pas.

Si la nécessité de vaincre pour nia gloire

Vous fait voir quels combats doit coûter la victoire,

Si vous en concevez la fatale rigueur,

Ne m’ôtezpas le fruit des peines de mon coeur.

C’est pour vous conserver les bontés de la reine Que j’ai voulu me rendre à moi-même inhumaine;

De son amour pour yous elle m’a fait témoin : . *“

Méuagez-en l’appui , vou3 en avez besoin.

Pônr noircir, abaisser vos plus rares services ,

Aux traits de l’imposture on joint mille artifices -,

Et l’honneur vous engage à ne rien oublier Pour repousser.l’outrage, et vous justifier.

. bïv CO-ïilTE d’eSSEX. *

Et me justifier? moi! Ma seule innocence Contre mes envieux doit prendre ma défense.

D’elle-même on verra l’imposture avorter,

Et je me ferois tort si j’en pouvois douter.

“U DUCUESSE.

Vous êtes grand , fameux , et jamtris la victoire N’a d’un sujet illustre assuré mieux la glofie;

Mais, plus dans un haut rang la faveur vous a mis,

Plus la erniute de choir vous doit rendre soumis. Outrequ’aveCl’Irlandeonvouscroitdes pratiques; Vous êtes accusé de révoltes publiques.

JP . . • . .

, 0 Q lE ÜO M.T è- D’’B*'8-E t .

Avoir à main armée investi le palaîsr... * ■ > ■

■ x,z COMTE n’ESSEX.

O malheur pour l’amour à n’oublier jamais!

Vous épousez le duc,' je l'apprends, etma flamme

Ne peut vous empêcher de devenir sa femme.

Que ne sus-je plutôt que vous m’alliez trahir 1 En vain on v ou? auroit ordonné d’obéir :

J’mirois.... Mais c’en est fait. Quoi que la reine pense,. ^

Je tairai les taisons de cette violence.

De mon amour pour vous le mystère éclairci,

Pour combler mes malheurs, vous banuiroiuTiçi.

; LA DUCBES5E. < .

Mais vous ne songez pas que la reine soupçonne Qu’un complot si hardi regardoit sa couronne.

Des témoins contre vous en seevet écoutés, ' w -

Font pour Vrais attentats passer des faussetés,

Raleig prend leur rapport; et le lâche Cécile....

LE COMTE é’ÉSS^X.

L’un et l’autre eut toujours 1 ame basse et serv ile.

Mais leur malice en vain conspire mon trépas;

La reine me commît, et ne les croira pas.

LJ DUCHESSE

Ne vous y fiez point ; de vos froideurs pour elle Le chagrin lin tient lieu d’une injure mortelle :

C’est par son ordre exprès qu’on s’intorme, s instruit.

* LÉ COMTE d’eSSEX.

L’orage, quel qu’il soit, ne fera que du bruit : r La menace en est vaine , et trouble peu mon ame.

LA DUCHESSE. '* * 1

Et si l’on vous arrête ? ' ' , "■ * .

A-OTY. Ij SCï-NHIi lO^

.M.E COMTE d’ÊS SE X. j • •••

On n’oseroit , Madanfe *.

§i Ton a voit tenté ce dangereux éclat , ^

Le coup qui le peut suivre entraîneroit l'Etat.

LA DU en ES SE. *

Quoique votre personne à la reine soit chère , Gardez , ep la bravant , d’angmenter sa colère.

Elle Veut Vous parler; et si vous l’irritez , ~

Je né vous réporids pas de toutes ses bontés.

C’est pour vous avertirde ce qu’il vous fauteraindre , Qu’àce triste entretien j’aîvouhi me Contraindre.

Du trouble de mes sens mon devoir alarmé Me défend de revoir ce que j’ai trop aimé ; *- Mais , m’étant fait déjà l’effort le plus funeste , l 5 our conserver vos jours je dois faire le reste ,

Et ne permettre pas....

LE COMTE D’ESSEX

AJi ! pour les conserver Il étoit un moyen pins facile à trouver ;

^ C’étoit en m’épargnant l’effroyable supplice Ou vous prévoyez... Ciel ! quelle est votre injustice ! Vous redoutez ma perte, . ot ne la craigniez pas Quand vous avez signé l’arrêt de mon trépas.

Cet amour où mon çœur tout entier s’abandonne...

- . , LA DUCHESSE

Comte, ti-y pensez plus' ma gloire votfis J’ordonne. Le refus. d’un . hymen par là reine arrêté , *

Çùt de notre secret trahi la sûreté. V .<•'

L’orage e‘st violent; pour calmer sa furie , Contraignez cegrand cœur 7 jc’estmoi qui vouseq prie;

I oB LE C O M T K u’ ES-S K X.

Et quand le mien pour voussoupirc-cncor tout bas, Soi^cm ^->vous de moi, mais ué me voyez pas.

I dpCnehautsHlaltcur.... Adieu : jem’çiubarrassc; Et Cécile qui vient mêlait quitter la placç.

LE CQMfrE D’ESSEX, GË£IL% r •' etc ixe. . .

•La reine m-’a chargé de vous faire savoir

Que vou?Vous teniez prêt dans une lleure à lavoir.

Comme votre conduite a pu lui faire naîtra

Quelques légers soupçons que vous devez conajÿtre,

C’est h vou9 de penser aux moyens d’obièurf

Que son cçcur alarmé consente à les bannir; . y

Et je ne doute-pas qu’il ne vous soit facile. '

De rendré a son esprit une assiette tranquille.

Sur quoique impression qu’il ait pu s’onrouvoir,

L’innocence auprès d’clleèutiou jours toutpou\ où-.

Je n’ai pu refuser çet avis à l’estime - ...

Que j’ai pour un héros qui doit lia'ir le crime ,

Et me tiéndrois heureux. que sa Sincérité

Contre vos ennemis d’il votre sûretés ' • ■ j * ' «

, .. LE COMTE DESSEX. -,

Cç zèle me snrprend „il est ntj^oble et rare ;

Et Gomme à m’accabler -pput-ètre. on s'e.préparc,

Je vois qu’on mon maUimtr il doit m’être bien doux De pouvoir çspérer un juge tel que vous; # J’cp connois la yertu. Mais achevez, de grâce.; Vou^dèvez etrqinstruit dexput ce qui se passe. .

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